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Investissement Publié

Rahma El Madani : Quand l’entrepreneuriat passe par le septième art

Cette cinéaste franco-marocaine ambitionne de créer au Maroc une école d’image ouverte à tous. A terme, elle veut mettre en place des résidences d’écriture et étendre sa structure à l’échelle nationale.

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Rahma El Madani, ici à Alger. / Ph. DR.

Ce n’est pas «l’école de la deuxième chance» ; plutôt celle qui se veut ouverte à tous. Depuis le temps qu’elle a cette idée en tête, Rahma El Madani s’est enfin lancée : cette cinéaste, productrice et réalisatrice franco-marocaine, travaille actuellement sur l’ouverture d’une «école d’image pour tous» au Maroc. Gérante d’une société de production de films à Paris, «Plein Cadres», elle envisage en effet d’en lancer une filiale dans le pays de ses parents.

«Je reçois souvent des messages de personnes qui veulent travailler dans le cinéma, mais qui ne sont pas passées par une école spécialisée ou n’ont pas forcément un cursus classique. C’est comme ça que j’ai eu l’idée de créer une école d’image pour tous, de surcroît au Maroc où je passe beaucoup de temps», nous confie-t-elle. «On a l’impression que ce milieu est réservé à une élite. Or, le cinéma, c’est avant tout un imaginaire. Et il n’y a pas que celui des beaux quartiers : il y aussi celui de l’Atlas, des régions du Nord, du Sud…», explique-t-elle.

«Ce que je souhaite justement, c’est que tout le monde, y compris les personnes qui n’ont pas forcément une formation en cinéma, puisse exprimer son imaginaire.»

Rahma El Madani

«Des formules adaptées à ce que le public attend»

Accompagnée par l’Agence pour la coopération internationale et le développement local en Méditerranée (ACIM), et par Start Up Maroc pour le volet administratif, Rahma El Madani souhaite dispenser, à travers différents cursus et semestres, des formations à l’image et à l’écriture filmique à tous les publics, notamment aux plus jeunes. «J’aimerais beaucoup travaillé avec les écoles, aussi bien publiques que privées. Les images peuvent être un outil d’expression et de transmission, d’où la volonté d’apprendre aux enfants à les décoder», précise cette quinquagénaire.

A travers un accompagnement technique et un enseignement à tous les panels de l’éducation à l’image, du primaire au lycée, elle souhaite aussi «accompagner les gens qui ont des projets mais ne savent pas comment les faire aboutir. Il y a une différence entre avoir des diplômes et faire des films», souligne-t-elle. Il s’agit aussi bien de l’enfant qui apprend à décoder des images, que de l’étudiant ou l’adulte intéressé à l’écriture d’un scénario, à la réalisation d’un documentaire, d’une fiction ou d’une web série. «Il y a des projets qu’on peut faire en six mois, d’autres qui s’étendent sur une période plus longue. On va proposer des formules adaptées à ce que le public attend en fonction des partenaires qu’on aura», ajoute-t-elle.

Son école devrait être implantée au départ à Casablanca, même si elle ne la veut pas cantonnée à la capitale économique :

«Mes parents sont originaires de Taza. Je trouve que le nord-est est une région propice au cinéma, avec ses décors incroyables, notamment au sud d’Oujda. Mon envie est d’y proposer des résidences d’écriture et que ‘Images pour tous’ soit proposée à l’échelle nationale.»

Rahma El Madani

Représenter toutes les diversités

Celle qui évolue dans le milieu du cinéma depuis l’âge de 28 ans revendique, par ailleurs, un cinéma différent : celui d’abord dit de la diaspora, qu’il soit africain, maghrébin, arabe... Née en 1966 en Algérie, dans l’Oranie, Rahma El Madani est arrivée en France à six ans et a grandi en région bordelaise. Là-bas, elle a étudié la linguistique française à l’université de Bordeaux III, puis la littérature à Lille III et enfin le cinéma à la Sorbonne à Paris. «Etant moi-même entre trois pays, je ne conçois pas que l’on soit très centriste, surtout dans le cinéma», assume-t-elle.

«Je suis très liée au Maroc. C’est un pays que j’ai découvert depuis la France, lorsque j’allais y passer mes vacances. Il a toujours nourri mon imaginaire, notamment la ville de Fès, sa médina, l’Atlas… Dans mon travail cinématographique, je suis très liée au Maroc et à l’Algérie. Même si j’ai tourné en France et que mon prochain film sera entre la Chine et le Maghreb, mon imaginaire vient de ma culture maternelle.»

Rahma El Madani

Auteure et écrivaine, Rahma El Madani travaille à l’international. Ses films sont des coproductions avec la Belgique, la Chine, le Sénégal, le Maroc, l’Algérie et la Norvège.

Son idéal, qu’elle souhaite transmettre à travers son école, «c’est que toutes les expressions soient représentées». A Paris, elle fait partie du collectif Film Fatales Paris, qui réunit des femmes cinéastes issues de la diversité africaine.

«On existe depuis bien avant l’affaire Weinstein, car on avait la volonté de montrer que nous, cinéastes femmes, nous existons. Le hasard a réuni dans notre collectif surtout des femmes issues de la diaspora africaine, car notre cinéma est ségrégué.»

Rahma El Madani

Investie sur plusieurs fronts, l’artiste revendique un cinéma permettant d’«être présentes dans les écoles prestigieuses en tant qu’enseignantes et y retrouver des étudiants de la diaspora. Le cinéma n’est pas réservé aux élites». «Ma volonté là aussi, c’est que toutes les expressions soient représentées», conclut-elle.

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