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Les MRE, « vaches à lait » et improbables citoyens

Tribune

Mohammed Mraizika
Chercheur en sciences sociales et en ingénierie culturelle

« Vaches à lait » est l’un de ces fameux quolibets, réducteurs et inconvenants, qu’ont eu à subir les MRE depuis un temps. A force, il est devenu le concept clef qui structure les stratégies et les politiques publiques et traduit le mieux la place qu’ils occupent dans l’imaginaire collectif national. 

Certes, « Vaches à lait » les MRE le sont contre vents et marées et en dépit des crises et des évolutions. Mais le resteront-ils longtemps ? N’est-il pas opportun aujourd’hui de développer et de promouvoir d’autres rôles et fonctions  stratégiques nécessaires à l’essor de leur pays ?

Être ou ne pas être des « vaches à lait »

Etre des « vaches à lait », dans le cas des MRE, ce n’est pas une vocation ou prescription religieuse, c’est plutôt une affaire d’hommes et de femmes d’honneur, responsables, courageux et volontaires, fidèles à leurs racines. L’histoire des MRE est une épopée héroïque, construite avec de la sueur, du sacrifice, du courage et de l’abnégation par des générations d’immigrés qui, depuis plus d’un demi-siècle, œuvrent pour que vivent dignement et honnêtement ceux qu’ils ont laissés au pays et pour que ce-dernier se développe et prospère en toute quiétude.

Combien de villages et de bourgs sont sortis de terre en lieu et place de taudis et d’habitats indignes grâce à leur contribution ? Combien de familles y vivent grâce à leurs transferts ? Combien d’agents ou de promoteurs immobiliers (honnêtes ou véreux) se sont enrichis sur leur dos ?

L’emprunte des MRE est visible et bénéfique partout et jusqu’aux zones les plus reculées du territoire national. Leurs actions de solidarité et les initiatives généreuses de leurs associations sont louées et attendues. Cette contribution, humaine, économique et sociale s’impose aujourd’hui au pays comme une bénédiction divine, qu’il pleuve ou qu’il neige. Elle est conséquente : 58,5 milliards de dirhams en 2011 (chiffre de l’Office des changes).

Que dire de leur contribution à la prospérité des pays d’accueil ? Les charbonnages de France, les usines Renault et Peugeot, les mines du Nord et le Métro parisien, les tunnels et les ponts, les champs et les serres, les voieries et les ordures des villes européennes les plus denses, en savent quelque chose.

Que dire encore de leur apport à la libération de pays européens du joug de l’occupation ? Les champs de bataille, les cimetières militaires de France et de Navarre gardent les traces et les souvenirs de leurs faits d’armes les plus émouvants et les plus héroïques.

Mais, là où la déception et l’écœurement se transforment en colère, c’est lorsqu’il est donné de constater que tous ces sacrifices, ces apports et contributions ne sont ni reconnus (montée de la xénophobie et de l’exclusion en Europe, scores importants de partis extrémistes), ni récompensés à leur juste valeur.

Que sont devenus tous ces contingents de MRE, ces retraités et ces sans papiers expulsés comme des « sous-hommes », ces chômeurs et ces saisonniers victimes de rejet et de discriminations ?  A-t’on pensé à eux, à leur reclassement et à leur intégration après leur retour volontaire -ou forcé- au pays ?  N’est-il pas judicieux d’investir une partie des transferts MRE dans des secteurs socio-sanitaires et dans des structures d’accueil  adaptées (maisons de repos, foyers, centres de formation et d’enseignement des langues d’origine) ?

Aujourd’hui, certains responsables marocains se plaisent à tenir Colloques et Conférences pour discourir sur les vertus du « réseautage » et l’apport des compétences MRE. Ils alignent les chiffres de leurs transferts, surveillent les courbes et prient pour que celles-ci progressent. Mais, lorsque ces mêmes responsables sont interpellés au sujet de l’usage que font certaines institutions (notamment bancaires) de l’argent des MRE, sur le coût exorbitant de leur  transfert,  ou encore au sujet de l’accès des MRE à l’exercice effectif des droits civiques et constitutionnels, ils s’énervent et se hasardent à minimiser ces apports voire  à ramener toute la question de l’apport MRE à une simple « action d’aide et de solidarité familiale ».  Cette conception est plus que douteuse ; elle est irrespectueuse et dangereuse car elle porte en elle les germes de la déliquescence des relations et des liens MRE-Maroc.

