Le Général Hamidou Laânigri : Plus dure a été la chute

Depuis longtemps les associations nationales de défense des droits de l'Homme réclamaient sa tête. La presse aussi. Ou plutôt une partie d'entre elle. Maintenant c'est chose faite : le tout puissant homme de la direction générale de la sûreté nationale (DGSN) a "sauté", après de "bons et loyaux" services. Et, (faut-il le rappeler ?) un fabuleux destin scellé par une fulgurante ascension au sein de la Grande muette et des services de renseignements marocains. Jusqu'à ce jour fatidique du 13 septembre où le général, qui était jusque-là dans les bonnes feuilles du souverain et en charge de la sécurité des Marocains, a été envoyé aux pelotes. De son piédestal jadis d'homme fort du pouvoir, Laânigri n'est plus qu'un simple inspecteur général… des "mroud", des Forces auxiliaires. Qu'a-t-il fait pour mériter une telle gamelle ? Pourquoi était-il tant décrié et exécré par les ONG et la presse indépendante ? Retour sur le débarquement du général.

"Black hawk down", la chute du faucon noir ! C'est ce qui devrait venir à l'esprit des "anti-laânigristes" à l'annonce du limogeage du général par le roi, mercredi dernier. Prévisible, ce déguerpissement de Laânigri est consécutif à plusieurs bourdes commises par lui ou par ses hommes. Mais aussi à cause, peut-être, des nombreuses pressions des ONG locales et internationales soutenues par la presse indépendante qui voient en l'homme le digne rejeton des années sombres de l'histoire du Maroc. Le Basri de la nouvelle ère. Surtout après ses méthodes musclées et sans discernement suite aux attentats meurtriers de Casablanca, en mai 2003. En effet, après le carnage de la capitale économique, Laânigri est plus que déterminé à éradiquer le terrorisme, parfois sans états d'âme : plus d'un millier de personnes dont les accointances avérées ou supposées avec les auteurs sont embarquées et soumises à des traitements aux relents des "années de plomb", selon des observateurs. Sans parler de ses hommes, les GUS (Groupes urbains de sécurité) qui n'ont pas bonne presse auprès des populations comme en témoigne le mauvais accueil dont ils ont fait l'objet lors du défilé célébrant le cinquantenaire des FAR.

A l'époque les Marocains échaudés par la tragédie du 16 mai étaient plutôt obsédés par leur sécurité. Les sécuritaires avaient donc carte blanche. Jusqu'à ce que le scandale faisant état de tortures à Temara par exemple éclate, rappelant –amèrement-aux citoyens un autre temps. Le ton est alors monté aussi bien du côté de la société civile que du côté de la presse indépendante pour dénoncer et mettre en garde contre toute tentative de vouloir dérouter le royaume du chemin de la modernité et de la démocratie que le nouveau règne est en train de baliser.

Le roi lui même, dans une interview accordée au journal espagnol El Pais en 2005, a reconnu des dérapages dans la stratégie de lutte anti-terroriste post-16 mai concoctée et mise en application par Laânigri. Le sort du désormais ex patron de la direction de surveillance du territoire (DST) était scellé à partir de là… Il était en sursis. Peut-être même avant ces attentats, qu'il n'a pas pu prévenir en tant que professionnel reconnu du renseignement et du contre-espionnage. Et avec le récent démantèlement du réseau terroriste Al Mahdi il y a plus d'un mois, notre général semble ne plus être l'homme de la situation à la tête de la DGSN…

Autre événement en date après le "fiasco" de la politique sécuritaire du général, et qui a été probablement la goutte d'eau de trop, est l'arrestation d'un haut personnage de l'appareil sécuritaire accusé de trafic de drogue. Une arrestation à la suite de laquelle il y a eu beaucoup de déballages impliquant de gros bonnets de l'Etat en général et de l'entourage Laânigri en particulier. L'occasion, pour beaucoup de Marocains, était trop belle pour être ratée. Le général vient donc d'être déchargé de ses fonctions au profit de Charki Draiss, jusqu'alors wali de Laâyoune. Gain de cause obtenu pour certains, ceux qui voient en ces "nettoyages" une volonté royale de "démakhzéniser" un peu le pouvoir ; mais pour d'autres une question taraude : après le départ du général Belbachir, la disgrâce de Laânigri ou encore l'arrestation d'Abdelaziz Izzou qui était en charge de la sécurité des palais royaux (et dont on attend encore beaucoup de lumière sur l'affaire), n'est-il pas inquiétant que l'appareil sécuritaire marocain soit si secoué surtout en ces temps de conjoncture politique incertaine ?

Bassirou Bâ
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