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Politique Publié

Fraudez la CNSS, mais surtout pas de photo devant le Moulin rouge [Billet]

Dans le Maroc de 2020, les élus fraudeurs de la Caisse nationale de sécurité sociale sont devenus le plus bel exemple de l’insécurité sociale des Marocains.

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Au Maroc, sous le bandeau de Themis, l’oeil borgne de la Justice / DR

«Au nom de mes frères, de ma justice et du PJD, je vous pardonne vos péchés», aurait pu déclarer Slimane El Amrani, s’il était curé plutôt que secrétaire général adjoint du parti de la Lampe. On ne sait pas si cette absolution fait suite aux confessions des deux avocats pénitents devant la Commission d’intégrité du PJD. Il est probable que ni Mustapha Ramid, ministre chargé des droits de l’Homme, ni Mohamed Amekraz, ministre de l’Emploi, n’aient ressenti le besoin -encore moins l’obligation- de faire pénitence. Ainsi, le PJD aura réussi la plus importante réforme religieuse du XXIè siècle : «Faute même pas avouée est totalement pardonnée !»

Mieux encore. Slimane El Amrani a salué la charité des avocats mi-prêcheurs, mi-pêcheurs. Ramid n’a-t-il pas pris en charge les frais hospitaliers de sa défunte secrétaire ? Amekraz n’a-t-il pas régularisé les sommes fraudées à la CNSS, dont il préside le Conseil d’administration ? La notion de reddition des comptes et de justice de nos élus est tellement novatrice qu’elle devrait être appliquée à tous les Marocains. Vous fraudez le fisc ? Acquittez-vous de zakat el mal (aumône légale en islam). Vous tuez une personne ? Prenez en charge les frais d’inhumation. Vous violez une fille mineure ? Epousez la victime.

Celles et ceux qui prétendaient que l’obscurantisme allait advenir avec un gouvernement PJD ne s’attendaient pas à autant de souplesse dans la sanction des hors la loi et autant de miséricorde pour les pêcheurs. Au lieu de couper la main aux voleurs, les frères de l’ex-ministre de la Justice opteraient désormais pour une manucure et l’application d’une crème hydratante pour mains abîmées. Et en cas de fornication, au lieu de la traditionnelle flagellation, on vous infligera 10 séances de massage chez un(e) kinésithérapeute.

L’ex-ministre de l’Emploi vient de mettre un pouce bleu à la dernière proposition ci-dessus / DRL’ex-ministre de l’Emploi vient de mettre un pouce bleu à la dernière proposition ci-dessus / DR

Sous le bandeau de Themis, l'œil borgne de la Justice

Fin du monde imaginaire. La miséricorde du PJD ne vaut que pour une minorité. Condition pour en bénéficier : être un frère, au sens propre, comme au figuré. Il faut évidemment appartenir à la fraternité pjdiste, la sororité pjdiste étant soumise a la double peine : justice de droit commun et justice morale. Ainsi, le même Slimane El Amrani, avait annoncé la décision du secrétariat général de la Lampe de sanctionner la députée Amina Maelainin en lui retirant la fonction de 7e vice-présidente à la chambre des Représentants.

Amina n’avait pas fraudé le fisc ou la CNSS au dépend de l’Etat et de ses salariés. Elle s’était rendue coupable d’avoir laissé fuiter une photo d’elle cheveux au vent devant le Moulin Rouge. Peut-être aurait-elle bénéficié de plus de compréhension de la part de l’intraitable frère-inquisiteur Mustapha Ramid, si elle avait gardé son voile et s’était baladée bras dessus, bras dessous avec son kinésithérapeute à l’instar de Mohamed Yatim, ex-ministre de l’Emploi.

Amina Maelainin, sanctionnée par le PJD, n’avait pas fraudé la CNSS / DRAmina Maelainin, sanctionnée par le PJD, n’avait pas fraudé la CNSS / DR

Mais le deux poids, deux mesures ne concernent pas que les mâles du PJD. L’écart entre l’exigence de sévérité de la justice pour le citoyen lambda et l’impunité des élus et des puissants devient abyssale. On attend toujours les poursuites et sanctions éventuelles de l’ex-ministre rniste de la Jeunesse et des sports, Rachid Talbi Alami, épinglé par le rapport de l’Inspection générale des finances, pour des marchés insolemment surfacturés. Le silence de nombreux parlementaires, avocats et autres professions libérales quand au scandale de ministres fraudeurs d’Etat, laisse évidemment perplexe.

On ne sait pas combien d’élues se sont prises en photo devant le Moulin Rouge, les Folies bergère ou le Lido de Paris. Il est néanmoins certain que les fraudeurs au fisc et à la CNSS sont beaucoup plus nombreux. Mais tant qu’ils ne se prennent pas en photo cheveux au vent devant «un symbole de la perversion des mœurs», l’honneur reste sauf. La justice attendra pour sanctionner les élus fraudeurs à la Sécurité sociale, les Marocains quant à eux demeureront dans l’insécurité sociale.

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