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Grand Angle

Maroc – Espagne : 2020, une année particulièrement meurtrière pour les migrants

L’année 2020 se clôture avec un bilan particulièrement meurtrier, où nombre de migrants ont perdu la vie au cours de leur traversée vers l’Espagne. L’ONG espagnole Caminando Fronteras a relevé une recrudescence dramatique des morts, surtout pour les départs vers les Îles Canaries.

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Photo d'illustration / Ph. Javier Bauluz - Keystone
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L’année 2020 a été «la plus meurtrière» aux frontières espagnoles, selon un bilan de l’association Caminando Fronteras, qui a compté un total d’au moins 2 170 victimes ayant perdu la vie en essayant de rallier l’Europe via l’Espagne. Faisant le suivi de la situation des migrants sur une année marquée notamment par la fermeture des frontières à cause de la pandémie du nouveau coronavirus, l’ONG indique que ce renforcement sécuritaire s’est pourtant accompagné des décès, qui ont «augmenté de 143% par rapport à 2019».

Dans une estimation différente des statistiques officielles espagnoles faisant état d’une nette augmentation des arrivées en mer, Caminando Fronteras a indiqué qu’au cours de cette même période, ces arrivées en Espagne «n’ont augmenté que de 28,7%». Pour l’ONG, ce chiffre corrobore «le fait que les politiques de contrôle ont un effet drastique sur la mortalité» plus que sur les départs eux-mêmes.

Par ailleurs, le renforcement de contrôle aux frontières au niveau du nord du Maroc, en plus de la fermeture liée à l’état d’urgence sanitaire, ont été des facteurs conduisant à de nouveaux parcours migratoires. Après une année 2006 marquée par des départs en nombre depuis les côtes sud, puis leur baisse pendant plus d’une décennie, en 2020, la route des Canaries a concentré 85% des victimes mortes en mer.

Les îles Canaries, une route migratoire hautement meurtrière

En effet, 1 851 victimes ont perdu la vie dans 45 naufrages, en tentant de rejoindre les îles Canaries. Ce lourd bilan est suivi de la route d’Algérie, où 231 personnes à destination de l’Espagne sont mortes dans un total de 23 naufrages. La route d’Alborán a été meurtrière pour 62 migrants morts dans 13 naufrages, tandis que 26 ressortissants ayant emprunté celle du Détroit sont décédés dans 6 naufrages.

Par nationalités, les ressortissants de 15 pays sont morts à la frontière européenne occidentale en 2020. Déplorant «une tragédie de dimension internationale», Caminando Fronteras liste les migrants morts issus du Maroc, Algérie, Mauritanie, Sénégal, Guinée Conakry, Guinée Bissau, Gambie, Cameroun, Nigéria, République Démocratique du Congo, les Comores, Syrie, Bangladesh et du Sri Lanka.

«Depuis des mois, nous dénonçons le non-respect des protocoles de sauvetage», a rappelé dans ce sens Caminando Fronteras. Un total de 33 embarcations ont été portées disparues, «sans que personne ne survive pour raconter les faits». L’ONG indique également que «la grande majorité des corps disparaissent» et que 4,2% seulement de ces victimes ont été retrouvées.

Caminando Fronteras souligne que ces données ont été recoupées et synthétisées à travers un suivi quotidien des départs depuis les pays méditerranéens de la côte sud, surtout au Maroc. Ce recoupement a été réalisé avec un collectif constitué de communautés de migrants, de services de secours, de réseaux de membres de la famille des migrants ainsi que des défenseurs des droits humains.

Parallèlement à ce bilan meurtrier, ces mêmes organisations ont signalé que l’été 2020 a été marqué aussi par une augmentation des expulsions des migrants au Maroc, depuis les provinces du sud. En octobre, des acteurs associatifs locaux ont rapporté à Yabiladi des reconductions qui ont concerné particulièrement des ressortissants sénégalais et guinéens, depuis l’aéroport de Dakhla. Ce resserrement sécuritaire s’est observé dans un contexte où le gouvernement canarien local a appelé à renforcer le contrôle sur les départs en mer.

Article modifié le 31/12/2020 à 18h16

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