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Liberté de la presse au Maghreb
z
20 mai 2006 09:03
Liberté de la presse au Maghreb

Quel bilan faites-vous de votre mission au Maroc ?

Un bilan en demi-teinte. C’est très bien d’avoir rencontré le ministre de la Communication, les représentants du syndicat des journalistes, les responsables des éditeurs de journaux, les patrons de presse. C’est aussi très bien qu’autant de personnes aient assisté à notre conférence de presse. J’ai pu m’expliquer sur un certain nombre de points et tordre le cou aux affirmations que l’on m’a prêtées. On a par exemple, dans le passé, dit que j’avais appelé à boycotter le Maroc comme destination touristique. C’est faux et en plus j’yviens en vacances !

Qu’est-ce qui justifie le "en demi-teinte" ?
La couverture de notre visite par une partie de la presse marocaine. Certains journaux n’ont retenu que les messages qui les intéressaient, les messages positifs... Ce n’est pas exactement ça le journalisme. Nous aurions aussi aimé rencontrer les responsables d’« Aujourd’hui le Maroc » mais ils ont refusé et écrit des choses stupides sur moi. Plutôt que d’écrire qu’ils n’étaient pas d’accord avec RSF -ce que j’aurais très bien compris- ils se sont livrés à des attaques minables. Comment peut-on être journaliste et refuser d’avoir des interlocuteurs ? ça veut dire qu’on n’est pas journaliste mais militant d’une cause. Ce journal n’est pas un journal mais un organe de propagande au service de je ne sais qui. Et ils desservent y compris les gens qu’ils pensent servir. Mais le pouvoir marocain est plus intelligent qu’eux. Eux, ce sont les "archaïques" au sein duMaroc.

Quel est votre diagnostic sur la liberté de la presse au Maroc ?

Le fait que les autorités reçoivent RSF pour la première fois témoigne d’une volonté de dialogue qui n’existait pas avant. Les lignes rouges ont reculé. On peut aborder des sujets comme le roi, le Sahara occidental et l’islam mais avec des précautions et en risquant de se faire taper sur les doigts. Des chantiers positifs sont en cours comme l’ouverture de l’audiovisuel à des acteurs privés ou la modification de la loi sur la presse. Je crois qu’une partie du pouvoir, la plus progressiste, réalise le tort considérable que font à l’image du Maroc des affaires comme les procès à répétition de ces derniers mois. Tout cela est fragile mais RSF tenait à venir au Maroc pour souligner ces avancées. Mais il y a une longue liste de choses qui ne vont pas.À commencer par... .... la loi sur la presse. Une vingtaine d’articles prévoient des peines de prison pour des délits de presse. Mesinterlocuteurs marocains pensent qu’après la modification de la loi, il en restera moins de cinq et qu’on ne met déjà plus les journalistes en prison. Autant supprimer ces peines : on peut punir les journaux qui mettent en cause l’honneur, la probité des gens par des amendes proportionnelles au délit. Ensuite la loi doit être plus précise. Quand on connaît le peu de professionnalisme d’une partie des magistrats marocains, il ne faut pas laisser de marges d’interprétation aussi larges. Si on est pour la libéralisation de l’économie, les articles limitant les aides ou les capitaux étrangers dans les médias doivent évoluer. Enfin, avec la loi en l’état, les imprimeurs sont tentés de s’autocensurer. Or, jusqu’à preuve du contraire, le rôle d’un imprimeur est d’imprimer. En matière de justice, RSF préconise la création d’une Chambre spécialisée pour la presse.

C’est-à-dire ?

En tant que porte-parole du gouvernement, le ministre Benabdellah m’adéclaré que ses propos engageaient l’ensemble du gouvernement. Il s’est montré dubitatif sur la crédibilité de la justice mais m’a dit qu’il n’était pas derrière les juges. Je pense qu’il n’approuvait pas les amendes et les dommages et intérêts invraisemblables imposés à certains journaux. Ils le sont d’autant plus que la règle de droit voulant que la sanction soit proportionnelle au délit n’est pas respectée. On le voit, ce sera difficile de former tous les magistrats aux problématiques de la presse... Par contre, on peut créer une Chambre spécialisée, comme il en existe dans de nombreux pays. Il suffit alors de former peu de magistrats maîtrisant bien les enjeux de ce type d’affaires.

Qu’est-ce qui ne va pas d’autre ?

Il y a un rapport anormal entre le tirage des journaux et la présence de publicité. Autrement dit, les plus gros tirages ne sont pas ceux qui ont le plus de publicité. Tout le monde sait que la presse vit de ses lecteurs et de la publicité.Peser sur elle est une censure déguisée et il faut rompre avec cette mauvaise habitude. Les entreprises publiques devraient donner l’exemple.Il y a aussi l’affaire Ali Lmrabet... Il faut supprimer son interdiction d’exercer sa profession. Si on n’est pas d’accord avec ce qu’écrit Ali Lmrabet, on peut l’attaquer en diffamation mais l’interdit professionnel est d’un archaïsme inouï !

Quel regard portez-vous sur la HACA, la Haute autorité de la communication et de l’audiovisuel ?

Si la HACA veut se donner une vraie crédibilité et montrer qu’elle joue son rôle d’instance de régulation, elle doit s’auto-saisir quand elle est troublée par une affaire. Elle doit le faire au sujet des manifestations qui ont été organisées en février devant « Le Journal Hebdomadaire » et sur la manière dont une partie de l’audiovisuel en a rendu compte. Concernant ces manifestations inacceptables, la justice doit aussi faire la lumière sur ce qui s’est passé etsanctionner les responsables.

Pour RSF, quelles sont les dernières lignes rouges du Maroc ?

