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Histoire de Sefrou (mémoire des Sefrioui et Ait Atta)
Zaiyad [ MP ]
4 novembre 2010 15:02
Bonjour
__________________________________________________________________________________________________ < phorum break> Histoire de Sefou
Divers témoignages attestent l’ancienneté de l’implantation humaine dans cette partie du dir, riche en sources, en forêts et en grottes. Un tel cadre devait en effet exercer une grande attirance sur les premiers hommes sillonnant la région, à la recherche d’un point de chute, et désireux de communiquer avec une nature dont les forces y étaient effectivement bien représentées. Les cultes naturalistes devaient abonder dans ce contexte, et jusqu’à nos jours les vestiges de telles pratiques n’ont pas encore disparu.

En plus, ce dir présentait l’avantage d’être en retrait par rapport au grand couloir sud-rifain, aussi servit-il très tôt d’asile politique et de zone refuge à des individus ou groupes humains dont le souci majeur était de conserver indépendance et liberté de culte et d’opinion. A cet égard le judaïsme avait ses adeptes ici depuis bien longtemps, et précéderait même l’invasion du Maroc par les Vandales. La retombée nord-atlasique était signalée en effet comme étant un foyer juif actif, et accessoirement païen. Les Bahloula qui en faisaient partie, nous sont très souvent cités comme exemple par les historiens marocains, et ce tout aussi bien avant qu’après l’islamisation du Maroc. Le souvenir de la persistance d’une communauté hébraïque nous est également conservé par des toponymes tels que oued Lihudi nom donné à la partie aval de Oued Aggaï, et Kahf Lihudi, grotte située sur le flanc de Jbel Binna.

Quant à l’existence de chrétiens dans le pays, les textes arabes le laissent également entendre. D’ailleurs, du VIIe au IXe siècle, païens, juifs et chrétiens reviennent très souvent dans les chroniques qui rendent compte des campagnes militaires, menées à Al Bhalil de la famille Chkounda, probablement descendante de la seconde légion romaine, et la découverte à Al ‘Anaçer au sud de Sefrou, de la fontaine des idoles (‘Ayn çname) d’où furent exhumées cinq inscriptions latines, attestent sinon une implantation romaine, du moins un intérêt porté par Volubilis à ce front sud. Dans ce cas Al’Anaçer, Al Bhalil et Mimmet (aujourd’hui disparue) ne constituaient-ils pas des postes-vigies érigés face à l’Adrar dans un but militaire ? pour le moment aucun argument ne permet d’affirmer la présence d’un vrai Limés de ce côté-ci, et seules des fouilles poussées permettraient d’en déceler les traces.

C’est donc dans un site très convoité que naquit Sefrou. Cependant rien ne filtre quant à la date de sa création

Léon l’africain dit que Sefrou avait été fondée par les Africains c’est à dire les Berbères. Si l’on en croit les rumeurs publiques, la ville aurait été bâtie avant Fès. « On allait de la ville de Sefrou ou village de Fès » s’amusent à répéter de longue date les Sefrioui. Selon la légende locale, attribuée abusivement à Raoud Al Quirtas, Idriss II , au moment où il avait lancé le chantier de Fès, serait venu s’établir pendant deux ans dans cette ville de piémont (807). Il aurait résidé au dchar dit « Habbouna », le village de « ceux qui nous ont aimés ». appellation qui aurait été donnée par Idriss à cet endroit situé à présent au sud de la Médina, et ce en signe de reconnaissance à l’accueil chaleureux que lui avaient réservé les habitants de la ville pendant sa campagne d’islamisation. Les Bahloula, étant plus réticents, n’auraient pas recueilli sa bénédiction.

En tout cas, Sefrou paraît bien avoir existé lors de la fondation par Idriss II de la ville d’Al’Aliya (la ville d’Ali) sur la rive gauche de l’Oued Fès, (en 809, à l’emplacement du quartier des Qairouanais), et qui fait face au quartier Andalous, bâti par Idriss Ier en 789. Le fait que sous le règne d’Ali Ibn Idriss, petit fils d’Idriss II (836-848), un opposant politique se soit emparé de Sefrou, et ait marché sur Fès, nous prouve que vers le IXéme siècle, la ville avait déjà assez de poids pour qu’elle se soit mobilisée contre un prince Idrisside.

