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Société Publié Le 22/12/2016 à 20h00

Mariages mixtes : Mêmes procédures, différentes expériences 4/4 [Dossier]

Zoubida, Yasmina, Kenza et Fadoua sont quatre marocaines mariées à des ressortissants étrangers, français pour les trois premières, irano-norvégien pour la dernière. Leur expérience diffère donc mais comporte, toutefois, quelques similarités. Témoignages.

Les mariages mixtes sont un type d’union de plus en plus répandu en Europe tout comme au Maroc. Si du point de vue administratif, il faut parfois s'armer de patience et bien s’informer sur la procédure, les expériences diffèrent d’une personne à l’autre. Toutefois, les personnes ayant accepté de témoigner restent unanimes sur un seul et même constat : les procédures constituent un premier test de la relation que les deux conjoints souhaitent officialiser.

Zoubida, franco-marocaine et installée au Maroc, est mariée à un ressortissant français depuis plus de 16 ans. La procédure a, certes, beaucoup évolué depuis, mais les bases restent les mêmes. Pour son mariage, Zoubida avait choisi de l’effectuer seulement en France, devant la mairie. Un mariage donc civil. «C’est plus facile qu’ici et la procédure est effectuée devant la mairie. Après la publication des bans, qui dure jusqu’à un mois, 10 jours pour notre cas puisque je n’avais qu’un visa, la date est alors fixée», se rappelle-t-elle.

Mairies vs consulats : Penser à long terme et notamment aux futurs enfants

Disposant d’un titre de séjour provisoire en France, le couple franco-marocain en a donc profité pour célébrer son mariage après s’être rencontré à l’Hexagone. La procédure s’est bien passée, à en croire ses mots, mais le couple a choisi de ne pas effectuer la procédure parallèle au Maroc ou auprès du Consulat du Maroc en France. «J’ai des copines qui se sont mariées et je connais la procédure. C’est une vraie galère», nous déclare-t-elle. Elle cite, entre autres, la paperasse, la lenteur des procédures, les traductions à effectuer et plusieurs semaines d’attente. Bien que la procédure de mariage soit bien passée et qu’elle ait eu, il y a 13 ans, une petite fille, Zoubida a toutefois un petit regret et c’est «le problème» qui se posera dans 5 ans, reconnaît-elle. Son mariage n’étant effectué qu’auprès des autorités françaises, sa fille ne dispose pas de la nationalité marocaine. «Quand elle aura 18 ans, elle sera obligée de demander une carte de résidence ici au Maroc. En tout cas, elle aura le choix entre ici et la France, mais on verra d’ici-là», nous dit-elle.

Tout comme Zoubida, Yasmina reste aussi plus ou moins chanceuse par rapport aux autres témoins. Elle semble satisfaite de son mariage célébré en France il y a trois ans. Après le passage devant la mairie, Yasmina s’est rendue avec son mari au Consulat du Maroc à Paris pour transcrire le mariage auprès des autorités marocaines. «A Paris, c’était vraiment très rapide et une fois que vous avez tous les papiers, les témoins, cela se passera très rapidement», rassure-t-elle. Le couple semble avoir anticipé le passage devant le consulat marocain, puisque son mari avait choisi de se convertir à l’islam pour l’épouser. «Il s’est rendu au consulat et on lui a posé des questions sur l’Islam pour voir s’il s’y connait un peu et après on lui a demandé de prononcer la Chahada et on l’a déclaré musulman», se rappelle-t-elle. Yasmina nous confirme même que cette procédure de conversion à l’islam est désormais effectuée auprès du Consulat du Maroc à Paris.

Combattre «la galère» avec le sourire et la bonne humeur

Une «bonne nouvelle», quand on annonce cette information à Kenza, une autre franco-marocaine installée dans la région de Marrakech. Mariée, elle aussi, à un ressortissant français, elle garde de mauvais souvenirs quant à ces procédures. Son mariage a été célébré en France il y a plusieurs années. Tout comme Zoubida, Kenza disposait d’une carte de séjour à l’époque de son mariage. «Devant la mairie, les procédures pour les Français sont simples, alors que pour les Marocains, c’était une série de papiers», se rappelle-t-elle. La procédure comprend, comme nous vous l’avions annoncé, un entretien en mairie pour vérifier qu’il ne s’agit pas de mariage blanc ou gris. Les questions personnelles sont au menu. «On était resté dans la même pièce et on nous avait posé des questions comme la date de naissance de chacun de nous. D’ailleurs, je me suis même trompée», ironise-t-elle. Un ton qui change lorsqu’elle arrive à la partie où elle évoque son passage devant le consulat du Maroc pour transcrire son acte de mariage. Etant déjà mariée puis divorcée au Maroc, le consulat lui aurait d’abord refusé un document attestant de son divorce, élaboré pourtant par une autorité marocaine. «Il a fallu que je ramène des témoins, musulmans, pour attester que j’étais divorcée et célibataire. J’ai fini par faire une attestation sur l’honneur», nous déclare-t-elle.

Son deuxième mauvais souvenir est relatif au «certificat de coutume», imposé par la mairie et fourni par le Consulat du Maroc. Un document qui impose que le futur conjoint d’une Marocaine soit musulman ou se convertisse à l’islam. «On devait faire cela donc soit auprès de la mosquée de Paris, soit au Maroc auprès d’un adoul. On est donc rentré au Maroc», poursuit-elle. «C’était une galère et il fallait prendre des congés pour pouvoir faire tout ça», conclut-elle.

Favoriser le dialogue et la communication entre futurs conjoints

Fadoua a, pour sa part, choisi d’entamer la procédure auprès des autorités marocaines, vu qu’elle résidait au Maroc il y a moins d’un an. Une expérience qu’elle regrette. «J’étais résidente au Maroc et mon mari est iranien résident en Norvège. J’ai vraiment galéré pour entamer la procédure et lui aussi a rencontré beaucoup de difficultés», nous dit-elle.

Petit avantage dans son histoire, son mari est bel et bien musulman et donc le couple pouvait se marier normalement sans passer par un adoul pour la conversion. «Mais vu sa nationalité, il fallait beaucoup de traduction, de l’iranien, du norvégien et de l’arabe. Cela nous a pris aussi plusieurs mois», se rappelle-t-elle. «Chaque papier devait être produit en plusieurs copies légalisées, minimum 5 à 6 fois puisque dans chaque service, il fallait laisser une copie ou deux. J’ai galéré, mais mon mari a battu le record en terme de tracas vu qu’il est iranien, qu’il réside en Norvège, et qu’il devait traduire l’ensemble des documents en arabe», poursuit-elle. Son mari avait ressenti beaucoup de stress durant cette période, «mais je lui parlais chaque jour pour le rassurer et le motiver». «C’est lors de ces moments que vous vous rendez compte que cette union est destinée à durer ou qu’elle se brisera dès la prochaine épreuve», reconnait-elle. Et notre interlocutrice d’affirmer avoir donné même du bakchich, à plusieurs niveaux, pour booster cette procédure.

Occasion précieuse pour partager sa joie avec ses parents et ses proches, le mariage, que ce soit entre deux conjoints de la même culture ou mixte, reste un projet de vie qui doit être soigneusement préparé. Si cette volonté d’officialiser cette union est d’ores et déjà entravée par les problèmes liés à la complexité des procédures ou leurs lenteurs, prenez note qu’après la célébration et souvent au sein des familles, d’autres histoires, encore plus compliquées, peuvent faire leur apparition. Il faut donc apprendre, non seulement à faire preuve d'autonomie, mais aussi se soutenir au sein du couple.

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