Le roi. Je pense que Mohammed VI devrait rompre avec cette mauvaise habitude de ne pas recevoir la presse marocaine. Son père n’a jamais accordé d’interview à un média marocain alors qu’il l’a fait pour la presse étrangère. J’espère que ce n’est pas un signe de mépris de montrer qu’on ne donne pas d’interview à des sujets... J’ai proposé que Mohammed VI organise une conférence de presse. Ce geste montrerait le signal du respect donné à la presse marocaine. Il marquerait aussi une vraie rupture. La politique est souvent une affaire de symboles et là, Ça serait un symbole fort de vraie modernité.

Il paraît que RSF veut ouvrir un bureau de représentation au Maroc ?

Le Maroc est le seul pays du Maghreb où c’est possible. En Algérie, les autorités ne nous le permettraient pas. Ça fait des années qu’on n’a pas de visas pour y aller et dire que c’est unpouvoir autoritaire est un euphémisme. Quant à la Tunisie, c’est "Ceausescu-sur-Méditerranée". La dernière fois que je m’y suis rendu, ils m’ont mis dehors. Je n’ai pas demandé au ministre Benabdellah d’ouvrir un bureau au Maroc car je ne voulais pas lui faire une demande la première fois que je le rencontrais. J’espère qu’en lisant ces lignes il me dira que nous sommes les bienvenus. En tout cas, dès qu’on aura l’autorisation, RSF ouvrira un bureau au Maroc.
D
20 mai 2006 14:18
ahhh l'Adjudant Menard. Donneur de leçons........pour exister lui même.

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RSF empoche les dollars de la CIA, fustige les altermondialistes et cajole l’US Army.

Robert Ménard : drôle de jeu et dérive de RSF.
Ex-militant de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) et du Parti socialiste, Robert Ménard a été assureur, manœuvre, apiculteur avant d’atterrir à France-3 Montpellier où une émission sur Médecins Sans Frontières lui donne l’idée salvatrice. En 1985, il sollicite l’aide de Rony Brauman, alors président de MSF, et du journaliste Jean-Claude Guillebaud, pour fonder Reporters Sans Frontières (depuis, Ménard en est le secrétaire général) dont l’objectif initial est de « promouvoir des formes de journalisme alternatif. » Très vite, il comprend que la critique de la presse qui appartient aux industriels n’est pas le bon créneau : « ...pour défendre les journalistes dans le monde, nous avons besoin du soutien consensuel de la profession, tandis que la réflexion critique sur le métier de journaliste prête par définition à polémique. Comment, par exemple, organiser un débat sur la concentration de la presse et demander ensuite à Havas ou à Hachette de sponsoriser un événement ? » [1] Du coup, les cofondateurs, Jean-Claude Guillebaud, premier président de l’association, et Rony Brauman, démissionnent.

Guillebaud s’en expliquera : « Je pensais que ce type d’association ne pourrait conquérir sa légitimité que si elle consacrait autant d’énergie aux dévoiements de la presse dans les pays riches - à l’information-spectacle, à la concentration... - qu’aux entraves à la liberté de la presse dans les autres pays. » De son côté, Brauman déplore l’autoritarisme de Ménard et la « dictature domestique qu’il fait régner sur RSF. »

Aujourd’hui, RSF dispose d’un budget de plus de 3 millions d’euros, de correspondants dans une centaine de pays, de la complicité de la grande presse pour un combat qui épouse curieusement celui des Etats-Unis en maintes occasions, quitte à en oublier de s’intéresser à des assassinats de journalistes.

Porter plainte contre ses tortionnaires ? pourquoi ? Au mois de décembre 2004, Mohammed Al Joundi, accompagnateur syrien des journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot, les ex-otages français en Irak est découvert par des troupes états-unienne dans une maison abandonnée. Il se fait connaître, espérant être conduit à l’Ambassade française. Que nenni ! Son avocat, Maître Vergès, raconte ce que son client a subi pendant 6 jours : « Il était à moitié nu, les pieds nus, on l’a conduit, menotté de force, dans un cantonnement où il a été passé à tabac, à coups de bottes. Il y a eu trois simulacres de mise à mort, le pistolet sur la tempe. A la fin, ce sont des civils qui l’ont interrogé, s’amusant à le faire souffrir avec notamment des décharges électriques. On lui a montré des photos de personnes recherchées, il n’en a reconnu aucune.. C’est alors qu’ils l’ont laissé partir. »

Bref, tandis que la France entière s’inquiétait pour lui et ses compagnons, alors que les autorités françaises, informées, demandaient qu’il leur soit remis, les Etats-uniens l’ont gardé pendant des jours, torturé, puis lâché dans la rue, à la tombée de la nuit, en plein couvre-feu, le mettant en danger de mort. Mort qui aurait privé les Français d’informations peut-être précieuses. Du coup, ce comportement des Forces d’occupation s’avérait attentatoire à la vie de nos deux compatriotes, un frein possible à leur libération. Comment ne pas déplorer cette attitude, inamicale envers la France et dangereuse pour les journalistes ?

Arrivé en France, le doublement miraculé Al Joundi a voulu déposer une plainte contre l’armée états-unienne pour mauvais traitements. Puis il a renoncé. Le secrétaire général de Reporters Sans Frontières, Robert Ménard, avait su l’en dissuader en déclarant : « Ce n’est pas une bonne idée. Ce serait contre-productif. Je comprends M. Al Joundi mais attendons qu’ils (les journalistes) soient libérés... »

Admettons. Même si l’on n’ose croire que l’irritation possible des Etats-uniens risquait d’empêcher l’heureuse issue. Ce sont des grands amis de la France, sauf erreur, et ils n’étaient nullement impliqués dans cette séquestration.

