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Economie Publié

Les perspectives économiques en Afrique du Nord et au Maroc vues par la BAD  

Alors que les pays de la région multiplient les programmes visant à relancer leurs économies, fortement impactées par le coronavirus, la Banque africaine de développement (BAD) s’est intéressée aux perspectives économiques de l’Afrique du Nord et du Maroc. Elle évoque plusieurs secteurs qui doivent attirer l’attention des décideurs des six pays de la région.

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Photo d'illustration. / DR

La Banque africaine de développement (BAD) a publié mardi son rapport sur les perspectives économiques dans la région d’Afrique du Nord, avec un zoom sur les économies des cinq pays de l’Union du Maghreb arabe, en plus de l’Egypte.

Intitulé «Perspectives économiques en Afrique du Nord 2020 - Faire face à la pandémie du Covid-19», le rapport rappelle que les projections antérieures à la propagation de la pandémie à coronavirus à l’échelle mondiale tablent sur une croissance économique en Afrique du Nord qui devait se redresser pour atteindre un rythme de 4,4 % et de 4,5 % en 2020 et en 2021 respectivement. Toutefois, l’incertitude qui caractérise l’environnement mondial, la pandémie de Covid-19 et le tassement prévu des économies avancées auront une incidence négative sur la croissance prévisionnelle de cette région.

«En Afrique, la région de l’Afrique du Nord a enregistré le plus grand nombre de cas de Covid-19 confirmés au mois de mai 2020. Les projections les plus récentes pour 2020 font état d’une perte de 5,2 points de pourcentage de croissance dans la région», souligne-t-on.

Ainsi, «cela pousserait le taux de croissance de 4,4% à un creux de -0,8% si la pandémie devait durer jusqu’en juin 2020 (scénario de référence), et d’une perte de 6,7 points, qui ferait reculer le taux de croissance à -2,3% si la pandémie devait durer jusqu’en décembre 2020 (scénario pessimiste)», poursuit le rapport.

Le tourisme, le commerce et le chômage des jeunes en Afrique du Nord

Ses auteurs se sont intéressés à plusieurs secteurs économiques des six pays de la région. Ainsi, ils reconnaissent que «le secteur des services est touché de plein fouet par le foyer de la Covid-19 à travers les interdictions de voyager, les mesures de confinement, les perturbations dans les transports, la distribution, les hôtels et les restaurants, les centres de divertissement, etc». «La pandémie du coronavirus entraînera un recul des arrivées de touristes d’Asie de l’Est et d’Europe, ce qui touchera le plus l’Égypte, le Maroc et la Tunisie. Elle aura un impact énorme au plan de l’emploi sur les hôtels, les restaurants, les compagnies aériennes et les activités locales», poursuit-on.

Rappelant que les perturbations dans les chaînes logistiques mondiales provoquées par la covid-19 devraient continuer de se faire sentir jusqu’en juillet 2020, la BAD fait ainsi état d’un impact sur certains secteurs en Afrique du Nord. Ainsi, «dans le scénario pessimiste, la demande économique mondiale devrait reculer de 7,9% (7,8% dans la zone euro), ce qui laisse entrevoir un affaiblissement du commerce mondial et des investissements et un ralentissement marqué du secteur manufacturier en Afrique du Nord, lequel répond surtout à la demande européenne de produits manufacturés», explique-t-elle.

Et de rappeler que BAD le secteur manufacturier en Afrique du Nord a enregistré au premier trimestre de 2019 un taux de croissance d’une année à l’autre de 1,8%, contre 2,5 % au quatrième trimestre de 2018. Elle cite à cet égard la production manufacturière marocaine, qui a augmenté au premier trimestre de 2019 à un taux de 3,1% d’une année à l’autre.  

Et d’estimer que le chômage des jeunes est un des principaux défis auxquels les six pays de la région font face. «En Mauritanie et au Maroc, le taux de chômage des jeunes est de 15,2% et de 19,4% respectivement, mais il est supérieur à 25% dans tous les autres pays et atteint même 34,7% en Tunisie», souligne-t-on à cet égard

L’endettement des entreprises publiques et la hausse des inégalités

Le rapport fait un focus sur le déficit budgétaire et commercial du Maroc. Ainsi, le déficit budgétaire du royaume pour 2019 était de 3,6% du PIB (en baisse de 0,2 point de pourcentage par rapport à 2018) alors que le ratio des dépenses budgétaires au PIB a baissé de 1% depuis 2019.

La dette publique marocaine a augmenté, pour sa part, de 47% du PIB en 2009 à 64,9% du PIB en 2019. Un programme ambitieux d’investissement dans les infrastructures et des plans multisectoriels expliquent cette hausse tandis que les autorités visent à réduire graduellement la dette publique à 60% du PIB à l’horizon 2024 à travers le renforcement de la croissance et l’assainissement des finances publiques.

La BAD estime ainsi que le risque de refinancement est limité dans le contexte marocain, dans la mesure où 89% de la dette est assortie d’une échéance moyenne de 6 ans et 5 mois, et l’échéance de la dette extérieure est encore plus longue, soit 7 ans et 10 mois. De plus, 55% de la dette extérieure est due à des créanciers multilatéraux.

Le document met toutefois en exergue «l’endettement croissant des entreprises étatiques marocaines». «La dette des entreprises étatiques a touché un plafond au Maroc. Elle présente maintenant un risque budgétaire», met-on en garde.

Le rapport souligne aussi les inégalités «élevées» dans le royaume. «Certes, le Maroc a connu un recul net de la pauvreté, mais le pays a enregistré un accroissement des inégalités sociales, et des millions de Marocains considérés comme étant économiquement vulnérables risquent de basculer dans la pauvreté», conclut la BAD.

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