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Maroc : L’hydroquinone, une molécule dangereusement utilisée dans le détatouage

L’hydroquinone fait partie des composantes de plusieurs produits éclaircissant la peau. Mais son utilisation doit s’accompagner d’un suivi médical strict, ce qui n’est pas le cas au Maroc. Pire, des médecins l’administrent à leurs patientes pour le détatouage. Dans d’autres pays, l'hydroquinone est formellement interdite d’usage.

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Photo d'illustration / DR.
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Agent réducteur dérivé de glucide, l’hydroquinone freine la synthèse de la mélanine en inhibant la formation des enzymes qui contribuent à ce processus. A long terme, elle amincit la peau et lui fait perdre ses couches protectrices du soleil, ce qui rend l’épiderme surexposé aux risques d’irritations, d’eczémas, voire de cancers. Sur la peau peuvent apparaître aussi des tâches foncées et des vergetures. Pour toutes ces raisons, son utilisation est fortement déconseillée, voire interdite dans plusieurs pays. En dehors de l’effet de mode, ce sont pourtant des médecins qui la prescrivent, au Maroc.

«J’ai commencé des séances de détatouage et la dermatologue m’a prescrit un lait dépigmentant à appliquer entre mes séances de laser», affirme à Yabiladi une jeune femme, assurant que la dermatologue a inclus un produit composé d’hydroquinone. Pourtant, cette molécule serait même déconseillée dans le détatouage. Pour cause, elle n’agit pas directement sur le tatouage, mais sur les enzymes et donc les pigments de la peau.

«Non seulement cela ne donne pas de résultats, mais en plus la peau développe des tâches dépigmentées, accompagnées de marques brunes plus grandes et très remarquées», nous décrit la dermatologue Ouafae Britel, qui dit avoir traité une patiente pour un détatouage précédemment raté chez une esthéticienne.

Une composition interdite de vente dans plusieurs pays en Europe

La praticienne souligne que les effet de l’hydroquinone sur la santé sont de plus en plus questionnés, au point où cette molécule fait l’objet de restrictions d’usage dans des pays européens. La France par exemple en a formellement interdit l’usage. Dans ce pays, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes a d’ailleurs émis une note d’information sur l’utilisation généralisée de crèmes éclaircissantes. «Sans surveillance médicale, le recours à ces produits peut-être risqué et dangereux. Les substances qu’elles contiennent pénètrent dans la peau, modifient son équilibre et la fragilisent» dans 60 à 70% des cas, indique l’instance.

L’hydroquinone a pour effet de rendre l’éclaircissant plus puissant, tout comme le mercure et ses composés, ou encore des corticoïdes et des produits actifs «détournés de leur vocation première et ayant notamment comme effet secondaire le blanchiment de la peau». Cette utilisation, selon la Direction, répond à «diverses motivations bien souvent encouragées par des publicités ou des effets de mode».

Pour sa part, Ouafae Britel souligne que ces avancées dans la réglementation européenne contrastent avec le fait que cette molécule soit particulièrement prisée au Maroc et dans les autres pays d’Afrique, où elle menace de «ravages» sur la peau. Le risque est particulièrement grand, «dans nos pays qui connaissent plus de 300 jours de grand ensoleillement par an et où les éclaircissants doivent donc être manipulés avec beaucoup de précautions».

La dermatologue affirme en effet qu’au Maroc, «des médecins peuvent l’administrer surtout pour le traitement des tâches hyperpigmentées de melasma chez des femmes», mais que ces prises doivent être suivies «à travers un contrôle médical minutieux, avec des prescriptions qui ne doivent pas être systématiques».

Une molécule dangereuse importée au Maroc interdite en France

Selon Dr. Ouafae Britel, il n’existe ainsi aucun intérêt à utiliser l’hydroquinone pour des cas autres que ceux de melasma, encore moins le détatouage. Elle insiste même qu’«aucun procédé médical ne préconise l’utilisation de dépigmentant pour enlever un tatouage».

C’est ce que confirment également deux tatoueurs professionnels auprès de Yabiladi. L’un d’eux va jusqu’à préconiser que «le détatouage soit effectué et suivi par un médecin», si le salon n’est pas équipé ou ses détenteurs n’ont pas suivi une formation pour justifier des notions dermatologiques nécessaires.

Selon lui, «le seul protocole sain pour enlever un tatouage consiste à des séances de laser, avec l’application de crèmes cicatrisantes, pour ne pas fragiliser la partie tatouée». Un éclaircissant risque de provoquer l’effet inverse. Malgré ces recommandations, des dépigmentants contenant l’hydroquinone sont distribués et vendus librement en pharmacies, parapharmacies, parfumeries et magasins de produits de beauté.

Dans des points de vente ou dans des boutiques en ligne, l'hydroquinone est même un argument commercial, avec peu de mentions sur les risques d’emploi. Cette utilisation n’est, de surcroît, pas encadrée par des exigences relatives à l’obligation de son achat sur ordonnance.

Article modifié le 2020/09/16 à 15h40

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