Cependant, la mansuétude constante dont bénéficient les Etats-Unis dans les rapports de RSF paraît suspecte : alors que l’US Army s’est révélée le plus grand prédateur mondial de journalistes en 2004, le classement des pays respectueux de la presse établi par RSF place les Etats-Unis en position honorable, loin devant d’autres pays où aucun journaliste n’a trouvé la mort. Donc, Mohammed Al Joundi, pris le 12 novembre 2004 par les militaires états-uniens et libéré le 17, a attendu le 4 janvier 2005 pour porter plainte à Paris contre l’armée états-unienne pour « mauvais traitements, tortures et menaces. »

Et pourquoi Robert Ménard, qui a su convaincre l’otage Syrien de ne pas porter plainte trop tôt, qui a oublié ensuite de l’encourager à le faire au moment opportun, n’a-t-il pas publié un communiqué adapté, du genre : « Porter plainte est une bonne idée. Ce serait productif. Je comprends que M. Al Joundi ait attendu, mais maintenant que les otages sont libérés... » ?

Mieux : n’aurait-il pas fallu que Robert Ménard (rendu, dit-il « fou de joie » par la libération des journalistes) demande, au nom de son association, des comptes à l’US Army pour avoir ainsi mis en danger le compagnon de captivité des deux otages, c’est-à-dire un témoin capital, porteur d’informations précises sur les ravisseurs ?

C’est probablement ce qu’aurait fait une ONG, une ONG non liée aux Etats-Unis. Reporters Sans Frontières ne l’a pas fait. Il suffit de consulter, non pas forcément ce que prétendent ses détracteurs, mais son site Internet pour comprendre pourquoi et pour être éclairé sur son positionnement partisan.

Deux meurtres et un mensonge
Sous le titre « Deux meurtres et un mensonge », RSF revient sur la mort de deux journalistes (Taras Protsyuk de l’agence britannique Reuters et José Couso de la télévision espagnole Telecinco) à Bagdad le 8 avril 2003, tués par un tir de l’armée états-unienne sur l’hôtel Palestine où résidaient des dizaines des reporters couvrant la guerre. Le monde entier savait, au moment du tir, que cet hôtel était le QG des journalistes non « embedded ». RSF s’obstine à prétendre que les militaires états-uniens l’ignoraient et il regrette « cette erreur criminelle », cette « bavure » ou « erreur de jugement » qui constitue « l’élément essentiel à l’origine du drame. » Car les militaires tueurs n’avaient pas « été informés par leur propre hiérarchie de la présence de journalistes à l’hôtel Palestine. » Par suite, « Le tir contre ce bâtiment n’est donc pas un tir délibéré contre des journalistes ou la presse à Bagdad. » CQFD.

Et RSF s’interroge : « La question est de savoir pourquoi cette information a été retenue. Volontairement, par mépris, ou par négligence ? » Après avoir posé cette vraie question, RSF, comme effrayée de son audace, s’empresse d’écarter les deux premières hypothèses : « Il s’agit [...] d’une négligence criminelle » suivie (car les Etats-uniens n’ont pas tout dit aux enquêteurs de RSF sur les « négligences ») d’un « mensonge par omission. »

Cette attitude de RSF, si manifestement contraire à la sécurité des journalistes, si outrageusement favorable à l’Armée des Etats-Unis (malgré quelques rodomontades, admonestations platoniques qui ne sont que diversions sans lesquelles la connivence serait trop visible) représente un réel danger pour la vie de ceux que l’association prétend défendre.

Au demeurant, la version soutenue mordicus, et contre toute vraisemblance, par Robert Ménard n’est pas exactement la version des Etats-uniens. Comme on le verra plus loin, RSF, sauf à censurer ses amis d’outre-Atlantique (ce qui eût été un comble) a été obligé de rapporter leurs propos, lesquels mettent à mal sa thèse fumeuse de l’erreur toujours renouvelée.

L’otage italienne échappe aux tirs US (mais pas à la perspicacité de RSF.
L’otage Giuliana Sgrena, journaliste italienne, libérée après un mois de captivité en Irak « a été blessée par des tirs américains visant à l’éliminer avant son évacuation », a accusé son compagnon Pier Scolari. L’agent des services spéciaux italiens qui la ramenait à Rome a été tué à ses côtés dans la voiture prise sous le feu des forces US à proximité de l’aéroport de Bagdad.

Comment savoir s’il s’agit d’une bavure, d’un accident, d’une erreur, d’un dérapage (pour reprendre les mots qu’on a pu lire dans la presse) ou d’une agression délibérée, d’une tentative d’assassinat (mots qui ont aussi été imprimés) ? Le mieux, pour approcher une vérité que nous ne connaissons pas, est peut-être d’appliquer les méthodes éprouvées en regardant à qui profite le crime et en écoutant les témoins directs oculaires.

1 - A qui profite le crime ? Une dépêche de l’AFP nous apprend que Giuliana Sgrena est la fille d’un ancien résistant italien, une ex-militante d’extrême gauche, engagée contre la guerre, journaliste à Il Manifesto (journal de gauche), qu’elle est une spécialiste de l’Irak et du monde arabe, qu’elle est l’auteur d’un livre sur (contre) la guerre en Irak, qu’elle a écrit un reportage sur le calvaire d’une Irakienne détenue à Abou Ghraib, qu’elle préparait un reportage sur la prise de Falloujah et qu’elle aurait recueilli des informations sur l’expérimentation d’armes interdites pendant le siège de la ville.

2 - Que disent les témoins oculaires ? Le premier témoin, le principal témoin est Giuliana Sgrena. Ecoutons-la : « les ravisseurs m’ont dit : « les Américains ne veulent pas que vous rentriez vivante en Italie ». « Notre voiture roulait à 40 Km/h, un véhicule blindé nous a aveuglé avec un projecteur et a ouvert le feu sans sommation. 300 à 400 projectiles ont été tirés. »

Du côté des tireurs, c’est : « Nous ne savions pas, la voiture roulait à vive allure et elle n’a pas répondu aux sommations. »

Alors, bavure, tentative d’assassinat ?
En Italie, Giuliana Sgrena penche pour un guet-apens. Son compagnon parle « d’attaque délibérée. » Le Garde des Sceaux italien a adressé une commission rogatoire à Washington pour « homicide et tentative d’homicide ». Selon le quotidien italien Corriere della Sera, le commandement militaire états-unien en Irak a empêché par la suite deux policiers italiens d’examiner le véhicule mitraillé. Les enquêteurs souhaitaient analyser les impacts de balles et d’autres éléments.

