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Le Maroc n’est plus contre les naturalisations

La politique du Maroc vis-à-vis des MRE a radicalement changé depuis le début de l’émigration. Le Maroc mesure aujourd’hui l’atout que représente une diaspora.

On pourrait presque dire du Maroc qu’il mène une politique en matière de naturalisation de ses ressortissants à l’étranger. Certes, le royaume ne dispose d’aucun pouvoir hors de son territoire, mais sa politique influence la propension des MRE à se naturaliser.

Hassan II, en 1993, répondait aux questions d’Anne Sinclair, à la télévision française, par des mots restés gravés dans les mémoires. « Je vous décourage en ce qui concerne les miens, les Marocains, d’essayer de ... détournement de nationalités », bafouilla Hassan II alors que la journaliste l’interrogeait sur l’intégration, et  bifurqua vers la nationalité. Il assimilait l’intégration à une forme de naturalisation, laquelle serait un «  détournement de nationalité ».

Aux premiers temps de l’émigration marocaine en Europe, le Maroc aide la France à trouver parmi les paysans  marocains une main d’oeuvre corvéable mais interdit presque les départs de Marocains vers l’Europe en dehors de ces accords. « Jusque dans les années 1980, il était presqu’impossible d’obtenir un passeport », souligne Mehdi  Alioua, ( docteur en sociologie à l’Université internationale de Rabat ).

Virage à 180°

Le 21 août 2001, Mohamed VI prononce un discours où il annonce son intention de « rapprocher les  représentations diplomatiques et consulaires [...] de [ses] fidèles sujets résidant à l’étranger. » « C’est un virage évident », souligne Abderrahmane Zahi, secrétaire général de la Fondation Hassan II pour les MRE. En 2009, Driss El Yazami, président du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, va plus loin : « les politiques  publiques marocaines doivent accompagner ces processus d’enracinement. »

Ce changement radical de discours se concrétise nettement : « en Allemagne, un Marocain qui se fait naturaliser doit remettre son passeport à l’autorité allemande, mais le passeport reste la propriété de l’Etat marocain. Il est  donc remis au consulat marocain. Etant donné que la nationalité marocaine ne peut être retirée, les consulats rendent ensuite le passeport à la personne qui devient germano-marocaine », explique Zoubir Chattou, auteur de « La double nationalité en question : enjeux et motivations de la double appartenance », en 2002.

MRE : une diaspora

Les changements qui se sont opérés dans la communauté des MRE et dans la forme d’émigration sont à l’origine  du changement de politique. De provisoire, l’installation à l’étranger des Marocains est devenue durable, de  ponctuelle, elle est devenue continue d’année en année. Le pouvoir prend aussi, à présent, toute la mesure de  l’atout que représente une diaspora.

Economiquement, « le Maroc sans les devises apportées par les MRE ne pourrait pas se procurer autant de  matières premières sur les marchés internationaux », remarque Mehdi Alioua. Politiquement et  diplomatiquement, une diaspora importante offre une carte supplémentaire à jouer dans les relations  internationales pour le Maroc.

Cet article est issu du Magazine Numéro 11
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