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Soufisme et liberté
f
23 juin 2013 17:31
Assalam alaikoum


Je mets en partage ce texte, de Cheikha Nûr Artiran (turque), traitant du sens effectif, dépassant le sens apparent, de la liberté.






Le premier article de la Convention internationale des droits de l'homme, reprenant la déclaration française de 1789, stipule que les Hommes naissent libres et égaux en droit. Mais il nous faut réfléchir sur le sens de cette liberté. Sommes-nous nés libres à la naissance ? Au cours de notre vie ? Est-ce être libre que d'ignorer les valeurs humaines, voire les raisons de notre existence ? Est-ce être libre que de mener une vie sans freins ni limites ? L'un des problèmes cruciaux de la génération actuelle réside dans la compréhension de la véritable liberté, qui ne se résume pas à une liberté de faire ce qui plaît.

« La spiritualité et les défis de notre temps », thème sans nul doute crucial de notre temps, fait immédiatement penser à des couplets écrits par Mawlânâ Jalâl al-Dîn Rûmî :

Vous n'êtes pas venus dans ce monde pour nourrir votre corps qui sera un jour une proie pour les vers dans votre tombe. Vous avez appris un certain métier ou art, vous avez ainsi une occupation qui sert à nourrir votre corps, à subvenir à se besoins. Mais qu'avez-vous fait pour nourrir votre âme ? Apprenez l'art de la religion afin de nourrir cette âme. Soyez enfin attentif au sens (ma'nâ). Ne soyez pas attachés aux plaisirs passagers du monde, afin de pouvoir vivre en homme libre, et ne pas devenir prisonnier des possessions, du statut, de la nourriture, de la boisson, et de tout le reste.

Ces nobles paroles de Jalâl al-Dîn al-Rûmî nous permettent d’élargir notre champ de vision et de regarder la notion de la liberté sous un autre angle. La première clause de la Déclaration des droits de l'homme, rédigée pendant la révolution française, nous dit que l'être humain naît libre et reste libre durant toute sa vie. Bien que cette clause nous paraisse d'emblée raisonnable et acceptable, il est indéniable qu'elle soulève également un certain nombre de questions. Dans quelle mesure sommes-nous réellement libres ? Sommes-nous libres dès notre naissance ? Est-ce que chaque personne mène une vie libre ? Est-ce être libre, que de faire ce qui nous plaît ? Est-ce être libre que d'abandonner totalement toutes nos valeurs humaines, nous désintéresser de nos semblables et surtout, nous désintéresser de ce pourquoi nous avons été crées et de ce pourquoi nous existons ? Si vivre sans limites (en apparence) constitue le fait d'être libre, alors on pourrait dire que les animaux sauvages des jungles d'Afrique sont plus libres que nous. Si c'est le cas, ne devrait-on pas redéfinir les limites de l'être humain, l'être le plus sacré d'entre toutes les créations ? Il est nécessaire d'accepter que l'un des problèmes les plus importants pour la génération d'aujourd'hui émane d'une interprétation erronée de ce qu'est la liberté. Cette génération recherche le plaisir sans relâche, car elle ne connaît pas le vrai sens de la liberté. Sans le savoir, nous avons négligé notre esprit (Rûh), qui lui, veut être libre, et nous nous sommes persuadés que nous pouvons être libres en nous laissant guider par nos désirs et nos satisfactions physiques et matérielles. Et puisque ce comportement n'est pas en accord avec la vérité, les jeunes dans le monde dit « développé » se trouvent condamnés à vivre la solitude de l'exil dans une vie luxueuse et matérialiste. Cette fausse interprétation de la liberté a donné naissance à une génération qui ne croit en rien, qui est malheureuse et sans espoir.
Depuis un siècle, on assiste à une augmentation énorme de désordres psychologiques. La principale cause en est la vie matérialiste sans dimension spirituelle, et donc dépourvue de sens. Par exemple, il est probable que certains fléaux de la vie moderne, comme l'obésité et la toxicomanie, soient liés à ce vide spirituel. L'homme a été crée pour posséder l'esprit, l'ego, et l'intellect. Nous devons apprendre à équilibrer l'esprit et l'ego, d'une part, et l'exercice de notre intellect, d'autre part. Tant que nous ne trouverons pas cet équilibre, l'idée que nous pourrons un jour créer une « société saine » restera chimérique. Si tous nos efforts sont déployés dans la poursuite de gains matériels, il est normal que notre esprit reste dans la solitude, impuissant et malheureux. Qui plus est, cet état de fait se reflétera dans nos pensées et nos émotions tout au long de notre vie. Le malheur individuel se transformera tôt ou tard en désespoir à l'échelle de la société, et lorsque cela se produira – même dans le monde développé où la liberté physique et matérielle est la plus parfaite – les gens ne se sentiront ni libres, ni heureux. Lorsque l'on ignore la raison de sa propre existence, et sa responsabilité spirituelle, recherchant uniquement la satisfaction de ce qui est fait de poussière (et non de lumière), et qui redeviendra poussière, on cherchera toujours sa liberté, son bonheur et sa tranquillité dans le monde extérieur. Une mauvaise interprétation ou une mauvaise recherche aura comme résultat un éloignement de la vrai voie. Par conséquent, la découverte de la vrai liberté – celle cachée dans le « soi intérieur » - et la découverte de la paix et du bonheur durable, deviennent difficiles. Il est possible d'atteindre la paix et le bonheur non pas grâce au pouvoir de « faire tout ce que nous voulons » mais grâce à notre spiritualité, c'est-à-dire notre vraie liberté spirituelle. Si une personne n'arrive pas à se libérer des entraves invisibles du monde intérieur et ainsi découvrir cette liberté spirituelle, aucun affranchissement (en dehors de l'affranchissement intérieur) vécu dans le monde matériel ne suffira à apporter bonheur et contentement. Comme nous le voyons clairement, la perspective soufie propose une autre perception de la liberté. La Puissance divine a crée le « physique » et le « spirituel » (hiç et ma'nâ) pour donner le choix final à Ses serviteurs. Nous croyons que les humains sont les seules créatures à qui il a été donné le libre arbitre et la liberté de choisir. Le liberté, du point de vue soufi, signifie être affranchi des désirs et des besoins du monde et ainsi découvrir l'équilibre entre le physique et le spirituel, ou « l'apparence extérieure » et le « sens intérieur ».
Si l'on poursuit une existence matérielle, la liberté sera toujours limitée. Par contre, si l'on trouve le moyen de s'approcher des « sens » (ma'ânî) qui dépassent ce bas-monde, la liberté spirituelle pourra s'épanouir. Dans les soufisme, ce qui est important, ce n'est pas la liberté de nos organes, mais celle de l'âme qui leur donne vie. La personne qui atteint cette réalisation se sentira libre et heureuse même dans les pires circonstances. L'un des meilleurs exemples est le philosophe Épictète, qui vécut il y a deux mille ans. Bien qu'esclave d'un autre homme, il s'était affranchi de l'esclavage des désirs et de la souffrance qu'ils engendrent. Son corps fut captif, mais pas son âme. Les mots qu'il prononça lorsqu'il fut fouetté par son maître, contiennent une leçon pour toutes les générations, y compris la nôtre. À ceux qui se vantaient de leur liberté, et qui se moquaient de lui, Épictète expliquait qu'ils étaient eux-mêmes les vrais esclaves :