Aux Etats-Unis, le Pentagone affirme qu’une enquête sera ouverte sur cet « incident » et la Maison Blanche parle d’un « accident horrible. »

En France, la Dépêche du Midi, en reprenant un information du quotidien italien La Repubblica nous apprend que « Les GI’s qui ont tué à Bagdad l’agent italien Nicola Calipari, alors qu’il évacuait l’otage Giuliana Sgrena après sa libération, étaient chargés d’assurer la protection de John Negroponte, super-patron des services états-uniens ». Mais alors, pourquoi, sur la chaîne de télévision France 2, lors d’un journal de 13 heures, deux spécialistes, nous ont-ils expliqué, sans être démentis, qu’il s’agissait de novices inexpérimentés et effrayés ? Et qui est ce Negroponte si mal protégé ?

1) L’administration Bush l’a nommé ambassadeur des Etats-Unis en Irak - la plus grande ambassade états-unienne au monde.

2) Dans les années 80 il s’est également illustré en qualité d’ambassadeur états-unien au Honduras où il a su couvrir les exactions des escadrons de la mort qui sévissaient dans ce pays.

3) Naguère, dans le Nicaragua sandiniste, l’armée des Contras, soutenue, financée, armée par les Etats-Unis avait fait creuser sa tombe à un jeune Nicaraguayen. Puis, les mercenaires l’ont décapité. Ces Contras n’étaient pas des musulmans. Ils n’étaient pas qualifiés de « terroristes » par l’administration des Etats-Unis, mais de « combattants de la liberté ». Histoire ancienne ? Pas si sûr. L’homme chargé de protéger les Contras et d’organiser le silence autour de leurs exactions s’appelait John Negroponte.

Mais revenons à la journaliste Giuliana Sgrena et voyons le traitement médiatique du mitraillage qu’elle a subi. RSF déplore cette « intervention », cette « bavure » aux « conséquences tragiques ». Son communiqué se conclut par un paragraphe où la parole est offerte sans la moindre réserve à l’Etat-major états-unien qui nous apprend que « la procédure a été respectée » et qu’il y a eu « une mise en garde du convoi ». RSF exige (sans grande chance de l’obtenir, nous dit Libération) une enquête de l’ONU sur la « bavure ». L’affaire est donc entendue : une fois de plus, ils ne l’ont pas fait exprès. C’est la faute de « pas de chance ». Dès lors, on se demande presque si le fait de réclamer une enquête n’est pas la manifestation d’un esprit anti-américaniste primaire.

Par ailleurs, il faut bien s’étonner ici de la mise en doute, par RSF, organisation chargée de défendre les journalistes (et non les militaires), du témoignage du principal témoin, une journaliste professionnelle. S’agissant de ses correspondants rétribués à Cuba, on verra par ailleurs (Annexe II) que cette association accepte n’importe quel canular, sans vérifier. Pour prouver qu’elle est une ONG (une Organisation Non Gouvernementale !) et non une officine crypto-états-unienne, un des bras médiatiques de l’US Army, est-ce qu’elle n’aurait pas dû reprendre, dans son communiqué (au moins pour les citer), les propos de Giuliana Sgrena ?

Le constat est aveuglant : dès lors que des journalistes apportent à Reporters Sans Frontières des informations hostiles à des gouvernements visés par les Etats-Unis, RSF les répercute sans trop de scrupules, voire les sollicite et prétend même en orienter le contenu. Par contre, si ces informations peuvent nuire aux intérêts de l’Empire, à ses actions guerrières, RSF les rétrécit illico en « bavures » et demande l’ouverture d’une hypothétique enquête pour s’assurer que la journaliste (c’est-à-dire le grand reporter, le témoin, la victime) ne ment pas. Le témoignage de cette professionnelle, dont personne dans les milieux des médias n’aurait songé à contester les reportages de guerre, devient suspect (alors même qu’elle était aux premières loges et que son sauveur est mort sur son épaule) dès lors qu’il met en cause l’armée des USA.

Et s’il fallait une contre-expertise, pourquoi se tourner vers l’ONU ? Il nous avait semblé que l’établissement de la vérité sur la guerre était aussi du ressort des médias. Pourquoi ne pas confier cette tâche à un groupe de journalistes ? Pourquoi l’organisation RSF, qui dispose d’un budget considérable pour défendre les reporters, ne finance-t-elle pas cette étude comme elle rétribue celles des journalistes dans des pays pauvres contre leur gouvernement ? Charger l’ONU d’instruire le dossier apparaît comme une manière de botter en touche. Lui demander de s’enquérir sur les causes d’une « bavure » revient à lui suggérer le rapport final. [2]

Tireurs non identifiés ou soldats états-uniens ?
Le 23 avril 2005, deux journalistes ont été abattus en irak. Par qui ?

Version ARGENPRESS : « Des soldats états-uniens ont tué aujourd’hui un autre cameraman en Irak qui travaillait pour l’agence Associated Press. Le cameraman d’origine irakienne, qui s’appelait Saleh, est mort sur le coup lorsqu’il fut touché par des tirs des soldats du Pentagone qui lui interdisaient de filmer le résultat d’une attaque de la résistance contre un convoi militaire nord-américain, au nord de la ville de Mossoul. »

Version de RSF : « Un cameraman tué et un photographe grièvement blessé Alors que leur voiture se trouvait à proximité de la place Al-Yarmook, de tireurs non identifiés ont ouvert le feu. Les deux collaborateurs d’Associated Press, tous deux d’origine irakienne, ont été grièvement blessés. Leur collègue les a immédiatement conduits à l’hôpital Al-Jumhouri de Mossoul mais Saleh Ibrahim, atteint de trois balles dans la poitrine, est décédé peu de temps après son admission. »

« Et je pèse mes mots... »
Le 28 février 2003, Ari Fleisher, porte-parole de la présidence états-unienne, s’exprimait ainsi sur la presse « non incorporée » : « Si les militaires disent quelque chose, je recommande vivement à tous les journalistes de s’y conformer. (...) Et je pèse mes mots » A lire ces lignes, chacun entend bien la promesse de « bavures ».