C’est la vallée de l’Oued Aggaï, petit affluent du Sebou, qui a canalisé d’abord l’implantation humaine dans cette région. La présence d’une multitude de grottes creusées dans le calcaire et le travertin, a facilité les premières installations au même titre d’ailleurs que dans le reste du dir à Mazdghat Al Jorf, Bhalil, Imouzzar Kandar et Al Hajeb. D’après Si Mbarek Al Bekkal, cette forme d’occupation dominait jusqu’au VIIe siècle, date à laquelle les troglodytes berbères commencèrent à se familiariser avec les techniques de construction. Cependant les impératifs de défense probablement liés aux premières incursions musulmanes dans l’Atlas, leur dictèrent de se regrouper et de bâtir des fortifications. Aussi voit-on s’ériger le long de la vallée un cardon de qçour, situés en trois points : à l’amont de l’Oued Aggaï, au centre, et à l’aval de l’Oued, à proximité de sa confluence avec Oued Sebou. Mais progressivement, le site central coïncidant avec celui de la Médina actuelle, se révéla avantageux et devint un pôle de cristallisation, et ce au détriment des autres qçour. Une agglomération portant le nom de Sefrou naquit depuis, ce fut vraisemblablement vers la fin du VIIéme siècle. Cependant, un petit noyau résiduel subsista vers l’amont. A savoir le quartier de Qal’a, dont les habitants n’hésitent pas jusqu’à nos jours à se démarquer des Sefrioui.

Au temps des premiers Idrissides, Sefrou se présentait donc comme un petit centre urbain en gestation. Et en carrefour pour des populations en quête de sécurité. A ce titre la communauté juive dût constituer dès l’origine une part non négligeable de la population de la ville. Elle aurait été composé de groupes autochtones judaïsés, ou d’éléments des oasis du Sud marocain. La vocation commerçante des juifs trouvait ici matière à s’épanouir d’autant plus qu’une route caravanière commençait à passer par la ville. En effet l’axe commercial reliant la capitale Idrisside à la métropole du Tafilalt. Sijilmassa et empruntant Sefrou, devait attirer plusieurs négociants et procurer des bénéfices appréciables à la jeune cité, si bien que le contrôle de cette dernière devait susciter la convoitise de tous ceux qui voulaient rester maîtres du commerce saharien et en particulier de l’or africain. Commandant l’accès au couloir qui mène vers le causse, cette ville occupait donc une position très sensible dans la région. Elle était vraiment la plaque-tournante du commerce entre le nord et le sud du pays.

Cependant si Sefrou constituait une importante étape sur la route caravanière, et par conséquent un carrefour de population, elle n’en était pas moins exposée de par cette situation géographique, à des tiraillements et des luttes de clans, et ce dès le début de sa création. En effet, sa proximité de Fès et du Moyen Atlas, dans une zone tampon, faisait qu’elle versait selon le rapport des forces, dans l’un ou l’autre camp, ce qui se soldait souvent par des attaques et des représailles dont les conséquences ont été très pesantes pour sa croissance. C’est ainsi qu’en 1016 Sefrou qui dépendait de l’émarat Zénète de Fès fut enlevée celui-ci par la principauté kharijite des Bani Khazroune de Sijilmassa qui a réussi à étendre sa domination jusqu’au pays du dir.

A l’arrivée des Almoravides des chroniques parlent d’autres voies commerciales, comme celle reliant le Sahara au Haouz par Aghmat-Damnate. Cependant la voie du Saïs-Tafilalt à travers le causse d’Amekla restait la plus fréquentée, aussi Youssef Ben Tachfine n’hésita-t-il pas un seul moment, après avoir pris Sijilmassa et attaqué Fès, de libérer Sefrou des mains des Maghrawa Zénètes qui s’y étaient enfermés (1063). Quant aux Almohades, ils la prirent en 1141, motivés en cela par le même souci de contrôler la route commerciale reliant Sijilmassa à Fès.

Si la ville s’est distinguée très tôt par son cachet urbain et sa fonction d’étape , elle a su parallèlement consolider son assise agricole. Les textes arabes sont unanimes d’ailleurs à ce sujet. Ibn Hawqal (Xéme siècle) trouve que sa région est riche en vigne et en arbres fruitiers. Quant à Al Bakri (XIéme siècle) il la décrit ainsi : « la ville de Sefrou, située à une journée de marche de Fès, est ceinte de murs et entourée de ruisseaux et de jardins ».

