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Le Monde "Pillage massif du sable des plages marocaines"
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24 novembre 2017 10:05
LE MONDE Le 23.11.2017 à 06h00 •Enquête
Au Maroc, les marchands de sable dépouillent les plages

Des filières légales et clandestines se disputent le sable nécessaire à la confection du béton. Le trafic est tel que des plages entières sont menacées de disparition.

Par Ghalia Kadiri (Larache, envoyée spéciale)

Du haut de ses 11 ans, Karim fait mine de ne rien sentir. Ni le poids des charges qui épuisent son corps frêle ni les brûlures du soleil sur sa peau. Six jours par semaine, le petit garçon se rend au bord de la mer, à une vingtaine de kilomètres de Larache, dans le nord du Maroc. Autour de lui, face à l’Atlantique, la plage a disparu : il n’y a plus un grain de sable sur le rivage. Comme une dizaine d’autres gamins, Karim doit s’avancer vers l’océan une pelle à la main et prendre de pleines pelletées de sable mouillé, qui sera transporté ensuite à dos d’ânes vers le sommet de la falaise. Huit heures d’allers-retours éreintants l’attendent chaque jour.

Le long du littoral marocain, les « marchands de sable », maîtres-d’œuvre d’un business semi-mafieux, recrutent ainsi des centaines d’enfants. « Des fourmis face aux filières organisées qui disposent de gros moyens et du soutien des autorités pour dépouiller les plages », explique un fin connaisseur de ce milieu. Karim, lui, assure travailler « pendant les vacances d’été ». Mais vont-ils vraiment à l’école le reste de l’année ?

D’après les habitants des villages alentours, le trafic ne cesse jamais. Non loin de là, les propriétaires des ânes surveillent, méfiants. Ce sont eux qui, au bas de l’échelle, tirent les premiers bénéfices du pillage du sable, vendu 100 dirhams (9 euros) le mètre cube à des fournisseurs de matériaux de construction. Karim, lui, touche 40 dirhams (un peu moins de 4 euros) la journée....

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24 novembre 2017 10:06
Suite d el'article du Monde

Partout dans le pays, des poids lourds sillonnent les routes, transportant des tonnes de ce matériau pour satisfaire les besoins sans fin des promoteurs immobiliers. Comme il faut deux tiers de sable et de graviers et un tiers de ciment pour produire du béton, ce granulat est devenu la deuxième ressource naturelle la plus consommée sur la planète, après l’eau et devant le pétrole.

Chaque année, au moins 15 milliards de tonnes seraient ainsi récoltées dans le monde – ramassées à la pelle, aspirées dans la mer par des bateaux-dragueurs ou extraites de carrières –, au point de menacer certaines plages de disparition. Au Maroc, le boom du BTP a fait oublier ces préoccupations environnementales. Grands ouvrages d’aménagement, édification de villes nouvelles et de complexes hôteliers… Le royaume s’est lancé dans des projets titanesques. Sans oublier l’auto-construction, qui représente à elle seule 60 % du secteur dans ce pays.
Un « nouvel or jaune »

Les grains de sable du désert, trop fins, trop ronds, ne conviennent pas à la construction. Résultat : selon une estimation du gouvernement marocain, la moitié des 30 millions de tonnes consommées chaque année dans le pays provient de l’extraction sauvage dans la mer ou les oueds (rivières). A la manœuvre, des entrepreneurs surnommés « les rentiers du sable » en raison des marges astronomiques qu’ils réalisent.

Sur la route qui relie Larache à Tanger, le ballet des camions (jusqu’à 600 par jour) démarre au lever du soleil. « On fait environ trois allers-retours quotidiens, raconte Malik, le chauffeur d’un camion dont la benne a été transformée par un carrossier pour y charger l’équivalent de 18 tonnes. On risque de se faire contrôler, alors il faut optimiser ! »

Les trafiquants s’approvisionnent illégalement à coups de pelleteuses dans les falaises du sud d’Asilah, à un endroit où les touristes ne viennent jamais. Pour y accéder, il faut emprunter une piste poussiéreuse sous l’œil de guetteurs, équipés de talkies-walkies. « Chaque camion fait 6 000 à 7 000 dirhams de bénéfices par jour », poursuit Malik. Son employeur ? « Un entrepreneur qui a beaucoup de projets immobiliers dans la région », assure-t-il sans autre précision.
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24 novembre 2017 10:07
Suite de l'article du Monde :
Sur le marché informel comme sur le circuit légal, le sable est vendu autour de 300 dirhams le mètre cube. Depuis trois ans, la loi n’oblige plus les promoteurs à fournir les factures d’achat des matériaux pour le paiement de la TVA sur la construction, désormais calculée sur la base du mètre carré construit. « L’Etat a légiféré pour lutter contre le business des fausses factures mais a en même temps encouragé l’informel », regrette Othman El Mernissi, président de l’Association professionnelle marocaine des producteurs de granulats (APMPG).
« L’Etat nous a accordé un seuil d’exploitation. Evidemment, on ne déclare pas les quantités réelles, au moins dix fois supérieures. Qui va vérifier ? »
Un exploitant de carrière de sable