Et RSF de confesser, en pleine confusion mentale : « Cette position revenait à créer un double statut de journalistes : d’un côté les journalistes « embedded » intégrés aux forces états-uniennes qui bénéficient de la considération et de la protection de l’armée, de l’autre des journalistes à qui l’on conseille de quitter les lieux sous peine de voir leur présence ignorée. » Quiconque sait lire découvre que, selon RSF, l’Armée US est capable de parler à des journalistes sans savoir qu’ils sont là. Interlocuteurs-ectoplasmes indécelables dans les viseurs ! En d’autres termes (dans le même rapport consultable sur son site), RSF s’acharne à accréditer l’incroyable version d’une erreur tout en reconnaissant, forcé dans cet aveu par les Etats-uniens, que les morts étaient programmées.

Tant d’incohérences, un tel alignement derrière les intérêts des Etats-Unis en toutes circonstances suffisent à convaincre que l’association RSF ne se réjouissait pas de la plainte déposée par le compagnon de captivité de Christian Chesnot et de Georges Malbrunot, qu’elle ne s’y associerait en aucune manière.

Les journalistes de guerre qui tiennent à leur peau seraient donc bien inspirés de ne pas compter sur Robert Ménard. Quant aux autres, qui écrivent depuis leurs bureaux dans l’Hexagone, ils devraient s’inquiéter, en toute confraternité, pour ceux que leur journal envoie au front et demander des comptes à RSF dans leurs éditoriaux. Enfin, les rédacteurs en chef, les responsables des rubriques courrier, débats, rebonds, libre expression, point de vue, ouvriront-ils leurs colonnes aux citoyens qui prétendent que l’information nécessite des journalistes vivants ? Et qui s’alarment de la dérive par trop évidente d’une association qui porte (et qui galvaude) un si beau nom ?

Il faut l’espérer au nom de la liberté de la presse car, derrière les spectaculaires gesticulations de Reporters Sans Frontières, derrière sa capacité à déployer des banderoles géantes portant des noms de journalistes, derrière ses montages de campagnes médiatico-émotionnelles puissamment relayées, l’ombre noire de son allégeance idéologique au plus puissant pays que le monde ait jamais connu enveloppe comme un linceul les corps raidis de journalistes mis en terre avec le droit des populations à connaître la vérité sur les crimes de guerre.

Les altermondialistes au pilori dans une revue « neutre »
Médias est un trimestriel luxueux. Principaux actionnaires : Reporters Sans Frontières et l’agence de graphisme Nuit de Chine (qui appartient à madame Ménard).

Dans le premier numéro, un article signé Robert Ménard, dénonce « la guérilla des altermondialistes contre l’info ». Morceaux choisis : « Le monde qu’ils découvrent chaque matin est encore et toujours noir et blanc : progressisme contre impérialisme, Sud contre Nord. » Et encore : « Ils ont beau débiter des sornettes, personne ou presque n’ose les rappeler à la réalité des chiffres et aux leçons de l’histoire. »

Le quotidien français l’Humanité du 4 juin 2004, analyse le contenu de ce numéro : « Las, l’édito a beau en appeler à Althusser pour fustiger partis pris politiques et idéologiques [...] dans l’approche des médias, la revue n’en est pas exempte. En témoigne l’article "Les altermondialistes contre l’info". [...] au-delà de cette vision des plus réductrices qui tendrait à résumer les altermondialistes à Bourdieu, le Monde Diplomatique et PLPL (revue Pour Lire Pas Lu.[5] Note des auteurs), on y retrouve la patte d’un Robert Ménard fustigeant ceux qui osent critiquer les médias occidentaux mais oublient de dénoncer toutes les deux lignes Cuba et le Venezuela au prétexte qu’une balle fera toujours plus mal qu’un droit de réponse. »

Une balle ? Rappelons qu’à Cuba, chose rare en Amérique latine, aucun journaliste n’a reçu « une balle » depuis 45 ans (depuis le triomphe de la Révolution) et que si des journalistes ont subi des violences au Venezuela, c’est durant le coup d’Etat dont s’est réjoui Reporters Sans Frontières.

On le voit, en quelques lignes, Ménard est capable de s’en prendre (avec une élégance de style et de pensée assez moyenne) aux deux pays les plus abhorrés par les Etats-Unis en Amérique latine et aux altermondialistes d’ATTAC « rossignols du marxisme recyclés dans Attac and Co »), association dont l’acte fondateur en 1998 fut la taxation des transactions financières spéculatives et qui, depuis, révèle les exactions du FMI, de la Banque mondiale, de l’OMC, de l’ultra-libéralisme, dénonce l’unipolarité du monde, les aventures guerrières, perturbe les G8, alerte l’opinion sur l’épuisement des ressources et sur la pollution de la planète et soutient que l’argent ne saurait être une valeur suprême. Autant de sujets sensibles du côté de la Maison Blanche. Tout naturellement, Ménard s’empresse de les (mal)traiter dès le premier numéro de sa revue « neutre ».

Le forum des aveux
Le 18 avril 2005, le Forum du Nouvel Observateur invite Ménard. Entre deux mensonges et quelques incohérences, il avoue benoîtement ses sympathies pour un des plus beaux fleurons de l’extrême droite violente et insurrectionnelle française et il convient du financement de RSF par les Etats-Unis.

