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Santé Publié

La nutrition équilibrée des enfants et des jeunes mères, un défi accentué par la pandémie

Une étude scientifique avertit que la pandémie du nouveau coronavirus a impacté l’équilibre et la qualité de nutrition, particulièrement chez les enfants et les femmes enceintes. Ce défi est encore plus grand dans les pays à faible revenu et à revenu moyen, comme le Maroc.

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Photo d'illustration / DR.

La crise sanitaire et la pandémie du nouveau coronavirus n’ont pas que des effets économiques et sociaux. Ils pèsent aussi sur l’équilibre nutritionnel des enfants et sur la santé maternelle. Selon un article scientifique paru sur The Lancet, cette situation s’explique notamment par la réorganisation de la production et de l’accès aux denrées alimentaires, dans certains pays.

Dans ceux à faible ou à revenu moyen, les effets nutritionnels se voient davantage, indique cette publication intitulée «Child malnutrition and COVID-19: the time to act is now». Les chercheurs y expliquent que les contraintes financières des ménages ont poussé des familles à opter pour des provisions à leur portée. Souvent, il s’agit de pâtes ou des farines à bas prix, plus que des légumes frais et des viandes en bon état.

Les auteurs alertent qu’en l’absence d’une action rapide, «la prévalence mondiale de l’émaciation infantile pourrait augmenter de 14,3%». Alors que près de 47 millions d’enfants de moins de 5 ans ont été touchés dans le monde, avant la crise sanitaire, 6,7 millions s’y seraient ajoutés, au cours des premiers mois de la pandémie, notamment en Afrique et en Asie du Sud.

Ce constat est aligné sur celui de l’UNICEF, qui avertit sur une réduction de 30% des services d’accompagnement nutritionnel dans les pays concernés, voire des baisses de 75 à 100% en cas de confinement total. Dans le même registre, les chercheurs redoutent des retards de croissance, des carences en micronutriments et une augmentation de surpoids chez les enfants.

Au Maroc, les enfants s’exposent à l’obésité

«L’incapacité de la communauté mondiale à agir maintenant aura des conséquences dévastatrices à long terme pour les enfants, le capital humain et les économies nationales», écrivent-ils. Les experts lancent un appel pour «une réponse rapide», de la part des gouvernements, de donateurs, du secteur privé et des Nations unies, afin de «protéger le droit des enfants à la nutrition face à la pandémie de la covid-19».

Si les activités agricoles, agroindustrielles et de distribution des denrées alimentaires ont été maintenues au Maroc, malgré l’état d’urgence sanitaire, ce sont surtout des problèmes de surpoids, voire d’obésité, que les enfants ont connus. «Beaucoup de ceux m’ayant consultée jusqu’à maintenant ont abordé ce problème», confirme à Yabiladi la pédiatre Badia Benhammou.

Selon elle, «le confinement a agi sur le psychique des enfants plus que sur leur santé physique, certains ayant commencé à avoir peur de sortir». Mais par ailleurs, «de nouvelles habitudes alimentaires, qui ne sont pas forcément saines, se sont installées». Dr. Benhammou décrit du grignotage quotidien, une consommation fréquente de produits transformés, de sucreries, de biscuits, de chocolat, de chips, de consommables riches en gras mais pauvres en nutriments, «ce qui a conduit à des cas de surpoids et d’obésité».

«Malgré les licenciements, certains parents ont veillé à ce que les enfants continuent de se nourrir en fruits et en légumes comme en temps normal. Toujours est-il que d’autres ménages ayant souffert de problèmes économiques plus accentués ont dû faire avec les produits qui sont plus souvent à portée de main», constate encore la pédiatre.

Des conséquences de santé sur les jeunes mamans

Dans ce sens, elle rappelle que les enfants doivent continuer à accéder à une alimentation équilibrée en légumes, en fruits variés, en féculents et surtout en lait. Elle insiste que «c’est d’autant plus important pour les enfants qui ne sortent plus, afin de couvrir leurs apports quotidiens en calcium et en vitamine D».

«Il y a un grand débat sur la consommation de lait, mais il ne faut pas oublier qu’un enfant en croissance a besoin de l’équivalent de 500 ml de lait et de produits laitiers par jour.»

Badia Benhammou, pédiatre

Plus qu’une question de moyens financiers, Dr. Benhammou estime que «les parents doivent avoir une certaine autorité sur les exigences d’alimentation de leurs enfants, en leur en expliquant l’importance sur leur santé».

Pour sa part, l’accompagnement en termes de santé maternelle «n’a pas connu de changements durant le confinement sanitaire», selon le gynécologue-obstétricien Abdelouahb Zizi. Toujours est-il que ce médecin estime que les capacités financières des ménages ont contraint certaines femmes enceintes à se passer de médicaments.

«Souvent fréquent, le manque de fer peut être résolu par la consommation d’aliments à portée des ménages, ce qui l’est moins concernant des médicaments, d’autres vitamines et des compléments alimentaires», souligne Dr. Zizi. Selon lui, il y a eu ainsi «des répercussions indirectes» de la pandémie et de trois mois de confinement sanitaire, «concernant la capacité économique des femmes à s’approvisionner» auprès des pharmacies.

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