Pour Al Idrissi : (XIIéme siècle) « Sefrou est une petite ville de civilisation urbaine où il n’y a que peu de marchés. Les habitants sont pour la plupart des agriculteurs qui récoltent beaucoup de céréales. Ils ont aussi de nombreux troupeaux de gros et petit bétail, les eaux du pays sont douces et abondantes ».

Sous les Mérinides, la ville fut dotée d’un quartier réservé aux juifs : le Mellah. Il semble, selon la tradition orale, que c’est le sultan Mérinide Abdelhaq (XIVéme siècle) qui aurait ordonné ce groupement.

Cependant, sous les Bani Wattas et les Saâdiens, la région connaît de grandes difficultés, liées au contexte générale du pays. En effet en plus de la crise d’autorité dans laquelle le Maroc était plongé, le trafic caravanier qui venait du Sud fut dévié vers l’Est, à la suite de la prise de Sijilmassa par les tribus Ma’qil, ce qui ébranla pour un moment les circuits commerciaux en direction de Fès. Cet état de crise générale, ne manqua pas d’affecter l’équilibre de la ville. A ce propos, Léon l’Africain relève dans son récit que la cité était presque ruinée , situation qu’il impute aussi au mauvais comportement d’un représentant du Makhzen.

Si la vie urbaine semble décliner, comme ce fut le cas d’ailleurs dans tout le pays, la vie rurale par contre enregistre de grands progrès. L’activité agricole de la ville connaît en effet un regain de dynamisme : Léon l’Africain note à ce sujet l’abondance de l’orge, de la vigne et de l’olivier, et signale même l’apparition de nouvelles cultures telles que le chanvre et le lin. Quant au dir sefrioui, il semble également faire l’objet d’une importante mise en valeur qui porte elle aussi sur l’orge, l’olivier, les cultures textiles et l’élevage. L’économie rurale se consolide par conséquent, et donne lieu à un renforcement de la vie villageoise comme chez Bni Yazgha, à Al Bhalil, Azzaba, Mazdghat Al Jorf, Sanhaja, Moujjou, qui doivent tous se fortifier pour faire face au développement de l’insécurité.

Au début du XVIIéme siècle, commence une période de grandes difficultés. En effet à partir de cette date d’importants déplacements de tribus – liés à la sécheresse, aux épidémies et à la famine frappant le sud-est du pays – agitent l’Atlas et menacent même de déferler sur le bas-pays.

Les premiers artisans de cette « longue marche » sont Bni Ashene, arabes Ma’qil, qui partis du bord de la Moulouya et Oued Guigou, s’étaient installés aux environs de Sefrou et d’Al’Anaçer suivis par Guerouane et Zammour. Leur déplacement vers le Nord, provoqua une avancée en chaîne. Les Aït Youssi s’installèrent alors près des cols du Moyen Atlas et Aït Idrassène marchèrent sur Fès.

Le sultan Moulay Ismaïl, sensible aux conséquences politiques d’une telle action s’employa a contenir cette avancé, en s’assignant deux buts : préserver d’abord le bas pays et les villes du Saïs, et tenir praticable Triq Soltane qui mène de Fès au Tafilalt. Il put atteindre le premier objectif en installant une série de qaçba à Al Manzel, Azrou, ‘Aïn Leuh, Skoura, Outat Aït Izdeg (Midelt). Sefrou fut intégré à ce dispositif de sécurité en servant de base logistique et d’escale pour les mhalla makhzéniennes. Pour mieux contrôler la route de Fès à Sijilmassa, Moulay Ismaïl fit amener la tribu Aït Youssi qu’il plaça le long de l’axe Sefrou-Moulouya, lui faisant ainsi assumer le rôle de « gendarme impérial » sur ce tronçon de route montagnard. Cette tribu qui se trouvait installée au début du XVIIe siècle en Haute Moulouya, joua un rôle décisif dans les soulèvements que connut le Moyen Atlas. Mais une fois soumise (1685) elle se résigna pour longtemps à servir le makhzen.

Il est à signaler cependant que la brève escale des Ma’qil aux environs de Sefrou, a fini par marquer la région, car quelques fractions arabes se sont sédentarisées, mais sans pour autant se mêler aux nouveaux conquérants, qui se chargèrent malgré tout de leur protection. Il s’agit des populations installées surtout à ‘Azzaba, Chadqa, Mazdghat Al Jorf et Mazdghat As Souq.

L’établissement de la sécurité dans la région permit à la ville de retrouver une certaine aisance et de se repeupler d’éléments arabes, Aït Youssi et même de Morisques venus d’Espagne.