Extraits choisis :
Internaute : François d’Orcival a été l’un des principaux dirigeants de la mouvance nationaliste-européenne de l’extrême droite française. Il est aujourd’hui président de la Fédération Nationale de la Presse Française (FNPF), organisation patronale de la presse. Ce genre de nomination ne choque-t-il pas RSF ?

Ménard : Absolument pas. J’ai énormément d’estime pour François d’Orcival. Ses sensibilités politiques d’hier ou d’aujourd’hui ne m’intéressent pas.

Nos commentaires : François d’Orcival a été l’un des animateurs de Jeune Nation, groupe violent dissous par le gouvernement en 1958 après un attentat à la bombe à l’Assemblée nationale, mais qui poursuivra ses activités avec pour objectif de renverser la Ve République. Il sera l’un des principaux collaborateurs de la revue Défense de l’Occident et de la revue Europe Action et un des fondateurs du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (GRECE).

Internaute : Dans un article daté du 11 mars 2005, Diana Barahona dans Northern California Media prétend que RSF perçoit des fonds gouvernementaux américains via la NED, pouvez nous confirmer ses propos ?

Ménard : Absolument, nous recevons de l’argent de la NED. Et cela ne nous pose aucun problème.

Nos commentaires : L’action de la NED, National Endowment for Democracy, Fondation Nationale pour la Démocratie, est supervisée par un officier d’Opérations Spéciales de la CIA.

Un ancien agent de la CIA spécialisé dans l’Amérique latine, Philip Agee, vient de révéler dans une interview au journaliste Jonah Gindin en mars 2005 (version française) que la NED est une des nombreuses organisations écrans dont la CIA se sert pour intervenir dans les affaires intérieures des pays : « Le Congrès donne des millions de dollars à la NED qui passe ensuite l’argent à ce qu’ils nomment les fondations noyaux. » (relais de la NED). Au Nicaragua, pour intervenir sur les élections qui virent la défaite des sandinistes, « la CIA et la NED ont mis en place un front civique appelé Via Civica » [...].

Maxime Vivas, écrivain, altermondialiste.
l
20 mai 2006 14:51
Au Maroc la liberté de la presse est bien là, mais elle ne sert à rien..
a
20 mai 2006 14:58
si tout cela est vrai, RSF n'a effectivement aucune crédibilité
l
20 mai 2006 15:03
Sa crédibilité a trait au sentiment d'infériorité des Marocains vis à vis de tout ce qui est français..abstraction faite de ce que vaut RSF vraiment..
D
20 mai 2006 15:38
C'est ce qu'on appelle le complexe du colonisé.

Citation
le citoyen a écrit:
Sa crédibilité a trait au sentiment d'infériorité des Marocains vis à vis de tout ce qui est français..abstraction faite de ce que vaut RSF vraiment..
z
20 mai 2006 18:41
C'est ce qu'on appelle aussi se voiler la face pour ne pas admettre qu'aujourd'hui au Maghreb, il n'y qu'au Maroc ou il y a zero journaliste prisonnier... Les chiffres ne mentent pas. Bien sur que Menard va devenir l'ennemi jure de quelques uns des qu'il dira qu'il y a eu des avancees democratiques au Maroc. Bien sur que certains voudront faire douter de l'objectivite de RSF, qui a eu bcp de problemes de par le passe proche avec le Maroc et qui a toujours denonce en language clair les exactions quand il y en a eu. Ca me rappelle l'histoire de JeuneAfrique qui devient un journal du Makhzen quand il dit une verite positive sur le royaume. Lui qui s'est fait censurer et interdit de vente au Maroc a maintes reprises... Smiling Smiley
D
20 mai 2006 19:07
Oui Biensur. Tu aimes ton pays. Koul khanfous 3and mou ghzal

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Algérie (Depuis longtemps) : 900000 Euros

Maroc (depuis peu) : 900000 Euros



Citation
zaki7 a écrit:
C'est ce qu'on appelle aussi se voiler la face pour ne pas admettre qu'aujourd'hui au Maghreb, il n'y qu'au Maroc ou il y a zero journaliste prisonnier... Les chiffres ne mentent pas. Bien sur que Menard va devenir l'ennemi jure de quelques uns des qu'il dira qu'il y a eu des avancees democratiques au Maroc. Bien sur que certains voudront faire douter de l'objectivite de RSF, qui a eu bcp de problemes de par le passe proche avec le Maroc et qui a toujours denonce en language clair les exactions quand il y en a eu. Ca me rappelle l'histoire de JeuneAfrique qui devient un journal du Makhzen quand il dit une verite positive sur le royaume. Lui qui s'est fait censurer et interdit de vente au Maroc a maintes reprises... Smiling Smiley
t
20 mai 2006 19:32
Citation
le citoyen a écrit:
Au Maroc la liberté de la presse est bien là, mais elle ne sert à rien..


si cette liberté est déjà là, c qu'on a avancé et c tant mieux pour notre cher Maroc.et ça contredit ce que que tu avances qu'elle ne set à rien.
il faut positiver.la coupe n'est pas uniquement moitié vide, mais aussi moitié pleine.
l
21 mai 2006 10:02
A mon humble avis, c'est manquer de respect aux Marocains et aux Marocaines que de les laisser s'exprimer sans même les écouter ni donner suite à leurs revendications légales et légitimes..Les Marocains et les Marocaines ne sont pas des aliénés irresponsables..Profiter de la faiblesse de la société civile pour se prévaloir de la liberté d'expression n'est pas valorisant dans la meusure où cette même liberté d'expression ne permet pas de remédier à certains fléaux -la corruption par exemple-..puisque pour prouver leur "supériorité" les responsables méprisent toutes les interventions justes dans la presse en n'y donnant aucune suite dans l'unique but, à mon humble avis, de briser le moral des Marocains et des Marocaines et de les persuader que la liberté d'expression ne permet pas d'obtenir justice...Conclusion: le Maroc n'est pas encore sorti de l'auberge..Nos responsables ne fond vraiment aucun effort pour aider les Marocains et les Marocaines à positiver concernant ce sujet..



