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Maroc : Mobilisation contre la transformation d'un site d’empreintes de dinosaures en carrière

Grâce à la mobilisation de chercheurs, des travaux d’exploitation d’une carrière de pierres menaçant le site Issil n'Aït Arbi (Vallée de Dadès), comprenant des empreintes de dinosaures, ont été arrêtés par les autorités, relançant ainsi le débat sur la préservation du patrimoine au Maroc.

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Le site Issil n'Aït Arbi (Vallée de Dadès), comprenant des empreintes de dinosaures, dimanche 13 septembre 2020. / Ph. Driss Benyahia - Facebook
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Le Maroc a évité de justesse, il y a quelques jours, la destruction d’un site historique comprenant des empreintes de dinosaures, dans la vallée du Dadès.

Mardi, une alerte a été lancée sur les réseaux sociaux par l’enseignant chercheur à l’Université Ibn Zohr d’Agadir, Moussa Masrour, qui a affirmé que «le site d’empreintes de dinosaures Issil n'Aït Arbi (Dadès) risque de disparaitre à jamais», car transformé en «carrière d’extraction des pierres».

Et de rappeler que déjà en avril 2011, l’écrivain Jacques Gindini avait «publié des photos qui montrent l’extraction des pierres dans ce site à partir de couches contentant des empreintes de dinosaures».

«J’ai été alerté hier, 14 septembre 2020, par des anciens étudiants (Driss Benyahia et Abdelkarim Najim), m’informant avec photos à l’appui que le site est devenu une carrière d’extraction des pierres et que des surfaces à empreintes de Dinosaures ont peut-être disparues», ajoute-t-il avant de demander l’intervention des autorités.

Contacté par Yabiladi ce mercredi, l'archéologue Abdelouahed Lagnaoui confirme que ce site comprend des empreintes de pattes de dinosaures «typiques et exceptionnelles». «Elles sont uniques et seules en Afrique», ajoute-t-il, en précisant aussi que selon ses informations, «une entreprise a été autorisée à exploiter une carrière de pierres, près de ce site». Cependant, «les autorités locales de Tinghir ont été mobilisées pour stopper la destruction de ce patrimoine», précise-t-il.

Une multitude d’intervenants et plusieurs défis

La mobilisation des chercheurs et experts marocains a vite porté ses fruits. De sources concordantes, la direction de la géologie au sein du ministère de l'énergie, des mines et de l’environnement s’est saisie de ce dossier. «Les autorités locales ont donné l'ordre d'arrêter et interdire toute extraction de pierres dans cette zone», assure Moussa Masrour.

Les mêmes autorités qui auraient délivré la licence d'exploitation à l'entreprise en question. En effet, selon le président de l’association Géoparc de l’UNESCO du M'Goun, Driss Achbal, «il y a une autorisation de la commune pour une carrière d’exploitation de produits de construction qui menace le site géologique». 

«En tant qu’association reconnue d’utilité publique, nous allons intervenir auprès des autorités locales pour qu’une équipe ou commission soit dépêchée afin de vérifier cet acte et voir si l’autorisation accordée à l’entreprise n’impacte pas le patrimoine géologique de cette région», assure-t-il.

Vue de l'amont vers l'aval avec l'emplacement des sites. / Ph. Hassan YamaniVue de l'amont vers l'aval avec l'emplacement des sites. / Ph. Hassan Yamani

En outre, Driss Achbal reconnaît quelques défis pour préserver certains sites. «Le territoire est très vaste et il y a beaucoup d’intervenants», précise-t-il, ajoutant que certains personnes, ne connaissant pas les valeurs de ces sites, peuvent les vandaliser, hormis les commerçants de fossiles.

«Il faut protéger ce genre de sites, avec des murs de protection, du gardiennage et des plaques présentant ce patrimoine et expliquant sa valeur. En l’absence de ces moyens et de la conservation, il est normal qu’il ait des actes de vandalisme.»

Driss Achbal

La menace est récurrente

Mais si le site d’empreintes de dinosaures Issil n'Aït Arbi échappe ainsi à sa destruction, d’autres sites n’ont pas connu le même sort. En avril dernier, des vestiges d’un monument découvert lors d’une opération de la démolition de la Place d’Espagne à Tanger, mais recouvertes de sable et de ciment car «sans valeur archéologique».

Plusieurs sites restent ainsi menacés de disparition, à cause de l’humain ou de la nature. «Même à Aouserd, il y a une exploitation aux abords d’un site abritant des gravures rupestres, typiques au Nord d’Afrique», nous rappelle Abdelouahed Lagnaoui. «Malheureusement, il n’y a pas de solution permanente et les exploitations s’interrompent le temps que les Marocains oublient», enchaîne-t-il.

L'archéologue dit croire que la «solution reste facile». «La conservation du patrimoine, et notamment géologique, est en vigueur et il faut donc que ces sites soient classés en tant que patrimoine national pour les transformer en monuments protégés et interdits aux travaux d’aménagement et d’exploitation», insiste-t-il.

«Le Maroc regorge de sites qui doivent être inclus sur la liste de patrimoine. De plus, il faut promouvoir ces sites. J’ai des amis américains qui sont venus dans le royaume spécialement pour les voir ces sites. Il faut aussi qu’il y ait une volonté de l’administration et des ministères impliqués.»

Abdelouahed Lagnaoui

Pour l’archéologue, il faut également «un inventaire des sites et des études sur leur fragilité et les facteurs de dégradation pour les classer», car «un site fragile doit ainsi être concerné par des recommandations et des consignes pour sa conservation». Et l’expert de plaider également pour une «évaluation de la valeur et l’apport de ces sites sur le tourisme et sur la population locale»

Driss Achbal ajoute, pour sa part, que «la société civile doit aussi prendre en charge ces sites et promouvoir des projets autours de ces sites géologiques».

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