La nuit tombée, dans la région d’Asilah, un autre convoi se dirige vers les plages. « Ceux-là, prévient un chauffeur, il vaut mieux ne pas se mettre en travers de leur chemin. » Plus au sud aussi, de Oualidia (près de Casablanca) à Ouled Skhar en passant par la plage de Mehdia de Kenitra, la « mafia des sables » opère en bandes très bien organisées. Des escouades de camions surchargés roulent à pleine vitesse pour échapper à la police. « Ce sont des gens sans scrupules, assure M. Mernissi, ils foncent sur les barrages, tuant des gens sur leur passage, y compris des policiers. »

En réalité, si certains agents les pourchassent, les autorités locales cèdent souvent aux attraits de l’argent facile, et les producteurs de granulats « légaux » ne sont pas assez puissants pour mettre fin à la contrebande. « Le sable est le nouvel or jaune pour lequel tout le monde se bat », analyse Saad Charkaoui, PDG de Valotech, une entreprise de BTP à Casablanca.
« Les bakchichs ont fini par l’emporter »

Le phénomène n’a rien de nouveau. En 2007, déjà, un rapport de l’ONG américaine Coastal Care s’alarmait des ravages commis sur les côtes marocaines. « Dès 2004, nous avions averti les autorités locales, affirme sa directrice générale, Claire Le Guern. Malheureusement, malgré la volonté de plusieurs membres de l’administration, les trafics d’influence et les bakchichs ont fini par l’emporter. »

Au Maroc comme ailleurs, ces dérives préparent une bombe écologique. « Les conséquences sont catastrophiques, avertit Eric Chaumillon du CNRS, professeur en géologie marine à l’université de La Rochelle. Une plage met des milliers d’années à se constituer. On est en train d’enlever ce que la planète a mis des millénaires à faire. » Les répercussions sont considérables sur les franges côtières où l’érosion s’accélère. « La plage constitue un rempart contre l’augmentation du niveau de la mer et les tempêtes, ajoute le scientifique. On supprime ainsi une barrière naturelle ! »
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24 novembre 2017 10:08
Suite de l'article du Monde
Dans le port de pêche de Larache, le problème est connu de tous. « Des gros promoteurs venaient nous promettre de bâtir des immeubles modernes, se souvient Lahcen, 42 ans. Que reste-t-il aujourd’hui ? » Des paysages lunaires, où de larges cavités se dessinent le long du rivage dévasté. « Tout le monde sait ce qu’il se passe et les gendarmes sont de mèche !, s’insurge Hamid, un pêcheur de 51 ans. A force de vider les plages, il n’y aura plus de poissons, ni de touristes ! » Un paradoxe pour ce secteur, qui contribue à 11,4 % du PIB marocain.

Autre danger, plus indirect : s’il n’est pas bien rincé, le sable marin peut provoquer l’effondrement des bâtiments. « Il contient du chlorure de sodium, hautement corrosif, qui attaque les aciers », explique M. Charkaoui, de l’entreprise Valotech. Chaque année, la Fédération nationale du BTP compte 60 000 accidents sur les chantiers, dont beaucoup sont liés à l’écroulement des structures. « Et ce béton a une plus faible durabilité qu’un béton conforme appelé, lui, à résister un siècle », poursuit le spécialiste. Selon un rapport du ministère de l’habitat, entre 4 000 et 7 000 habitations de Casablanca présenteraient de tels risques.
Installations clandestines

Dans l’arrière-pays marocain, un autre trafic se développe. Près de 2 000 carrières courent sur des centaines de mètres au fond de rivières et dans les montagnes. On y exploite sable, gravette, marbre, argile… Sans compter les installations clandestines dans des endroits plus reculés encore. Si la grande majorité d’entre elles sont légales sur le papier, les abus sont fréquents dans ces concessions attribuées par l’Etat. Et il est impossible de maîtriser la production.

« L’Etat nous a accordé un seuil d’exploitation de 150 000 mètres cubes par an, confie un exploitant de carrière de sable. Evidemment, on ne déclare pas les quantités réelles, au moins dix fois supérieures. Qui va vérifier ? » Pour connaître les volumes réels, il serait nécessaire d’effectuer des relevés topographiques. « Les exploitants peuvent descendre un flanc de montagne, personne n’interviendra. C’est open bar ! », s’indigne une source au sein de l’industrie du béton.

