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Menacée de mort, une étudiante marocaine fuit le Qatar et se retrouve bloquée en Turquie

Une histoire digne d’un scénario de thriller. Une diplômée marocaine au Qatar a été menacée de mort. Après une fuite rocambolesque en Turquie, Yousra sera suivie et agressée. Bloquée là-bas, elle espère obtenir un laisser-passer du consulat pour rejoindre le Maroc.

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Aéroport d'Istanbul / DR.
Temps de lecture: 4'

A la fin de son master en journalisme à l’Institut Doha pour les études supérieures, jamais la journaliste Yousra n’aurait imaginé que sa vie allait basculer du jour au lendemain. Son départ pour le Maroc ayant été repoussé, en raison de la pandémie du nouveau coronavirus, elle est depuis au cœur d’une campagne de haine, qui a viré aux menaces de mort réelles.

En cause, un statut Facebook où la jeune diplômée dénonce des discriminations entre locaux et étrangers, dans le cadre de la gestion de la crise sanitaire au Qatar. Même loin de Doha, elle n’est toujours pas en sécurité à Istanbul, où elle a été réellement menacée à deux reprises, en l’espace de deux jours.

Menacée au Qatar à cause d’un statut sur Facebook

Les péripéties de Yousra ont commencé au Qatar. Peu après la remise des diplômes, cette journaliste publie un statut où elle décrit les discriminations entre habitants locaux et étrangers, en termes d’accès aux services de santé. Elle reçoit alors des menaces en rafales sur les réseaux sociaux, ce qui la pousse à désactiver tous ses comptes. Sa frayeur a décuplé lorsque ces menaces ont dépassé l’espace d’Internet.

«Ce qui a été au départ une réflexion parmi d’autres sur la toile est rapidement devenue une affaire de sécurité d’Etat, puis une affaire profondément tribale dont ce sont saisis des locaux avec beaucoup de violence», déclare-t-elle à Yabiladi. «Sur Facebook, j’ai reçu en peu de temps plus de 600 messages privés où je suis insultée et directement menacée de mort», se rappelle-t-elle.

Ces menaces se seraient ensuite diffusées de manière très ordinaire, via les applications de messagerie instantanée, avec des captures du statut accompagné de sa photo, en «réclamant [sa] tête». Même l’institut où elle a étudié a commencé à en recevoir par mail.

«On envoyait des messages, des vidéos avec des armes à feu et une voix promettant de laver l’honneur des qataris, en décrivant comment et dans quoi ont allait utiliser chaque arme présentée.»

Yousra

La veille d’une conversation téléphonique qu’elle a reçu d’un individu se présentant comme un responsable de l’unité des cybercrimes au sein de la police, suivi d’une étrange convocation, Yousra craint des poursuites judiciaires. Une inquiétude qui se confirmera après l’appel de l’ambassadeur du Maroc à Doha lui signifiant que son vol sera finalement reporté au jour suivant. «Craignant une interdiction de sortie du territoire, je suis partie par mes propres moyens pour Istanbul», nous raconte la ressortissante.

Retrouvée à Istanbul

Arrivée en Turquie, elle ne sera pas au bout de sa peine. Il y a trois jours, à Istanbul, un homme qui s’est adressé à elle en arabe, l’a menacée en lui montrant un pistolet sous sa veste. Deux jours plus tôt, c’est à l’arme blanche cette fois qu'un jeune homme l’a menacée, l’obligeant à monter sur sa moto, avant de la conduire dans un espace isolé au milieu des arbres touffus. Disant avoir fait l’objet d’«un kidnapping» avec «menace à l’arme blanche» et d’une «tentative de viol», elle a porté plainte pour «agression sexuelle et blessure délibérée», selon la déposition, consultée par Yabiladi.

Yousra dit également s’être fait voler son téléphone et ses documents d’identité par l’inconnu, qui est parti avec son passeport et l’argent en liquide qu’elle avait sur elle. «Pour m’être débattue, j’ai pu garder des traces de son ADN sur mes ongles, ce qui va servir aux enquêteurs pour l’identifier», indique-t-elle, en attendant les résultats des tests.

«Deux jours plus tard, c’est une deuxième personne qui m’a suivie pendant des heures», confie-t-elle.

«Un homme était derrière moi sans arrêt. Je l’ai aperçu lorsque j’étais au café, puis à ma sortie d’une pharmacie, donc j’ai pris un taxi, mais j’ai été surprise de le voir en prendre un aussi.»

Yousra

Arrivée dans une place animée, elle se souvient avoir retrouvé encore le même individu, à proximité. «Il m’a montré son arme à feu sous sa veste et m’a sommée en arabe de ne pas bouger», se rappelle la Marocaine. Elle prendra la poudre d’escampette mais n’ira jamais déposer plainte cette fois.

Depuis, Yousra dit ne plus sortir de son lieu de résidence temporaire. «Horrifiée de voir ma vie autant en danger, j’ai fait une réservation de billet pour quitter le pays, le 11 juillet. Mais vu que j’ai perdu mon passeport, j’ai besoin d’un laisser-passer de la part des services consulaires marocains en Turquie», confie-t-elle à notre rédaction.

Pas de retour, malgré le danger de mort

Les tentatives de Yousra pour obtenir un laisser-passer sont restées vaines, à son grand désespoir. «L’ambassade m’a annoncé ce jeudi qu’elle ne pouvait rien faire pour moi, car l’octroi de ce papier nécessite, selon son récit, un aval des ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères à Rabat», regrette-t-elle.

«Je suis en danger de mort certaine, la police n’a pas encore arrêté le premier suspect, en attendant les résultats du test ADN et je suis menacée par un autre inconnu qui sait que je parle arabe. Je ne sais pas pourquoi je ne peux pas avoir droit à ce document, qui m’a déjà été octroyé par le passé, par d’autres consulats du Maroc.»

Yousra

Contacté par Yabiladi à plusieurs reprises, le consulat du Maroc à Istanbul n’a pas donné suite à nos appels téléphoniques.

Désormais hors du Qatar mais pas hors de danger, Yousra a par ailleur été contrainte de quitter l’émirat sans recevoir tous les documents nécessaires pour obtenir son équivalence, pour justifier de ses deux ans de master en dehors du pays. «L’institut m’a promis de me la livrer, l’ambassade du Maroc m’a rassurée, mais je n’ai plus aucune nouvelle», s’inquiète-t-elle. Contactés par Yabiladi depuis le début des péripéties, en juin dernier, l’ambassadeur et le directeur de l’Institut Doha n’auront jamais répondu à nos sollicitations. Selon Yousra, ils lui auraient signifié de ne pas se tourner vers la presse, «dans son intérêt».

«Ne me contactez plus à ce sujet, ce n’est pas moi qui suis habilité à donner des déclarations à la presse sur le sujet», a fini par nous annoncer un Marocain membre du conseil administratif de l’établissement.

Article modifié le 2020/07/11 à 01h45

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