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Média Publié

AJ+ pointe l’islamophobie mais n’aime pas les journalistes portant un voile

Une candidate à AJ+ en français exclue à cause du voile, des administrateurs qui constatent «trop d’arabes», des licenciements sur la base de la valeur des passeports… Les discriminations au sein de ce média rattaché à Al Jazeera contrasteraient avec l’image qu’il vend de lui-même : un support résolument tourné vers la déconstruction des idées reçues et des clichés occidentaux.

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Zaineb avec ses camarades en visite dans les colaux de AJ+ à Doha / Ph. @zainebely - Twitter

Journaliste belge d’origine marocaine et vivant au Qatar, Zaineb a révélé, jeudi, s’être heurtée à un traitement discriminatoire en candidatant à un poste au sein de AJ+ en français. Sur son compte Twitter, la jeune ressortissante a raconté son expérience, en commentant le traitement du débat sur le voile en milieu universitaire belge, tel que relayé par ledit média.

«Je n’en peux plus de voir ce type de sujet traité par ce média, sachant que j’ai postulé à toutes leurs offres et qu’on m’a donné comme réponse ‘y’a trop d’Arabes, et en plus avec ton voile…’», a-t-elle affirmé. Pour avoir grandi avec une chaîne très suivie par ses parents, Zaineb raconte avoir rêvé de travailler pour Al Jazeera depuis toute petite.

«Je suis belge d’origine marocaine, donc forcément je me suis beaucoup identifiée à ce que représentait Al Jazeera. J’ai étudié le journalisme et l’arabe en particulier pour cette raison. Et je suis allée au Qatar pour perfectionner mon arabe justement dans cet objectif précis d’intégrer ce média prestigieux», ajoute encore la journaliste, faisant part de sa grande joie et de ses espoirs, après le lancement d’AJ+ en français.

Exclue à cause de son voile

En effet, Zaineb s’estime «l’employée idéale», étant déjà installée au Qatar à ce moment-là. «J’aurais même accepté de faire un stage non rémunéré si seulement ils m’avaient laissé ma chance», a-t-elle affirmé. Elle indique également ne pas être à sa première expérience professionnelle, ayant fait une une école de journalisme et de communication en Belgique, avant de travailler pour le Huffington Post, Le Gsara, Arabel et Hit Radio, entre autres. «Je parle français, anglais, néerlandais, arabe (le fosha et tous les dialectes arabes) et aussi un peu de berbère», ajoute-t-elle.

Malgré ses compétences, la journaliste affirme avoir envoyé son CV à sept reprises, mais sans jamais avoir de réponses. C’est lors d’une visite estudiantine aux locaux d’AJ+ en français qu’elle recevra un retour cinglant. «Je demande à l’un des membres de la direction pourquoi ils ne veulent pas me laisser ma chance alors que j’ai postulé à toutes leurs candidatures. Et là le message était on ne peut plus clair ‘Non mais tu es arabe et il y a trop d’arabes (il y a Merwane, Jalal, Yasmina, Wided, Wijdane...) et en plus ils visent les français, tu vois le voile en France…’», indique-t-elle.

Après avoir songé à porter plainte pour islamophobie, Zaineb dit avoir «trop longtemps gardé le silence». «Aujourd’hui j’en peux plus de cette hypocrisie, surtout venant d’un média qui prétend lutter contre l’islamophobie. Ça fait des années que je me bats au quotidien pour qu’on arrête de me considérer comme ‘une voilée’», déplore-t-elle. Yabiladi a tenté de joindre la journaliste, sans avoir réussi à prendre contact avec elle.

Un discrimination qui en cache d’autres

Cette discrimination ne serait pas des moindres, à en croire des professionnels ayant exercé au sein même de cette institution médiatique. Commentant le témoignage de Zaineb, une ancienne journaliste du média apporte en effet le sien. «Je crois qu’il n’y a rien de pire que de voir un média surfer sur les sujets de lutte contre les injustices tout en en commettant en interne», indique ainsi Widad.

«J’aimais beaucoup ce média, et j’étais admirative du travail de Dima Khatib [à la tête des chaînes AJ+, ndlr], journaliste, féministe arabe, rare femme à un poste de responsabilité, mais quand je vois le résultat aujourd’hui je suis écœurée», déplore la Franco-marocaine.

Celle-ci dénonce notamment un «hypocrisie», à travers laquelle sont traités «toute la journée, des sujets de lutte contre les abus, le sexisme, le racisme, les inégalités, tout ça pour reproduire en interne ce qu’on dénonce».

Widad révèle par ailleurs que les licenciements en cours au sein du groupe, touché par la crise, seraient tout autant entaché de discriminations, à travers lesquelles «sont sacrifiés par la direction les petits contrats et les petits passeports», notamment africains. «Comment ce média inclusif, éveillé, engagé, humaniste (...) sacrifie les plus précaires et les salariés non européens ?», s’interroge la journaliste.

«On a beau mettre toute la bonne volonté du monde sur des sujets et des enquêtes sérieuses, les autres médias ne jouent pas le jeu, ne citent que très rarement AJ+ comme une source sérieuse et fiable», déplore aussi Widad, notant que malgré leurs efforts journalistiques, ses anciens collaborateurs sont taxés de propagandistes à la solde du Qatar.

Interpellé à plusieurs reprises par les internautes sur Twitter au sujet des discriminations dénoncées, AJ+ en français n’a pas encore réagi au récit des deux journalistes.

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