Certaines carrières ont même la réputation de blanchir de l’argent sale. Ainsi, l’ONG Coastal Care a mis en garde contre les réseaux de trafiquants de drogue, soupçonnés d’être impliqués dans le trafic de sable, en particulier dans le nord du Maroc où l’économie du haschich occupe une place importante. Dans la région montagneuse de l’Oriental, dans le nord-est du royaume, le village de Beni Oukil a payé le prix de sa résistance. Il y a quatre ans, « une montagne a tout simplement été vendue pour permettre à un particulier de construire une carrière », déplore Mohamed Benata, président de l’Espace de solidarité et de coopération de l’Oriental (Esco), qui lutte pour la protection de l’environnement depuis 2001.
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24 novembre 2017 10:10
Suite et fin de l'article du Monde

Lui et plusieurs militants ont tenté de faire barrage à la société chargée des travaux. « Quatre membres de l’association ont été arrêtés, condamnés à de la prison avec sursis, accusés d’emploi d’armes pour empêcher une entreprise de travailler », témoigne M. Benata.

Il a bien essayé de dénoncer le phénomène lors de la COP22, organisée en 2016 à Marrakech, mais il n’a pas été entendu : à Beni Oukil, les travaux de la carrière ont repris, au grand dam des populations voisines, lassées de la poussière, des nuisances sonores, parfois même des fissures sur les murs des habitations. L’utilisation d’explosifs a aussi provoqué l’assèchement des puits, un souci majeur pour l’agriculture. « L’exploitant est un entrepreneur très influent… », conclut avec amertume M. Benata.
Manque à gagner pour l’Etat

En renonçant à contrôler scrupuleusement les carrières, l’Etat se prive de recettes fiscales considérables. Le ministère de l’équipement estime le manque à gagner à 5,5 milliards de dirhams par an (environ 500 millions d’euros). Pour y remédier, le gouvernement a instauré une taxe spéciale sur le sable en 2013, qui a été revue à la baisse deux ans plus tard. « L’Etat a appliqué la taxe sur les sociétés légales et a donc donné un avantage énorme aux trafiquants », reproche Othman El Mernissi, de l’APMPG. Et puis, comment fixer une redevance si les quantités réelles ne sont pas contrôlées ?

En 2015, l’Etat a voulu réformer la loi sur les carrières, régie par un décret datant de 1914, mais le nouveau texte, qui prévoit des sanctions en cas de pillage, des études d’impact environnemental et des relevés topographiques, tarde à entrer en vigueur. « Nous avons beaucoup travaillé sur cette loi, témoigne Abdelhadi Taimouri, consultant en exploitation de carrières. Malheureusement, elle n’est toujours pas applicable. On se demande à qui profite ce retard ! »

Quant à la loi sur le littoral, censée interdire depuis 2015 le prélèvement du sable dans les dunes maritimes – au risque de cinq ans de prison –, elle ne semble inquiéter ni les propriétaires d’ânes ni les chauffeurs de camions. Le pillage continue. Quand l’activité nationale du BTP ralentit, les trafiquants trouvent vite la parade : le sable marocain s’exporte désormais vers l’Espagne, au profit des complexes de luxe de Gibraltar et d’Andalousie.

Fin de l'article.
a
24 novembre 2017 10:15
C'est le cauchemar : ils pillent des plages qui mettent des milliers d'années à se constituer. Elles protègent de l’érosion et des tempêtes. Le sable utilisé pour faire du béton est de mauvaise qualité et annoncent des catastrophes majeurs sur la qualité de l'habitat. Les pilleurs enlaidissent le Maroc.
J'ai l'impression de voir un humain qui s'auto-devore. Une honte.
I
24 novembre 2017 10:53
@axis7,

Merci pour le partage.

C est un fleau planetaire qui touche 75 % des plages du monde.

Le sable est une matiere premiere presente dans tous les secteurs.

-verre
-automobile et avionic
-multimedia et telephonie
-meme dans nos dentifrices.

Une seule solution s impose comme alternative,c est la recherche et le developpement dans des nouveaux materiaux et recyclage.

L etat marocain doit redoubler d efforts comme les europeens pour reprimander par des sanctions l exploitation abusive du sable du littoral sinon ca sera un disastre ecologique.

[www.wedemain.fr]


Citation
axis7 a écrit:
C'est le cauchemar : ils pillent des plages qui mettent des milliers d'années à se constituer. Elles protègent de l’érosion et des tempêtes. Le sable utilisé pour faire du béton est de mauvaise qualité et annoncent des catastrophes majeurs sur la qualité de l'habitat. Les pilleurs enlaidissent le Maroc.
J'ai l'impression de voir un humain qui s'auto-devore. Une honte.
3
359
24 novembre 2017 18:27
salam aleikoum

j m étais posé la question il y a quelques années,d ou venait ce sable que l on utilise pour le béton,peu d temps apres j suis tombé sur ce reportage


dommage,sur ce lien,il n est pas en entier
capable du meilleur comme du pire,mais c est souvent dans l pire que j suis l meilleur
 
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