Être ou ne pas être citoyens

Comble du paradoxe, pour ne pas dire de l’amateurisme politique et de l’inconscience, plus de 4 millions de Marocains sont écartés de l’exercice effectif de la citoyenneté. Le plus pessimiste d’entre les MRE pourrait (avec un peu d’humour) répliquer : A-t-on déjà vu des « vaches à lait » éligibles et électrices ?  A-t’on déjà vu des « vaches  à lait » faire grève ?

La citoyenneté ne se mesure pas à l’aune de la contribution économique individuelle. L’époque du suffrage censitaire est bien révolue. Être citoyen ne se réduit pas à la  possession d’une carte électorale ou à un vote occasionnel par une procuration imposée. Etre citoyen, c’est faire partie d’une Nation dans laquelle  l’individu et le groupe ont des droits et des devoirs clairement définis et respectés. Etre citoyen, c’est se sentir impliqué et responsable, c’est prendre part à l’élaboration des politiques publiques qui engagent l’avenir de son pays. Ne pas l’être, ou l’être virtuellement (cas des MRE) c’est se sentir « moins que rien », c’est être quelqu’un de seconde zone, bon à mourir à la tâche, à économiser et à transférer.

Le passage des MRE de simples « vaches à lait » au statut de citoyens est aujourd’hui une nécessité impérieuse, une question de justice et de bonne gouvernance. Ce passage serait l’une des révolutions « mentales » et évolutions politiques les plus marquantes de cette nouvelle législature (2011-2016).

La valorisation du statut politique des MRE serait en effet le déclencheur d’une dynamique incomparable qui drainerait vers le pays les réalisations les plus originales et les projets les plus nécessaires à son essor économique. Rendre effectifs leurs droits constitutionnels, c’est donner aux MRE les outils et la crédibilité indispensables pour pouvoir jouer leurs rôles dans  tous les processus en cours, c’est leur permettre d’occuper une place privilégiée dans les relations internationales en qualité d’acteurs déterminants et influents.

A-t’on vraiment conscience, dans notre pays, de l’apport que la « diaspora marocaine » pourrait avoir, en ces périodes mouvementées, dans la défense des causes et intérêts supérieurs du pays ?

Il est incroyable de voir un pays, qui se bat pour relever des défis majeurs et décisifs pour son développement et sa démocratisation,  brider les initiatives et les compétences de milliers de MRE pour des raisons de basse politique qui ne procèdent que de faux calculs et ne s’appuient que sur des arguments (sécuritaires, logistiques) fallacieux.

Celui qui a tué la « poule aux œufs d’or » par simple cupidité, par avidité et par curiosité, car pressé de gagner plus en peu de temps, l’a appris à ses dépens. Ceux qui déploient aujourd’hui les stratagèmes les plus variés, pour inciter le MRE à économiser toujours plus et à envoyer le plus d’économies qu’ils peuvent, doivent méditer cette maxime de « la poule aux œufs d’or ». Car, en effet, à force de les essorer et les presser, sans considération, ces « vaches à lait», vont tarir. A-t-on déjà vu des « vaches à lait » éternellement grasses ou indéfiniment généreuses ?

En définitif. Il n’y a pas et n’y aura pas d’incompatibilité entre le rôle des MRE en qualité de contributeurs stratégiques à l’essor économique du pays et celui d’acteurs politiques pleinement impliqués dans la construction de l’Etat de droit auquel aspire le pays..

Bien au contraire, l’harmonisation des politiques publiques les concernant et la consolidation des liens entre ces deux rôles –investisseur et citoyen-, le renforcement des « capacités» des ONG-MdM, constituent LA condition première pour l’émergence d’une véritable force « diasporique » capable d’agir, de défendre et de promouvoir à travers le monde les causes et les intérêts nationaux.

Rendre possible l’accès des MRE à l’exercice normal et actif de la citoyenneté, c’est l’une des voies idoines et stratégies « gagnant-gagnant », à même de donner aux MRE les outils politiques, juridiques et psychologiques qui leurs sont nécessaires pour pouvoir défendre ou sauvegarder leurs propres intérêts et droits (cultuels, culturels, socio-économiques) dans les pays d’accueil. Il serait dommage de se priver de cette voie et de cette stratégie en ce temps incertains.

