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Diaspo #160 : Nasser Bouchiba jette les ponts entre la Chine et le Maroc

Après s'être rendu en Chine en 1995 pour poursuivre ses études supérieures, le Marocain Nasser Bouchiba est devenu professeur d'université, donnant ainsi des cours en mandarin à ses étudiants. Il est également entré dans le monde des affaires en créant des entreprises qui apportent des investissements chinois en Afrique.

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Le Marocain Nasser Bouchiba. / DR
Temps de lecture: 4'

Pour Nasser Bouchiba, la Chine était un rêve d’enfance qui s'est réalisé en 1995. C’est cette année-là où il déménage en Chine pour d’abord terminer ses études supérieures avant de devenir professeur d’université et transmettre son savoir aux Chinois et aux étudiants étrangers dans le pays du Milieu.

«Enfant, je pratiquais les arts martiaux dans le club central de Rabat et je rêvais de me rendre en Chine», confie-t-il à Yabiladi à propos de son amour de ce pays asiatique.

Né en 1976 à Rabat, ce Marocain est titulaire d'une licence en «commerce chinois» de l'université Sun Yat-sen basée à Canton, dans la province du Guangdong. Il est aussi titulaire d'un master en gestion d'entreprise, spécialisé en ressources humaines, en plus d'un doctorat d'État en sciences politiques, spécialisé dans l’investissement extérieur chinois et les modèles de développement, décroché auprès de la même université.

Ayant réalisé tout son cursus universitaire en Chine, il n’imaginait toutefois pas s'y installer. En effet, il confie avoir pensé à retourner au Maroc après cinq ou six ans, ajoutant que le nouvel environnement avait un rôle plus important qu'il ne l'avait imaginé dans la cristallisation de son avenir. «La vie en Chine m’a ouvert les yeux sur une nouvelle réalité», explique-t-il.

Une installation qui n’a pourtant pas été facile. «La Chine d'aujourd'hui n'est pas la Chine de 1995 et depuis les premiers jours et notamment sur le plan alimentaire, ce n'était pas facile pour moi», déclare-t-il. Il cite aussi la barrière de la langue, confiant avoir trouvé le mandarin «très difficile à apprendre».

«La langue chinoise se compose de 40 000 symboles, mais les symboles actuellement utilisés vont de 12 000 à 15 000. Pour l'étudier, il faut environ 8 000 symboles. Je l'apprends encore tous les jours, mais c'est la clé de l'adaptation et pour découvrir des opportunités et la culture de ce pays qui se développe depuis 5 000 ans.»

Nasser Bouchiba

Notre interlocuteur confie avoir également rencontré des difficultés financières au début, en raison de l'incapacité de combiner études et travail.

Enseigner en mandarin

En 2009, Nasser Bouchiba revient ainsi sur les bancs de l'Université Sun Yat-sen, non pas en tant qu’étudiant mais en sa qualité de professeur des universités. Il y enseigne «l’entrepreneuriat basé sur l'exploration des opportunités», sujet autour duquel il a déjà rédigé un livre éponyme, présentant une étude de 300 cas de jeunes entrepreneurs chinois. La traduction du livre en arabe et dans d’autres langues sera d’ailleurs bientôt publiée.

Le 26 septembre prochain, une cérémonie de présentation de son dernier livre intitulé «Histoire des relations maroco-chinoises 1958-2018» sera également organisée au Salon du livre de Pékin. Cet ouvrage est considéré comme le fruit d'un effort continu depuis 2014, dans lequel l’enseignant marocain a analysé les relations maroco-chinoises en termes politiques, économiques et culturels, et a également inclus une analyse complémentaire sur la Route de la Soie, le rôle du Maroc dans celle-ci, et les perspectives de coopération entre les deux pays.

Nasser Bouchiba se décrit comme un «chercheur indépendant», ce qui lui confère, selon ses déclarations, une «grande indépendance dans le choix des thèmes de travail» puisqu’il finance lui-même ses recherches, en se concentrant sur les relations afro-chinoises et la lutte contre la pauvreté.

Son ambition l'a également conduit à s’aventurer dans le monde des affaires. En 2004, ce Rbati avait ainsi créé une société spécialisée dans le domaine du conseil, qui opère avec des entreprises internationales en Chine. Mais quatre ans seulement après sa naissance, l'entreprise a mis la clé sous la porte.

Une expérience qui ne l’empêche pas de créer, six ans plus tard, une société d'investissement dans la ville de Guangzhou, spécialisée dans l'apport d'investissements dans les pays africains comme le Maroc, ainsi que dans l'évaluation des investissements chinois en Afrique.

«Au Maroc, nous avons fait le premier investissement dans le dessalement de l'eau de mer, et nous avons un autre investissement dans le secteur du tourisme. Nous étudions les domaines dont les pays africains ont besoin et nous orientons les investissements sur cette base.»

Nasser Bouchiba

Dans sa thèse de doctorat, Nasser Bouchiba avait fait une étude comparative entre l'aide chinoise et française au Maroc, révélant ainsi que les pays africains reçoivent l'aide chinoise sans participer à sa formulation, et que ce sont les Chinois qui décident comment, quoi et combien investir en Afrique.

Ibn Battuta et la Route de la Soie

A cette époque, le Marocain a eu l'idée de créer une association pour la coopération afro-chinoise, qui a vu finalement le jour en 2017 et vise à «cristalliser une vision africaine de la coopération afro-chinoise». D’ailleurs, deux ans plus tard, Nasser Bouchiba a présenté le Maroc dans le Sommet sino-africain des centres des recherches et y a exposé une présentation sur le sujet.

Le chercheur marocain a également eu l’honneur de rencontrer le roi Mohammed VI à Pékin, en 2016, en lui présentant les accords de partenariat sino-marocains signés lors de cette visite.

Durant ses années en Chine, ce chercheur marocain a acquis une grande expérience, en vivant les grandes réformes lancées par le pays du Milieu, qui ont été à l'origine de l'émergence  en tant que puissance économique mondiale. 

«J'ai accompagné les 20 années les plus importantes de l'histoire moderne de la Chine, et en vertu de ma position de professeur d'université, et à travers ma participation à des projets d'investissement chinois en Afrique, j'ai examiné le modèle de développement chinois et y ai participé. La conclusion est que le développement du pays a commencé principalement par la recherche scientifique et l'université.»

Nasser Bouchiba

Se trouvant actuellement au Maroc, l’enseignant dit attendre que la situation épidémiologique liée au coronavirus s'améliore pour repartir en Chine et superviser un nouveau projet culturel. «Je dois superviser une série sur le voyageur marocain Ibn Battuta avec le réalisateur marocain Souheil Ben Barka», révèle-t-il, en précisant que le scénario de cette série, de 8 épisodes, est déjà prêt.

Il explique que ce travail traitera de «la vie d'Ibn Battuta lorsqu'il était en Chine». «Le voyageur marocain fera un flashback pour se remémorer sa vie au Maroc et à Al Andalus», conclut le voyageur partageant sa vie entre le Maroc et la Chine.

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