Billet : Ces cerveaux qui fuient

La fuite des cerveaux continue au Maroc. Alors que le pays a besoin de 60.000 ingénieurs dans les dix années à venir pour répondre, en premier lieu, aux besoins des multinationales qui sont déjà présentes ou qui envisagent de le faire dans un proche avenir et, en second lieu, pour faire le suivi du développement du pays.

Tant à l'échiquier national qu'à l'échelle mondiale, plusieurs changements voire des bouleversements devraient être opérés. Mondialisation, accords de libre-échange, compétitivité, mise à niveau… des défis majeurs qu'il faut relever et le temps n'est pas en notre faveur. Des retards à combler et des défaillances à éviter pour la bonne marche du développement économique.

Les ALE que le Maroc a signés sont bénéfiques à plus d'un titre. Ils vont permettre d'inciter à l'investissement notamment de la part des multinationales et, par la même occasion, la création d'emplois. L'effet d'entraînement serait visible par la suite.

La politique menée en matière de formation et d'enseignement a permis une certaine autosuffisance en la matière. Une bonne partie des disciplines et autres spécialités sont assurées localement. D'autres le sont à l'étranger. Là aussi, il y a des dérives. Des ingénieurs ou techniciens, pour qui l'Etat a financé la formation à coup de millions de dirhams, ne reviennent pas à leur pays d'origine et s'installent définitivement dans le pays adoptif faute de moyens de motivation.

Grâce à ses hauts cadres, le Maroc a acquis un savoir-faire potentiel. Des objectifs sont fixés pour la promotion du développement des compétences au Maroc au service de la compétitivité des entreprises et le traitement de l'actualité de la formation continue et des ressources humaines.

Lorsque les cerveaux fuient des pays en développement, les choses se compliquent. Pour tirer leur épingle du jeu, ces pays doivent rapatrier les émigrés qualifiés et leur permettre d'utiliser leurs nouvelles compétences technologiques. Les entrepreneurs de retour au pays peuvent également apporter une expérience précieuse du management, des compétences entrepreneuriales, un accès aux réseaux mondiaux et, même dans certains cas, des capitaux à investir. Mais ceci est une vision optimiste des choses.

Les problèmes causés par la fuite des cerveaux dans ces pays sont grands. Les émigrants de pays en développement ont plus de probabilité que ceux des pays avancés de s'établir définitivement dans leur pays d'accueil.

Le Royaume fait partie des pays émergents qui devraient réaliser des taux de croissance soutenue. La machine de production, pour tourner à plein régime, a besoin de moyens financiers et techniques adéquats et à la hauteur des ambitions futures mais l'élément humain reste la partie primordiale. C'est un vrai capital qu'il faut investir de manière adéquate. Les résultats ne peuvent être que bénéfiques.

A l'échelle mondiale, la mobilité internationale des travailleurs qualifiés peut être un bienfait puisqu'elle favorise la circulation des savoirs et permet de mieux répondre à la demande de compétences.

Il est de plus en plus reconnu que les travailleurs qualifiés contribuent à la croissance économique et aux progrès de leur pays d'accueil, en particulier dans les domaines de la recherche, de l'innovation et des compétences entrepreneuriales, comme le montrent tous les gagnants de prix Nobel américains nés à l'étranger ou les créateurs d'entreprises de haute technologie.

Charaf Jaidani
Source : Le Matin

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