Modifié 3 fois. Dernière modification le 21/05/06 10:35 par le citoyen.
l
21 mai 2006 11:44
Par ailleurs, il faudrait nuancer s'agissant de la liberté d'expression au Maroc qui ne concerne que la presse écrite..et non pas la télévision..



Modifié 1 fois. Dernière modification le 21/05/06 11:45 par le citoyen.
l
21 mai 2006 11:51
..."Au Maroc les médias ne comptent comme véritable support qu’une certaine jeune et courageuse presse écrite qui se fait de plus en plus professionnelle mais qui demeure tolérée par le makhzen dans un souci d’embellissement de façade. Ceci dit, qu’il s’agisse de la presse complètement aux ordres ou de celle indépendante du makhzen, la presse écrite a un faible impact sur l’opinion publique pour des considérations ayant trait essentiellement à l’analphabétisme mais aussi à la mentalité des sujets du Roi plus sensibles au « téléphone arabe » Il ne serait peut être pas très décent de disséquer scientifiquement le fonctionnement des deux chaînes de télévision dans ce chapitre puisqu’il ne s’agirait là que de vulgaires outils de démagogie. ..."

Source: Parole de caïd
l
21 mai 2006 11:57
"...Voici d’ailleurs ce qu’en dit le très courageux Younes Alami sur les colonnes du Journal hebdomadaire (N°56 du 9 au 15 mars 2002)
« A la TVM, les fonctionnaires-journalistes font leur travail et des noms prestigieux de la vox propagandi s’illustrent. Les voix de Mustapha Alaoui, Mohammed El Mouden, champions hors catégorie du soliloque -marathon-panégyrique (et vous voici mon seigneur face à ce peuple qui salue son père etc.…), deviennent synonymes de servilité et d’abrutissement.
…Une connaissance parfaite des finesses protocolaires et une grande dose de patience sont nécessaires pour postuler à ces postes sensibles. …Les fêtes nationales et religieuses sont l’occasion de découvrir les dernières créations artistiques à la gloire « du père de la nation » Poème vaseux (Vous êtes le soleil de nos nuits, O sage parmi les sages), et chansons déclamées par des chanteuses en caftan, ultra maquillées, « émues par la portée de leurs paroles », accompagnaient les Marocains dans leurs « sincères » joies et émotions. Et lorsque les langues fourchent, les sentences sont impitoyables. «Tu ne fauteras point à la télévision» et même Mustapha Alaoui(à ne pas confondre avec Mustapha Alaoui Mdarghri le directeur de l’hebdomadaire Al Ousboue) en fit l’amer expérience. Lorsque le pape Jean Paul II, en visite au Maroc, prononça son discours au stade d’honneur dans sa papa mobile sur la piste en tartan, le présentateur en chef accompagna ce petit périple d’un « bien venu sur la terre d’Aouita et Nawal » (deux champions marocains d’athlétisme) Grossière erreur d’appréciation selon les patrons de l’information, cette terre est celle du Roi défunt. Point à la ligne et un an et demi de placard pour le « fauteur de trouble»
L’intrusion de 2M internationale à la fin des années 80 dans le paysage audiovisuel marocain fit l’effet d’une véritable bombe. Ton déluré, informations confinées au strict minimum, absence de reportage sur les activités royales finirent d’enfoncer la TVM. Comme la chaîne nationale ne s’inscrivait pas dans une logique de concurrence, elle continua à remplir son « cahier des charges » Il faudra attendre la nationalisation de la chaîne d’Ain Sebaâ (au moment où il était le plus question des privatisations !) Pour que celle-ci rentre de plein-pied de façon ostentatoire dans le « makhzénien correct » Les images prêtées gracieusement par la TVM relatant les activités royales font leur apparition, suivies de grands monuments de désinformation, comme le désormais classique « Grand témoin » consacré à l’interdiction des trois journaux de décembre 2000(les professeurs de l’institut de journalisme de Pyongyang auraient été soufflés pour le concept)
Le nivellement se fera par le bas. L’apparition, ces dernières semaines, de « séquences informatives » consacrées à l’affaire de notre intégrité territoriale va être vécue de manière violente par les Marocains. Les micro-trottoirs de citoyens scandalisés par la tournure des évènements et les longs reportages sur le soutien indéfectible des sahraouis à la cause nationale n’intéressent plus personne. Pis, ils sont ressentis par beaucoup comme une véritable plaisanterie et sont l’occasion de fous rires familiaux généraux. Ce que l’on observe aujourd’hui, c’est l’incompétence de nos « diffuseurs d’opinion » obligés de puiser dans les vielles recettes pour marteler sans expliquer. Les Marocains ont grandi et le numérique est passé par-là. »..."

source: Parole de caïd
a
21 mai 2006 13:05
Une télé pareil joue forcément sur l'analphabétisme, les gens cultivés regardent le satellite (Al Jazeera...)
l
21 mai 2006 13:21
Et pour changer:

