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Environnement Publié

La palmeraie de Figuig balafrée par le goudron d’une route touristique

Les Figuigiens ont eu la mauvaise suprise de découvrir le désastre sur leur palmeraie. Pourtant le projet de route s'est dessiné dès 2017. Plusieurs écologistes et riverains lancent l’alerte.

Temps de lecture: 4'
La palmeraie de Figuig / DR.

Coup de bambou sur la tête pour les habitants de Figuig avec la fin du confinement. Il y a quelques jours, ils ont découvert la mise en place d’une pancarte, qui leur annonce un projet routier parcourant désormais toute la palmeraie de la ville. Présenté comme une initiative de «désenclavement» des parcelles oasiennes, le lancement de l’ouvrage laisse les riverains divisés. «Certains propriétaires concernés ont accepté la proposition, mais celui dont la propriété est traversée par l’axe principal de cette route s’y oppose ; des discussions sont en cours», rapporte à Yabiladi une source au sein de la municipalité.

Selon ce responsable, il s’agit d’un projet de la région de l’Oriental, dans le cadre d’un programme de pistes rurales, qui prend fin en 2021. A Figuig, il devrait «permettre aux locaux et aux touristes de traverser l’oasis facilement». Plus pour les seconds que les premiers, ce tronçon porte d’ailleurs le nom de «route touristique». Au bout du chemin, «un hôtel au niveau du Jorf serait susceptible de voir le jour, ce qui constitue une réelle menace environnementale, dans cette zone non habitée», alerte pour sa part une source associative, contactée par Yabiladi.

Cependant, la municipalité se veut rassurante. «Nous comprenons le désarroi des opposants aux travaux, mais ce sera toujours mieux qu’une route étroite, en piste et cabossée, comme elle l’est actuellement», défend un responsable local auprès de notre rédaction, évoquant «un malentendu et une mauvaise compréhension de la situation».

«Les pouvoirs locaux ont proposé aux propriétaires de soustraire trois mètres chacun de son terrain pour les besoins du projet, qui va relier les oasis à tout Figuig. Certaines personnes protestent, mais elles seront remboursées dans le respect des lois en vigueur.»

Municipalité de Figuig

Polémique sur l’impact environnemental des travaux

Architecte travaillant à Figuig sur la conservation et la restauration du patrimoine, Abdellah Addarkaoui affirme à Yabiladi avoir «rencontré la population et la municipalité pour voir si le projet respectait justement l’environnement oasien ou s’il le menaçait, ce qui n’est pas considérablement le cas au regard du besoin de désenclaver certaines zones avec une infrastructure pérenne». Selon lui, «la plupart des habitants locaux comprennent l’importance du projet, quitte à replanter ailleurs les palmiers enlevés».

Des palmiers ont été arrachés pour dégager le tronçon élargi de la route / DR.Des palmiers ont été arrachés pour dégager le tronçon élargi de la route / Ph. AELF

A en croire l’architecte ayant mené des projets de réfection et de restauration de plusieurs ksour avec la municipalité, «l’opposition vient en majeure partie de la part de citoyens qui sont loin de Figuig». «Certains s’inquiètent légitimement sur le fait qu’une route goudronnée au milieu de l’oasis dégrade la nature. D’autres veulent une étude d’impact, mais quand on cherche qui est derrière cette revendication, il s’avère que ce sont des parties qui veulent avoir un bon de commande pour faire l’étude d’impact», note le spécialiste, évoquant ainsi «des intérêts privés». «Il y a aussi des positions politiques, ou encore une opposition ethnique entre ksours», note-t-il encore.

L’architecte prend partie dans le débat sur la conservation du patrimoine environnemental de la palmeraie, se demandant s’il ne faudrait pas «le pérenniser mais en l’adaptant aux préoccupations et aux besoins des citoyens sur place, quitte à en sacrifier un petit pourcentage pour améliorer le cadre de vie et conserver ce qui reste».

Sauf que l’associatif Mounir Jamaï estime que «si l’on sacrifie 10% ou moins de la palmeraie, c’est toute cette dernière qui va disparaître». Secrétaire général de l’Association espoit Laâbidat en France (AELF), cet originaire du ksar éponyme avertit que «la route traverse entièrement la palmeraie et nous savons tous que les travaux au bitume sont considérablement polluants ; ils porteront atteinte même aux conduits d’eau dans les sakia au milieu des oasis».

Abdellah Addarkaoui le reconnaît par ailleurs. «La seule chose sur laquelle j’ai eu des réserves est justement le bitume. Mais j'ai appris auprès du conseil de la région, que c’est à la demande de la commune que la piste a été renforcée par le bitume, au lieu d’être simplement élargie et compactée», confie-t-il. Il note cependant qu’«on parle de terrains collectifs, qui n’ont donc pas de titres de propriété», insistant que «la commune a procédé à ce tracé en partenariat avec les représentants des terres collectives, à travers une dizaine de visites de terrain».

Un collectif associatif se mobilise pour arrêter les travaux

Mounir Jamaï s'inscrit en faux. Il précise que «ce ne sont pas des terres collectives, mais des terrains consignés, dont les héritiers et les propriétaires sont bien identifiables, documents écrits à l’appui». Selon lui, «la population n’a pas été consultée».

«En tant qu'association, nous-mêmes n’avons pas été informés de ce projet, sans oublier qu’aucune étude d’impact environnemental n’a été faite.»

Mounir Jamaï - AELF

Ph. ALEFPh. AELF

S’inquiétant de plus en plus de «dégâts irréversibles sur la palmeraie», le militant appelle à «une suspension des travaux en cours, une requalification du projet, dont la route ne doit être accessible qu’à vélo et à pieds, ainsi que le lancement d’une consultation publique». Son souci est ainsi de «garantir la protection de l’écosystème fragile de cet environnement oasien, en plus de la non-interruption du processus de pollinisation des dattiers et des autres arbres fruitiers, dont une partie est déjà arrachée».

«Un dossier en cours est déposé auprès de l’UNESCO pour classer Figuig patrimoine mondial, avec la synagogue et la palmeraie comme deux piliers de ce classement», rappelle par ailleurs Mounir Jamaï. L’associatif alerte que «le projet de cette route risque de compromettre la classification». Montant au créneau, le militant affirmr avoir transmis une correspondance au maire, signée par huit associations et qui reprend ces revendications «d’intérêt général et environnemental».

«AELF et les associations signataires, dans le cas où l’arrêt total des travaux n’est pas constaté dans les plus brefs délais, se réservent le droit de recourir à tous les moyens légaux à disposition et d’intenter une action en justice pour préserver le droit des propriétaires et pour protéger le patrimoine environnemental de la zone», promet l'ONG.

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