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Ceuta veut installer la statue d’un général, accusé d’ «atrocités et de massacres dans le Rif»

La droite espagnole au pouvoir à Ceuta veut installer la statue du général José Millán-Astray, le premier chef de la Légion espagnole, déboulonnée en 2010 à la Corogne. Sous son commandement, ce corps d'armée est accusé d' «atrocités et de massacres dans le Rif».

 

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Le général José Millán-Astray / DR
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Le roi Felipe VI a présidé, dimanche 20 septembre à Almeria, la commémoration du centenaire de la fondation de la Légion espagnole. Un corps militaire lancé en 1920, avec la bénédiction de  son grand père Alfonso XIII, par le général José Millán-Astray pour combattre exclusivement les troupes de Mohamed Ben Abdelkrim El Khattabi dans le Rif.

La médiatisation faite autour de cet événement et de son fondateur a donné l’occasion au président de Ceuta, Juan Vivas, de demander à la municipalité de la Corogne la «cession» de la statue de Millán-Astray, déboulonnée en janvier 2010.

La mairie de la capitale de la région de Galicie avait pris cette décision, conformément à la loi sur la Mémoire et l’Histoire adoptée par le Parlement espagnol en octobre 2007, condamnant les symboles du franquisme et honorant les victimes de la dictature.

«Atrocités et massacres dans le Rif»              

Une initiative saluée en son temps par des politiques marocains à Nador. Ainsi, dans une lettre adressée à Javier Losada, maire socialiste de La Corogne, le très controversé conseiller parlementaire Yahya Yahya s’était félicité du retrait de la statue, le qualifiant de «décision courageuse» ayant entraîné dans le Rif «joie et satisfaction».

L’ancien président de la commune de Béni Nsar avait, d’ailleurs, accusé la Légion de «force militaire responsable d'atrocités et de massacres dans le nord du Maroc, surtout au sein de la population du Rif».

Néanmoins la droite espagnole qui gouverne actuellement à Ceuta rejette en bloc toutes ces accusations, qu’elles soient portées par des Marocains ou par des politiques de gauche en Espagne. Elle est déterminée à réhabiliter toutes les figures ayant servi le «drapeau», notamment durant la guerre du Rif. Le porte-parole de l’exécutif de l'enclave a défendu l’installation de la statue de Millán-Astray. «Elle ne constitue pas une violation de la loi sur la Mémoire et l’Histoire», a-t-il expliqué dans des déclarations à la presse.

De son côté, Juan Vivas a plaidé la «cession» de la sculpture dans une interview accordée à la télévision publique locale, soulignant qu’ «entre la Légion et Ceuta, il y a un lien définitif et essentiel basé sur un dénominateur commun avec une force irrésistible : l'amour pour l'Espagne qui nous unit et nous identifie».

Au-delà de ces «arguments sentimentaux», la demande exprimée par Vivas obéit surtout à des considérations politiques. Elle s’inscrit dans la course déclarée que se livre le Parti Populaire et la formation Vox pour la «récupération» des figures du «nationalisme espagnol» à des fins électoralistes.

La demande de Juan Vivas, bien qu’elle heurte les sentiments d’une partie de la population autochtone de confession musulmane à Ceuta, n’est pas sans rappeler la décision prise, en juin 2012, par le gouvernement de Mariano Rajoy (PP). Ainsi furent décorés de la Croix Laureada de San Fernando, tous des membres du régiment des Chasseurs de Alcantara qui avait essuyé une cuisante défaite, 91 ans auparavant, lors de la bataille d’Anoual (21 juillet 1921) face aux troupes de Mohamed Ben Abdelkrim El Khattabi.

Le général José Millán-Astray, en sa qualité de chef de la Légion, avait assisté à ce revers militaire historique. En 1923, il céda le commandement de ce corps d'armée à Franco.

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