"...Comment les petites gens ‘lettrées’ de chez nous passent-ils leurs journées ? A éviter la lecture comme la peste, à ne rien faire qu’ils soient dans leurs ‘travail’ ou éparpillés dans les cafés, à radoter, à échanger les ragots de la dernière heure, à répandre les médisances, à assumer leur lâcheté…Ils passent leurs journées, comme dit le penseur, à attendre. A attendre que des évènements agrémentent leur vie soulagée de l’estime de soi, ils attendent que des catastrophes s’abattent sur leurs semblables, sur les autres, pour qu’ils puissent se sentir moins malheureux, pour qu’ils puissent mieux assumer leurs privations morales et matérielles quotidiennes insoutenables…Ils attendent et rêvent du gros lot parfois sans même prendre part aux jeux de hasard. Les gens de chez nous sont complètement avachis, sans volonté, amoindris et sans opinions, pauvres sans jamais le reconnaître, peureux et volontiers injustes envers les plus faibles d’entre eux…Ils attendent que l’argent veuille bien les prendre en pitié et tomber entre leurs mains sans avoir à le revendiquer…par le labeur. Pourquoi sont-ils ainsi alors? Parce que les instructions qu’ils reçoivent quotidiennement par le biais de la Télé fiction, une fenêtre par laquelle nous pouvons voir et entendre sur place ce qui se passe ailleurs, vont dans ce sens sachant pertinemment que malgré toutes les chaînes du Cosmos notre chaîne télé-fictive reste de loin la plus suivie par nous autres Martiens pour des raisons d’habitude et de docilité. Parfois à cause de notre quotient intellectuel très bas. Je ne dirai surtout pas par patriotisme parce que je ne veux flatter personne. Ce n’est pas encore la saison des fleurs. Bref, le résultat en est que les Martiens sont ce qu’ils sont…Mais de quoi sont donc informés les Martiens accros à la Télé fiction ? Des bandes dessinées, des séries aux intrigues sentimentales louches et en boucles multiples, de danse et de chants, des résultats des jeux de hasard, et des derniers loisirs des gens fortunés. Bref, une sorte d’initiation à une étrange révolution culturelle dont la philosophie est basée sur la paresse pour une meilleure stagnation intellectuelle…
Par ailleurs, soucieuse de la bonne humeur des téléspectateurs, notre Télé fiction évite scrupuleusement les thèmes ayant trait à la culture, à la politique et au sérieux, thèmes à même de rendre les Martiens tristes. D’ailleurs, notre Télé fiction a une ligne de conduite claire : éviter la réalité car elle n’est pas une télé-réflexion, puisqu’elle fait dans la fiction. Or celle-ci n’est jamais concernée par la réflexion mais par l’invention, l’imagination…Le mensonge en fait. Sur Mars, tout le monde ment. Mais à chacun sa façon de mentir. Il y en a qui prétendent mentir alors qu’ils disent vrai, et il y en a qui prétendent dire vrai alors qu’ils mentent. Ceux et celle qui élaborent les programmes de notre Télé fiction font partie de cette dernière catégorie. ..."

Source: Zatat la vie et la mort
a
21 mai 2006 13:34
des gens lettrés sont abêtisés par le système ?
l
21 mai 2006 13:49
"...Tenez par exemple, lorsque notre Télé fiction fait un zoom sur une danseuse qui affirme danser pour la ‘Patrie’, nous nous demandons qui est sérieux dans tout ça ? ‘La patrie’ représentée par la Télé fiction ou la danseuse ? Les deux ne le sont pas. ‘La patrie’ puisqu’elle mise sur la danse pour redorer son image de marque tout en marginalisant tous ceux et toutes celles pouvant causer le progrès, et la danseuse parce qu’elle danse tout simplement. Pas de quiproquo ! Lorsque je dis qu’une danseuse n’est pas sérieuse cela ne veut pas dire qu’elle trompe son fiancé. Si elle n’est pas sérieuse c’est juste parce que son art fait partie du divertissement, tout comme le chant d’ailleurs. Voyons, ce n’est pas sérieux tout ça ! Qui a déjà vu quelqu’un apprécier le chant et la danse le ventre creux ? Même un béni oui-oui ne saurait l’affirmer à moins qu’il ne s’agisse d’une véritable ‘face de zinc’. On se demande alors pourquoi ceux et celle qui sont derrière la Télé fiction défavorisent les émissions bénéfiques et ne s’occupent que de divertir ceux et celles qui passent le temps qui leur reste à vivre devant la Télé fiction ? Réponse : parce qu’ils pensent que ceux qui ont le ventre creux ont déjà vendu leur poste pour manger à leur faim un soir et que les programmes télé-fictifs par contre s’adressent au téléspectateur au ventre bien rempli et à la tête vide. ..."

Source: Zatat la vie et la Mort
a
21 mai 2006 14:00
Cela signifie-t-il que lorsqu'on est riche et lettré, on ne cherche que le divertissement, et que par extention même quand on est pauvre, un peu de divertissement nous fait oublier ou représente un échappatoire à notre condition de misère ? D'où un certain immobilisme !
l
21 mai 2006 14:11
"...On est donc là bel et bien en face d’un complot contre le savoir. Dans les planètes sensées, comme Jupiter par exemple, où il est question carrément de télé-réalité, le téléspectateur n’a droit au divertissement qu’après avoir eu sa dose de programmes instructifs. Parce que Jupiter veut forger des citoyens responsables et non pas des citoyens stupides qui ne pensent exclusivement qu’à la danse, au chant et aux jeux de hasard après avoir rempli leurs panses de n’importe quoi…La Télé fiction fait dans la fiction. La preuve est qu’elle affecte ses animateurs dans des domaines qu’ils maîtrisent le moins pour une meilleure qualité de la fiction. Ainsi, une émission consacrée aux livres et à la culture, par exemple, sera animée par le seul, l’unique, l’inévitable animateur effronté n’ayant jamais lu le moindre livre de toute sa vie, histoire de présenter au téléspectateur un produit fini, un produit surréaliste au point de dégoûter les gens de la culture une bonne fois pour toute. Par ailleurs, lorsque notre télé fiction s’aventure dans les arts elle reste fidèle à elle-même en se concentrant uniquement sur la peinture parce qu’un tableau a pour principal caractéristique d’être muet…Oui, il n’y a pas de risque à passer en direct sur antenne une toile tant que nous pouvons lui faire dire ce que nous voulons…Voilà donc le but de notre Télé fiction : éloigner les gens de la culture, de la politique et des grandes questions sociales tout en bannissant les débats sérieux au profit du soliloque. Bref, la parfaite recette du sous développement. ..."

source: Zatat la vie et la mort
 
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