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Investissement Publié

Jawad Abouliatim : Quand l’entreprenariat s’inscrit dans une dynamique franco-marocaine

Ce Franco-marocain de 45 ans est revenu au Maroc, à El Jadida, pour créer sa société d’outsourcing en architecture. De ses précédentes expériences entrepreneuriales, il a tiré un riche enseignement professionnel.

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Jawad Abouliatim. / DR

Il y a quatre mois, c’est avec nostalgie que Jawad Abouliatim quitte la France, Paris en l’occurrence, pour venir s’installer à El Jadida. Né à Youssoufia, cet architecte de 45 ans a en effet quitté la capitale et son lot de stress quotidien avec femme et enfants pour le calme de cette ville côtière, qu’il considère comme la «banlieue de Casablanca». «Quand on est Parisien, 50 minutes de route ce n’est rien du tout !», plaisante-t-il.

S’il reconnaît être «très attaché à la France, à sa culture, sa cuisine et son mode de vie», il déplore «la paupérisation de la classe moyenne. Or moi ce que je veux, c’est quand même avoir un quotidien un peu moins stressé». Et c’est justement le sens de son projet entrepreneurial : par le biais de sa société d’outsourcing en architecture, Gratteur Services (dans le jargon architectural, un gratteur désigne un dessinateur, nous précise-t-il), qu’il a créée avec son épouse, également architecte, il embauche des dessinateurs au Maroc pour le compte d’artisans français.

«On travaille dans un esprit de coopération nord-sud entre la France et le Maroc. En France, il y a environ 40 000 entreprises d’architecture, mais 60% n’ont pas de salariés. Ce sont des entreprises individuelles. Le problème, c’est que les artisans sont sur tous les fronts et peinent à générer des profits. On permet aux gens qui n’arrivent pas à embaucher en France, du fait de la conjoncture économique, de produire pour des coûts très peu élevés ici au Maroc. Comme ça, ils peuvent se concentrer sur leur corps de métier, prospecter et gagner de nouveaux marchés», nous explique Jawad Abouliatim.

Et de préciser : «Ils nous délèguent leur travail. Ici, la main d’œuvre est très peu chère, donc c’est moi qui embauche les dessinateurs puis, à travers la plateforme que j’ai créée, les artisans peuvent passer des commandes et je leur envoie les fichiers qu’ils ont commandés.»

«L’expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs»

Ce projet, Jawad Abouliatim l’a mûri pendant deux ans, alors qu’il était en France, où il a vécu vingt-cinq ans. Il a étudié à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Bretagne et est titulaire d’un DEA de philosophie de l’art à la Sorbonne à Paris. Durant ces deux années, il remporte plusieurs concours, dont MeetAfrica de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) de l’Agence française de développement (AFD). «J’ai multiplié les contacts avec les associations et administrations marocaines, notamment le consulat d’Orly, Maroc PME, la CGEM des Marocains entrepreneurs du monde et du Ministère des MRE, qui facilitent grandement l’accueil et l’insertion des entrepreneurs au Maroc», dit-il. La dotation, de 15 000 euros, lui a ainsi permis d’établir son étude de marché et son business plan.

«Je ne juge pas les gens et les cultures. Je balaye devant ma porte. Je ne vais pas changer le monde. Je sais pourquoi je suis ici. J’ai créé ici un microclimat qui me permet de garder le mode de vie que j’avais en France pour me ré-ouvrir graduellement à la culture marocaine, qui est très riche par ailleurs.»

Jawad Abouliatim

De plus, son marché principal étant en Europe, il n’est pas confronté aux problèmes de délais de paiement, entre autres. «En tant qu’entrepreneur, j’ai des vues sur le marché marocain de l’architecture. Les obstacles qu’on peut trouver, je les prends comme des données à traiter, je fais avec. On ne peut pas être entrepreneurs et être rigide. J’en suis à ma troisième société, c’est pour ça que je parle d’expériences.» Et il conclut par une citation d’Oscar Wilde : «L’expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs.»

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