En réalité, dans ce monde, il y a les petits esclaves et les grands. Les petits sont prisonniers de leurs petites ambitions et leurs petits désirs ; les plus grands sont prisonniers de leurs plus grandes ambitions et leurs plus grands désirs. Une personne qui est soit-disant libre mais qui est captivée par son statut élevé ou par ses ambitions mondaines subit en réalité une pire servitude que n'importe quel esclave. Pour comprendre si une personne est réellement libre, il ne faut point regarder son statut ou ses titres honorifiques. En réalité c'est le contraire : plus les récompenses et le statut sont élevés, plus la personne est entravée. Vous me prenez peut-être pour un esclave, mais Dieu m'a accordé ma part de ma liberté, et je respecte Ses commandements. Ainsi, nul ne peut me priver de ma liberté. Le vrai bonheur vient de cette liberté. Être pur et sans tache ; avoir la patience et la détermination nécessaires pour obéir aux commandements de Dieu ; être exempt du regret, de l'inquiétude, et de la crainte qui naissent de nos désirs -cela est la vraie liberté. Vous voyez bien que je ne suis point esclave, mais un homme libre.

Il est difficile d'imaginer que le sens profond de ces paroles sages, bien que compris par certains il y a deux mille ans, demeure aussi insaisissable aujourd'hui. Pourtant, lorsque Mawlâna Jalâl al-Dîn Rûmî a défait les chaînes invisibles grâce à l'Amour divin qui était en lui ; lorsque tous les désirs du monde ont été soumis et que l'air, l'eau, la terre, le feu, les six directions, et les cinq sens ont été dépassés ; enfin lorsqu'il s'est libéré de toutes les attaches et a trouvé l'existence dans la non-existence et la servitude – alors il a pu exprimer un point de vue semblable :

Je suis devenu un serviteur, un serviteur, un serviteur. Chaque esclave se réjouit au moment d'être libéré. Ô mon Dieu, je suis si heureux d'être Ton serviteur, je suis plein de joie. La haine, la colère, la jalousie, l’orgueil, l'arrogance, la concupiscence et toutes les habitudes de nature maléfique sont une cuirasse de fer pesant des centaines de kilos. Nombreux sont ceux qui portent un tel fardeau sans même le savoir. Les sentiments et les pensées du nafs (ego) nous asservissent plus cruellement qu'une chaîne de fer. En creusant un tunnel, on peut s'échapper d'une prison ; avec une hache on peut couper une chaîne, mais personne ne peut couper ses chaînes invisibles. Ceux qui sont libérés de la haine, de la colère, de la violence, de la rancune, et de tous les autres sentiments négatifs et néfastes peuvent s'estimer authentiquement libres.

