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Société Publié

Maroc : Quelles leçons de l’après-Covid-19 pour le ciblage des personnes les plus vulnérables

Pour Larabi Jaïdi, le ciblage dans les programmes de lutte contre la pauvreté, reste un point de focalisation de leur impact social, bien qu’il dépende de plusieurs paramètres. L’expert en politiques économiques insiste aussi sur «l’importance d’un registre unique de bénéficiaires» à l’image du RSU que le Maroc mettra en place dès l’année prochaine.

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Des Marocains devant une agence pour le retrait de l'aide accordée par l'Etat depuis le Fonds spécial pour la gestion de la pandémie du nouveau coronavirus. / DR

Dans son discours de la Fête du Trône, célébrée ce jeudi au Maroc, le roi Mohammed VI a appelé à la mise en place d’un «processus de généralisation de la couverture sociale au profit de tous les Marocains». Un projet de grandes envergure qui «requiert une réforme rigoureuse des systèmes et programmes sociaux déjà en place, notamment à travers l’opérationnalisation du Registre social unifié (RSU)».

En effet, le Maroc a lancé la mise en place d'un dispositif de ciblage unique, dont l’objectif est d’améliorer l’efficacité des programmes de protection sociale et de rationaliser l’utilisation des ressources et des moyens mobilisés. S’étalant sur une durée de cinq ans (2017-2021) et devant être mis en œuvre dès l’année prochaine, ce Registre national de la population (RNP) se présente comme une base de données des individus, Marocains et étrangers en situation régulière au Maroc auxquels un identifiant numérique, civil, et social unique sera délivré.

C’est sur la base de ce RNP qu’un RSU sera mis en place afin qui cible les ménages enregistrés, et qui souhaitent bénéficier d’un ou de plusieurs programmes sociaux ou d’une subvention quelconque de l’Etat.

Une question primordiale à l’heure de la pandémie du coronavirus

Toutefois, le ciblage d’une population reste une question épineuse tout comme la lutte contre la pauvreté, dans un contexte particulier marqué par la lutte contre le coronavirus. C’est d’ailleurs le cœur même d’un article de l’ancien professeur de l’Université Mohamed V de Rabat- Agdal, expert en politiques économiques et Senior Fellow au Policy Center For The New South (PCNS), Larabi Jaïdi. Intitulé «Le ciblage des pauvres et des vulnérables au Maroc : Quelles leçons pour l’après Covid-19», l’article paru mardi revient sur les politiques de ciblage entreprises par le passé au Maroc, tout en exposant les défis du Registre social unifié.

L’expert estime, en effet, que «le ciblage est un point de focalisation de l’impact social des programmes de lutte contre la pauvreté et des aides monétaires de l’Etat aux catégories sociales pauvres et vulnérables». Il rappelle ainsi que cette pratique «n’est pas récente dans la trajectoire des politiques publiques» et «donne lieu à des controverses sur les méthodes appropriées pour atteindre les populations cibles ou les territoires prioritaires des politiques et programmes sociaux».

Il revient ainsi sur les difficultés du ciblage, «devenues le mode d’explication des dysfonctionnements des filets sociaux de sécurité», à l’instar du RAMED, de la Caisse de Compensation, du programme Tayssir ou même des programmes de l’Initiative nationale du Développement humain (INDH).

Et de rappeler que cette question du ciblage des populations éligibles à des programmes d’aides de l’Etat s’est de nouveau posée quand le Comité de Veille économique (CVE) devait décider de l’affectation des transferts monétaires à une population vulnérable touchée par les effets de la pandémie Covid-19.

Des arbitrages et plusieurs dispositifs pour éradiquer la pauvreté

Larabi Jaïdi reconnait qu’«en l’absence d’un registre unique de bénéficiaires, il est impossible de savoir quelles familles reçoivent quels services, de concentrer les services vers les familles les plus nécessiteuses et de profiter des synergies qui pourraient être créées entre les programmes». Et d’ajouter que «chaque programme ne suivant que son produit, il est impossible de juger de l’intensité des services fournis à une personne/famille donnée».

«La mise en place de ce registre unique exige la standardisation de l’identification et la transmission de l’information entre les niveaux locaux et centraux des programmes et entre les ministères concernés. Elle exige, aussi, l’informatisation d’un grand nombre de procédures (détermination de l’éligibilité, paiement, renouvellement, etc).»

Larabi Jaïdi

L'expert liste une série de mesures destinées à «améliorer l’efficacité des politiques ciblées». Il propose de «minimaliser les erreurs d’inclusion et d’exclusion», bien qu’il soit «difficile de diminuer les unes sans augmenter les autres». «Un arbitrage entre les deux types d’erreurs est, donc, souvent nécessaire», ajoute l’expert. Et d’estimer que l’imperfection de l’information reste aussi «un réel obstacle à l’identification des cibles et programmes».

De ce fait, «l’identifiant unique attribué à chaque individu par le RNP est l’outil de base qui permet d’éviter les chevauchements des programmes de protection sociale et d’améliorer la qualité du ciblage», analyse-t-il. «Cet identifiant est un préalable pour bâtir des systèmes interopérables, ce qui permet l’intégration et l’harmonisation des systèmes existants.»  

Larabi Jaïdi affirme enfin que «la lutte contre la pauvreté et la vulnérabilité et la réduction des inégalités imposent des choix» mais son éradication «impose, dès lors, non seulement des arbitrages mais mobilisent des dispositifs différents qui ne se limitent pas aux techniques de ciblage».

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