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Diaspo #155 : Ayoub Louihrani, un agriculteur à Amsterdam qui rêve d’investir à Safi

Né et grandi à Amsterdam, Ayoub Louihrani fait partie aujourd’hui des responsables d’une ferme laitière du nord de la capitale des Pays-Bas, après ses études universitaires spécialisées dans l’élevage et l’agriculture. C’est avec ce savoir-faire qu’il rêve de se rendre utile à la région d’origine de ses parents : Safi.

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Ayoub Louihrani, agriculteur néerlando-marocain / DR.
Temps de lecture: 3'

Il est l’un des rares agriculteurs marocains diplômés et travaillant en tant que tel dans une ferme de production de lait aux Pays-Bas. Ayoub Louihrani ne cache pas sa fierté d’exercer dans un métier, qui selon lui, est encore peu accessible aux diplômés binationaux, et où il a pu s’affirmer en gagnant la confiance de ses collègues.

Pour cause, ce jeune éleveur de 22 ans confie à Yabiladi avoir postulé «auprès de 12 fermes pour un stage de fin d’études», avant d’être accepté par la treizième, qui aura décidé de le garder depuis. «C’était très dur et même décourageant à un moment, mais j’étais déterminé à accéder à l’une des fermes d’élevage pour aiguiser mon savoir-faire», affirme-t-il.

«Je dirais qu’il y a beaucoup d’idées reçues sur les jeunes néerlandais issus de l’immigration marocaine, ici, avec tout ce qu’on lit dans les journaux comme faits divers ou affaires de criminalité», estime Ayoub, qui a grandi à Amsterdam.

Ainsi, Ayoub Louihrani décrit un monde de l’agriculture «encore plus fermé aux étrangers». «Les propriétaires de fermes sont souvent des locaux, qui vivent dans leurs propriétés en retrait du centre urbain et ont surtout des connaissances parmi les autres agriculteurs», décrit-il.

«De ce fait, les stéréotypes véhiculés sur nous ont encore plus d’effet sur eux, car ils ne connaissent pas personnellement de Marocains.»

Ayoub Louihrani

Un producteur de lait distingué à Amsterdam

En peu de temps, Ayoub Louihrani aura su déconstruire ces idées reçues. Désormais, ses employeurs lui confient plusieurs responsabilités. «En leur absence, je les remplace en veillant à la gestion de la propriété et au bon fonctionnement de toute la chaîne», raconte-t-il. «Je m’occupe de tout ce qui se rapporte à la ferme, aux équipements, à la santé du bétail avec des normes techniques, scientifiques et environnementales, ainsi que la qualité de la production et de la terre», décrit-il en concédant que «c’est un rôle qui nécessite beaucoup de vigilance et de rigueur».

Depuis plus de deux ans, cette discipline ponctue le quotidien du jeune exploitant : «Je me réveille chaque jour à 5h du matin pour m’enquérir de la santé des vaches, de la disponibilité de leur nourriture, des vaccins s’ils en ont besoin, puis je les traie et j’assure le stockage du lait dans de bonnes conditions, jusqu’à ce qu’il soit livré à nos acheteurs.»

Depuis ses années de collège, Ayoub s’est passionné pour le monde de l’agriculture. «Je devais choisir la suite de mon cursus. La plupart de mes camarades de classe se sont orientés vers le marketing, ingénierie informatique, économie ou sport», se rappelle-t-il. Ayoub, lui, s’est dit pourquoi ne pas choisir une orientation moins suivie par les jeunes collégiens, mais qui a de l’avenir, peut être tout aussi intéressante en lui permettant de bien vivre à la fois, mais surtout de pouvoir travailler un jour au Maroc.

«A la fin de mes études collégiales spécialisées, j’ai fait donc le tour des fermes jusqu’à trouver celle qui m’a accepté pour un stage, parallèlement j’ai suivi mon cursus en agriculture à l’Université d’Alkmaar», raconte Ayoub. Pour mieux faire connaître cette vie peu connue aux citadins, l’agriculteur a lancé dernièrement une chaîne YouTube, permettant aux internautes de faire immersion dans le quotidien de la ferme où il travaille.

Réinvestir au pays d’origine

Dans la région de Safi, Ayoub Louihrani rêve de réinvestir deux lopins de terre appartenant à son père et sa mère. C’est surtout durant la crise sanitaire liée à la pandémie du nouveau coronavirus que l’idée a de plus en plus occupé ses pensées. Il souhaite ainsi créer sa propre exploitation agricole sur la base de son savoir-faire acquis aux Pays-Bas.

Par ce biais, il ambitionne aussi de fournir d’autres entreprises marocaines en matières premières de qualité, entre lait, élevage de bétail et éventuellement en olives ou argan.

«Mon rêve a toujours été de revenir au pays d’origine. Depuis mon enfance, nous nous rendions trois fois par an dans la région de Safi. A la maison à Amsterdam, mon père ouvrier nous interdisait de parler une autre langue que l’arabe. Donc mon petit frère et moi avons gardé des liens très concrets avec la terre des parents, en plus du fait qu’une importante partie de la famille élargie est restée là-bas.»

Ayoub Louihrani

Ayoub évoque l’un des bons souvenirs, qui lui sont restés d’un stage d’études effectué à Oualidia. «J’ai travaillé dans une ferme pendant quelques mois, dans le cadre de mon cursus spécialisé. J’ai été très touché par la dimension humaine des rapports que j’ai eu avec mes employeurs et mes collègues dans le lieu du travail», se rappelle-t-il.

C’est la même atmosphère de chaleur humaine que l’agriculteur espère recréer, lorsqu’il aura la possibilité de concrétiser son projet au Maroc. «Je me suis fait des amis ici, mais cette chaleur me manque parfois dans l’espace professionnel, surtout quand les journées de travail sont longues. Cela se ressent beaucoup lorsqu’on est à l’œuvre en solitaire», explique-t-il. «Je préfère quand il y a du monde, quand les gens travaillent en groupe, se parlent, rigolent parfois ; on sent moins le temps passer», remarque-t-il en esquissant un sourire.

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