Le poète Rûmî, reconnu par le monde entier comme le Sultan des amants divins, et le philosophe Épictète qui vécut comme esclave des siècles avant lui, étaient tous deux des hommes libres. Ces deux hommes, bien que vivant à des époques différentes, sont arrivés à la même conclusion : la liberté ne veut pas dire « faire tout ce qu'on veut ». La vraie liberté nécessite un affranchissement de tous les désirs et de toutes les ambitions. Que nous le reconnaissions ou pas, beaucoup de gens dans ce monde sont esclaves de quelque chose, d'une manière ou d'une autre.Être conscient de ce fait nous conduit au respect. Le respect est dû non seulement à la race humaine, mais à toutes les parties qui font le Tout : les fleurs, les insectes, les pierres, la terre elle-même. Tous les aspects de la création ont une finalité. En nous-mêmes, nous devons toujours rechercher des sentiments d'amour et d'amitié sans discrimination de race, de couleur, de sexe ou de religion. C'est-à-dire nous mettre dans la lumière de toutes les valeurs qui font l'être humain afin de nous libérer de l'avarice, de l'ambition, de l’égoïsme.
Puisque c'est d'une importance capitale, je voudrais insister sur le fait que tant que la race humaine n'aura pas trouvé sa vraie liberté spirituelle, elle continuera à chercher en vain. Inconscients de nos propres ambitions, nous sommes condamnés à nous nourrir des ambitions illusoires imposées par le monde extérieur, et nous ne connaîtrons jamais la paix et le bonheur. Lorsque nous n'atteignons pas non objectifs, nous tombons dans le piège de la tromperie et la malhonnêteté ; nous devenons de plus en plus agressifs, essayant par tous les moyens satisfaire nos désirs personnels. Sans la liberté de l'âme, nous ne pourrons pas participer à l'amour, la paix, l'amitié et la fraternité.
h
24 juin 2013 15:45
Merci pour ce texte qui amène a réfléchir =)
k
13 janvier 2015 13:29
Bonjour,

Merci bien d'avoir mis ce texte à disposition. Il est très intéressant et important pour nous - je veux dire pour mon épouse et moi. En effet, nous pratiquons le soufisme et nous avons rencontré Sheikha Nur récemment. Nous avons été fascinés par ses paroles et nous souhaitons en apprendre plus.

C'est pourquoi je souhaite vous demander: dans quel contexte ce texte a-t-il été prononcé?

Aussi nous serions très intéressés de prendre connaissance de la conférence qu'elle a donnée en Octobre 2014 dans le cadre du 1er Congrès International Féminin à Oran. Auriez-vous accès à une transcription et traduction de cette conférence en français ou en anglais?

Merci encore! Bien cordialement,
Karim
f
14 janvier 2015 20:08
Citation
karim.mirak a écrit:
Bonjour,

Merci bien d'avoir mis ce texte à disposition. Il est très intéressant et important pour nous - je veux dire pour mon épouse et moi. En effet, nous pratiquons le soufisme et nous avons rencontré Sheikha Nur récemment. Nous avons été fascinés par ses paroles et nous souhaitons en apprendre plus.

C'est pourquoi je souhaite vous demander: dans quel contexte ce texte a-t-il été prononcé?

Aussi nous serions très intéressés de prendre connaissance de la conférence qu'elle a donnée en Octobre 2014 dans le cadre du 1er Congrès International Féminin à Oran. Auriez-vous accès à une transcription et traduction de cette conférence en français ou en anglais?

Merci encore! Bien cordialement,
Karim


Assalam alaikoum

Ce texte de cheikha Nûr a été prononcé lors du Congrès international du Centenaire de la Tariqa 'Alawiyya qui a tenu à Mustaganem en Algérie en 2009.
En ce qui concerne le premier Congrès international Féminin à Oran, je ne sais si Cheikha Nûr y a donNé de conférence (j'ai essayé d'en chercher), ce qui est sûr c'est qu'elle a participé à ce Congrès, et si je ne me trompe pas, aux ateliers qui y ont été tenus.
 
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