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Société Publié Le 10/01/2017 à 19h00

Ce que cache la « Burqa » au Maroc [Edito]

L’information a fait l’effet d’une bombe : les agents du ministère de l’Intérieur ont notifié aux fabriquants/commerçants de «burqa» (comprendre voile intégral) d’en cesser la distribution et la vente sous 48 heures. Comment lire cette décision non annoncée officiellement qui, en l’espace de quelques heures, a marqué de profondes lignes de fractures au sein de la société marocaine ?

Combien de fabricants, revendeurs de «burqa» au Maroc ? Le chiffre doit très certainement tendre vers zéro, puisque ce vêtement originaire d’Afghanistan n’est porté quasiment par aucune femme au Maroc. En réalité, le terme en arabe «burqa» (البرقع) inscrit dans le document des agents du ministère de l’Intérieur sert d’appellation générique pour l’ensemble des voiles intégraux.

Pour endiguer la propagation de ces «niqabs», les autorités n’ont pas adopté une nouvelle loi sur le code vestimentaire dans l’espace public, mais se contentent de traiter la question en amont : fabrication et commercialisation.

Comment comprendre cet assaut surprenant sur des commerçants en dehors de tout cadre légal connu ? Aucun article de loi n’est d’ailleurs mentionné dans le document en possession des agents du ministère de l’Intérieur. La légitimité juridique est d’autant plus fragile que la décision administrative n’est aucunement motivée.

Délit d’habits étrangers

Face à ce coup de force surprenant de l’appareil administratif, les critiques ont fusé, venant d’un groupe hétérogène rassemblant figures islamistes et un certain nombre de militants progressistes. D’autres, au contraire, saluent une décision qui constitue la première grande mesure pour endiguer le «péril islamiste».

Si le débat entre les «pour» et les «contre» est animé, les arguments demeurent parfois obscures. On invoque l’origine étrangère de ce voile oubliant rapidement que le jean, le costume, la jupe et même notre traditionnel caftan ont des origines étrangères. «Aucune liberté pour les ennemis de la liberté», clament ensuite les anti-islamistes ; «l’Etat n’a pas à intervenir dans le code vestimentaire des citoyens», répliquent les autres.

Si l’espace public doit en effet rester un espace de liberté, il y a pourtant des exceptions qui légitiment l’intervention de la force publique : trouble à l’ordre public, maintien de la sécurité publique. En effet, dans un contexte marqué par le risque terroriste, il pourrait tout à fait être légitime d’interdire la dissimulation du visage dans l’espace public pour des raisons de sécurité. Encore faut-il que cette interdiction soit votée au Parlement et non improvisée par le ministère de l’Intérieur sans concertation.

Nous sommes les cobayes

Cette opération coup de poing rendue publique mais sans annonce officielle semble en réalité tenir du ballon d’essai. Le ministère de l’Intérieur peut ainsi jauger les résistances à une future réglementation interdisant le voile intégral dans l’espace public sans prendre trop de risques. En effet, si la polémique enfle, il sera très facile pour lui de revenir sur une annonce qui reste encore très floue. Si le moment est propice, il poussera très probablement un projet de loi pour qu’il soit voté au Parlement, afin d’interdire non seulement la fabrication et la vente du voile intégral, mais aussi la dissimulation du visage dans l’espace public.

Quelque soit l’issue de ce test inédit, le ministère de l’Intérieur en sortira renforcé, endossant l’habit du héros de l’anti-islamisme tout en créant de profondes lignes de fractures dans la société et particulièrement au sein des associations progressistes. Pour certains militants, les idéaux démocratiques ne pèsent plus beaucoup face au «péril islamiste», préférant abandonner un peu de libertés pour un peu plus de sentiment de sécurité.

56 commentaires
Re: Ce que cache la « Burqa » au Maroc [Edito]
Auteur : nella4415
Date : le 15 janvier 2017 à 22h58
Tu as raison c'était l'exemple de trop. Comme tu dis l'adultaire n'a pas de nationalité malheureusement... Vraiment je voulais offenser personne. Toutes mes excuses sincèrement.
Re: Ce que cache la « Burqa » au Maroc [Edito]
Auteur : sakki
Date : le 15 janvier 2017 à 14h48
partant du principe du logique et le bon sens pourquoi on se camoufle? ou on en camoufle ? pourquoi on se cache? ou on en cache? il y a sûrement des Mobiles ou des raisons , en parlant de ce siècle , le siècle de lumière de la science , de la haute technologie maintenant pour les siècles des cavernes , sûrement il y avaient des raisons qui sont compatibles avec leur époque c'est à dire cacher les visages des femmes et les formes des femmes , vu leur mentalité de l'époque
La Femme sans visage VS La Femme sans âme ?
Auteur : Mowgli DeLajungle
Date : le 15 janvier 2017 à 02h02
Il semblerait à travers la lecture de bien des commentaires que trop de gens souffrent d'un suprématisme idéologique patenté, leur paradigme les aveugle au point de refuser au reste du monde de s’inscrire dans une perception de la vie qui différerait de la leur. Leur démarche s'apparenterait au fait d'oblitérer tout ce qui ne satisferait pas leur système de pensée dans l'optique d'asseoir celui-ci. Ils généralisent à outrance, ils emploient à l'excès des raccourcis simplistes, ils manquent de nuances, de relief dans leur raisonnement, peu de réflexion et beaucoup d’émotionnel... Ils sont les apôtres du conceptuel dissonant ainsi que les négligés des réalités populaires. Et il y aurait tellement à dire encore de leurs points de vue et positionnements... Nous n’aborderont pas le sujet de leur façon d'écrire ainsi que le style maternelle de type "pâte à sel" à travers lequel ils couchent noir sur blanc leurs convictions, ça serait les achever. N'en déplaise aux meutes occidentalistes empruntes d'hystérie collective, l'uniforme orwellien de la bien-pensance moderne et répressive est celui du désir et du dénuement, les femmes sont sommées de sublimer leurs charmes dans l'optique qu'elles se soumettent au regard de l'homme et son désir plutôt que d'inscrire sa volonté propre dans un dessein céleste transcendant. Idéologie terre à terre matérialiste, diktat des plaisirs, du tout, tout de suite et maintenant, sans lendemain, sans responsabilités, sans conséquences. Malheur donc aux femmes qui tenteraient par quelque habit obscurantiste de s'élever hors de cette prison des consciences...