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Maroc : Une aubaine démographique en manque de développement socioéconomique adapté

Le représentant du Fonds des Nations unies pour la population au Maroc, Luis Mora, a estimé urgent d’investir dans la jeunesse pour envisager un nouveau modèle de développement efficace. Invité de la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD), il a indiqué que cette aubaine démographique était en effet temporaire.

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Photo d'illustration / DR.
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«Le nouveau modèle de développement devrait tenir compte de l’avenir démographique du Maroc à l’horizon 2030-2050, en tenant compte particulièrement des variables d’augmentation du nombre de femmes en âge de reproduction, ainsi que du pourcentage de la population active et âgée, en plus de l’évolution de la migration». C’est ainsi que Luis Mora, représentant du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) au Maroc, a abordé ce mardi les questions démographiques au Maroc et leur rapport au développement.

Invité de la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD), le responsable onusien a en effet souligné qu’«investir dans la jeunesse est crucial, au cœur de la réussite du développement» et urgent «plus que jamais». Luis Mora souligne d’ailleurs que ce développement doit être encadré par une dynamique de politique éducative qui accompagne le processus démographique, de même qu’une mise à niveau de la santé maternelle et de l’accès à l’emploi.

Un carrefour de dynamiques opposées

«Les trois décennies à venir sont des décennies de croissance démographique importante», a-t-il souligné. Il a mis cette évolution dans un contexte mondial et régional, marqué par une baisse de la population en Europe, mais une hausse en Afrique subsaharienne d’ici 2050. Ainsi, le Maroc deviendra «un carrefour» entre ces deux dynamiques opposées.

Dans ce même contexte, l’Afrique pourrait subir des crises économiques, sociopolitiques et humanitaires majeures, notamment une augmentation des flux de migrations. Parallèlement, le besoin de force migratoire en Europe pour faire face au vieillissement de la population se ressentira davantage. «Cela peut apporter des opportunités» pour le Maroc en tant que carrefour, mais si elles s’accompagnent de politiques démographiques et de développement adaptées à ces nouvelles données, selon Mora.

Le contexte demographique du Maroc est marqué par une diminution des naissances, mais sans être accompagné d’une phase rapide du vieillissement de la population. Ce «cercle vertueux» nécessite ainsi que l’Etat agisse sur l’autonomisation, l’éducation, la santé et l’emploi, qui devraient se concentrer surtout sur les jeunes et les femmes. Par ce biais, les avantages pourront être saisis d’une situation qui risque de ne plus se présenter, d’ici 2040.

Luis Mora rappelle que «l’augmentation du nombre de personnes en âge de travailler rehausse le potentiel de croissance et élève mécaniquement le PIB par habitant», en plus des études ayant montré que «plus d’égalité entre les deux sexes impacte positivement l’équilibre macroéconomique» des pays. Mais à la fin des vingt prochaines années, «nous passerons pas la suite au vieillissement» accéléré, dont l’atténuation des impacts doit être préparée dès maintenant.

La démographie, une aubaine et un défi à la fois

Concernant les jeunes de manière globale, Luis Mora souligne que 3 à 4 millions d’entre eux ne travaillent pas et n’étudient pas, ce qui représente un défi majeur pour endiguer la marginalisation, le chômage et les failles des politiques d’éducation. Dans cette étape qui rassemble toutes les conditions d’aubaine, il avertit ainsi qu’«on est déjà en retard» et qu’à travers une non-action latente, le Maroc risque de se confronter à des défis économique, sécuritaire et social.

Si l’on tient compte des variables actuelles de l’évolution démographique au Maroc sans migration, «on peut se trouver dans une fourchette d’une population entre 38 et 43 millions», d’ici 2030, selon le représentant. Ainsi, une augmentation de presque 8 millions d’habitants attend le pays, dans les dix prochaines années. Un scénario qui accentue l’urgence d’une adaptation des politiques socioéconomiques au développement.

Dans tous les scénarios envisageables dans ces dix à vingt prochaines années, une augmentation de la jeunesse en âge productif, entre 15 et 49 ans, est attendue. Ceci implique «une pression importante sur le marché du travail», accompagnée d’une augmentation de la population âgée de 60 ans et plus. «Comparé à l’Europe, cela va se faire de façon accélérée» à partir de 2040, avec un «retournement de la pyramide d’âge de manière irréversible», ce qui nécessite, selon Luis Mora, de redéfinir les approches de développement.

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