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Oui y'a pas d'autres termes, les MRE sont bien des vaches à lait
Auteur : marocainedesPO
Date : le 12 avril 2012 à 14h00
Dans l'imaginaire des marocains, les MRE n'ont qu"à se baisser pour ramasser l'argent ... Mais bon, la majorité des MRE triment, on se lève à des heures pas possibles, on passe notre temps dans les transports en commun, on bosse toute la journée et on rentre tard le soir, toute la semaine, même chose. On peine à avoir notre salaire et pourtant on a une étiquette qui nous colle à la peau. Nous ne sommes pas considérés dans notre pays d'origine, en plus de ça dès qu'on veut "investir" dans notre pays, on se fait arnaquer sans vergogne et aucune lois ne nous protège, bref .... Même les banques font le tri, il y a des taux d'intérêt spéciaux pour les MRE et qui ne sont pas à notre avantage. Quand tu veux acheter quoi que ce soit, si tu es MRE, et bien on augmente le prix, c'est du vol ... Il y a des inégalités flagrantes et personne ne se dit rien, c'est de l'injustice pure et simple !!! En définitive, on est des vaches à lait et on part droit à l'abattoir
merde
Auteur : moadib
Date : le 09 avril 2012 à 21h07
pour moi j'evite d'engraisser,en gardant mon argent ici,j'ai ouvert un compte au maroc a mes enfants que j'ai rempli au minimum,le reste est sur des placement ici en france.quand je vais en voiture je prend toujours des ferrys espagnole .il n y'a aucun souci.en avion j'evite au maximume la royale air maroc qui n'a pas le standing d'une vrai compagnie alors qu'elle devrait l'etre.il y'a beaucoup de choses comme cela mais est ce que cela est de ma faute? non
@Btof
Auteur : charmeur de serpent
Date : le 07 avril 2012 à 23h10
Couper le lien définitivement avec son pays d'origine n'est pas une bonne idée. Les temps changent, il viendra le jour ou l'extrême droite prendra le pouvoir en Europe et je vous laisse imaginer la situation après. A ce moment là, le seul refuge sera le pays d'origine, qui est et qui restera le lieu le plus sûr. La nationalité du pays d'accueil peut être restituée à n'importe quel moment sous n'importe quel prétexte mais la nationalité du pays d'origine perdura pour toujours et peut servir à n'importe quel moment. Il vaut mieux encourager ses enfants à garder ce lien sacré avec leur pays d'origine, la terre de leurs ancêtres qui est et qui sera toujours la leur en cas de besoin.
on peut ....
Auteur : participant
Date : le 07 avril 2012 à 19h11
les reactions montrent bien divers degrés du rapport et d connaissance des uns et des autres vis a vis du maroc.
Entre ceux qui "jugent" avec des criteres europeens , ceux qui ont de l'amertume , ceux qui veulent profiter , ceux qui connaissent le maroc a travers leur petites experiences.... bref ..plein de profils.
Y a ceux aussi qui ont quiter le maroc il ya 20 ans ou 30 , et ont toujours gardés la meme image ....malgré leur visite rapide ....
Le deuxieme point est technique , comment faire discuter divers citoyens eparpilliés un peu partout en europe et dans le monde.
Yabiladi est un exemple tres reussi de ce qu'on devrait faire dans l'avenir....
Il y a des propositions concretes pour ameliorer cett situation , mais le probleme est que les places parmi les institutions representatives sont tres dures a obtenir....
autant en emporte le vent
Auteur : Btof
Date : le 07 avril 2012 à 18h48
Très bonne analyse. c'est vrai que mes enfants ne veulent plus rentrer au Maroc. Je suis donc obliger de composer. Qd mes parents ne seront plus la, je n'aurais plus l'obligation de continuer a envoyer de l'argent au Maroc. Cet argent contribue a l’économie locale, d'une manière ou d'une autre. Plus besoins de payer des billets d'avions pourris de la RAM ou ce taper les mesquineries des corrompus locaux pour tel ou tel papier. Je vais tout vendre et profiter de mes vieux jours dans un pays respectueux de mes droits. Le Maroc est malade de ses gens. Il faudra 2 ou 3 génération pour extirper le cancer qui le ronge, si le patient ne meurt pas entre temps. Le temps de vache a lait et révolu. La prochaine génération de MRE ne seront plus aussi tolérant car plus rien ne le relie au Maroc. a méditer par les politiciens de bas étages.
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