Cependant après la mort de Moulay Ismaïl, le mouvement des berbères Sanhaja en direction du nord-ouest reprend aussitôt. Si Zammour, Guerouane, Bni Ahsene et Zayane arrivent à avancer, Aït Youssi se trouvent coincés au sud de Fès, par l’avancée Aït Seghrouchène. Mais tout en étant gênés dans leur déplacement, Aït Youssi n’en ont pas moins réussi de nouveau un rôle dans la mobilisation des autres tribus du Moyen Atlas contre le Makhzen. Les soulèvements atteignirent leur paroxysme en 1818, lorsque les tribus insurgées firent cause commune avec les confréries religieuse contre Moulay Slimane.

La ville de Fès, ne dut son salut dans ce contexte de troubles qu’à la ceinture de sécurité qui la protège et qui est constituée de tribus arabes faisant fonction de Guich : Oulad ‘Ayyache, Oulad Jama’, Chrarda, Oulad Al haj et Chaj’a.

Comme la zone de confrontation et des harka se situait très souvent autour de Sefrou, l’urbanisme de la ville s’en était ressenti durement. C’est pourquoi d’ailleurs Moulay Slimane procéda à la restauration et au renforcement de ses remparts(1792-1859). La diversification de la population urbaine sefrioui fut une autre conséquence de ce climat d’agitation. En effet à la suite de leurs démêlés avec Aït ‘Atta du Saghro plusieurs Chorfa ‘Alaouites du Tafilalt, remontèrent vers le Nord et s’installèrent à Sefrou et ce à deux reprises : vers la fin du XVIIéme siècle et au début du XIXéme siècle. Le sultan Moulay Abderrahmane (1820-1859) qui se chargea de leur rapatriement, les fit installer dans un quartier bâti par ses propres soins au sud de la Médina du côté de Bab Mraba’ .

Toutefois la période de calme réalisée vers la fin du XIXéme siècle va donner un répit à la ville et à sa région.

« L’avènement d’un grand Sultan, fort, craint et respecté, Moulay Al Hassan 1er , fera oublier pendant longtemps troubles et luttes intestines du Makhzen. La ville n’est plus la victime des guerres civiles entre divers prétendants.
Elle connaît donc une longue période de paix, de sécurité et de stabilité ce qui permettra à sa population de développer sa production économique et de perfectionner son organisation urbaine. La production agricole est excédentaire et le rayonnement commercial de Sefrou s’étend à plusieurs centaines de kilomètres de la ville.
A l’intérieur des remparts, les constructions se multiplient, les principaux services publics sont bien assurés ; distribution d’eau, réseau d’égouts et ramassage des ordures donnent à la ville un aspect urbain prospère.
C’est ce qui explique l’unanimité des auteurs européens, qui ont séjourné ou visité Sefrou à la fin du XIXéme siècle ou à la veille du protectorat, à décrire cette ville comme l’une des plus prospères et des plus ordonnées du Maroc ».(Chafai El Alaoui, Naissance et développement d'une municipalité marocaine sous le protectorat français: Sefrou (1912-1956). Thèse de Doctorat de 3éme Cycle, Univ. Paris I Panthéon-Sorbonne, 1983 )

Vers la fin du XIXéme siècle et le début du XXéme siècle, Sefrou présentait un profil semblable à celui des autres villes marocaines avec cependant des caractéristiques propres, liées à la fois aux particularités de son peuplement et à ses activités. Dotée d’une infrastructure urbaine étoffée, cette cité disposait d’institutions politiques, économiques et administratives bien affirmées et ce à l’image de villes comme Meknès ou Tétouan.

Source:
"Petites Villes Traditionnelles et Mutations
Socio-économiques au Maroc, Le cas de Sefrou"
Hassan Benhalima
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Amitiés
HJAR EDDIB [ MP ]
4 novembre 2010 16:38
Bravo Mr ZAZAID pour ce billet historique sur la ville de Sefrou .Court mais riche et complet avec un style soigné et aisé. A lire et à relire .Merci,et du moment que tu semble bien t'y connaitre en histoire, c'est le cas de le dire, si tu pouvais nous parler de l'histoire de toutes les tribus et villages de la région de Sefrou et dont tu as cité les noms . Tels les Ait Youssi, les Ait Sghrouchens (qu'on dit d'origine arabe ) , les Bhalil, les Aazaba, les Beni Yazgha, les Chadqa et autres.
Je ne suis pas historien, mais j'aime beaucoup l'histoire et merci encore.
 
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