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Société Publié

Maroc : Comment le confinement façonnera les relations sociales post-urgence sanitaire  

Si des experts pensent que les Marocains, ou du moins certains d’entre eux, respecteront les mesures adoptées durant ce confinement, même après sa levée, d’autres pointent du doigt le fait que «les Marocains oublient toujours vite». Ils s’accordent toutefois sur combien les semaines de confinement changeront les comportements dans la durée et les interactions en société.

Temps de lecture: 3'
Photo d'illustration. / DR

Au Maroc, les autorités mettent en place graduellement des mesures pour préparer le déconfinement. La dernière en date est celle du lancement, ce lundi, de l’application Wiqaytna destinée au traçage de la Covid-19. Toutefois, les longues semaines de confinement questionnent l'impact sur les interactions sociales, tout comme sur les comportements à adopter une fois l’était d’urgence sanitaire levée. L’adaptation, par les Marocains, d’un ensemble de mesures destinées à les protéger contre le coronavirus est-elle destinée à perdurer, même au lendemain du déconfinement ?

Pour le professeur et chercheur en sociologie Ali Chaabani, «bien que la période de confinement ait contribué à la consolidation de comportements que le citoyen marocain n'était pas disposé à pratiquer avant la pandémie, il va vite revenir à ses anciennes habitudes. Les Marocains oublient toujours vite», estime-t-il.

«Il est vrai qu'avec le déconfinement, le citoyen marocain s'efforcera de poursuivre la même approche pour se protéger contre le coronavirus, mais cette préoccupation ne durera pas longtemps», explique-t-il, arguant que «la nature prédomine le comportement».

«Nous adhérons à certains comportements, parfois nouveaux, mais nos habitudes sont ancrées dans l’inconscient et forgées par nos traditions et notre passé. Dès que le Marocain sera rassuré quant à l'épidémie et ses risques, il oubliera les pratiques positives qu'il a adoptées pendant le confinement.»

Ali Chaabni

Pour l’universitaire, «la structure générale de notre société (habitations, écoles, marchés...) n'aident pas à poursuivre ce que nous faisons maintenant». «Le Marocain ne sait pas comment gérer la liberté et n'apprend jamais à tirer profit des leçons. Son comportement dans d'autres sociétés contredit son comportement dans sa société, comme si la nôtre a été créée pour violer les lois et ne pas respecter les règles», estime-t-il.

Les relations humaines à la lumière du déconfinement

De son côté, le sociologue marocain Chakib Guessous rappelle que «l’humain est un être social et la relation sociale reste importante pour lui». «La sociabilité au sein de la société marocaine est plus prenante que dans d’autres sociétés et les liens sociaux, que ce soit à l’intérieur de la famille ou dans les lieux du travail, sont importants», insiste-t-il.

Ainsi, il considère que «les gens vont se retrouver avec beaucoup de plaisir mais aussi beaucoup d’appréhension, d’inquiétudes et de peur, car il y aura toujours cette angoisse du virus». «Certains vont s’embrasser et c’est après le coup qu’ils vont regretter de l’avoir fait, car nous avons eu cette coupure», déclare-t-il. L’expert estime que «les gens feront plus attention sur leurs lieux de travail que dans leurs maisons».

«Ils vont garder de bonnes relations avec les collègues mais de loin. Je pense qu'il y aura moins de proximité phsyique qu’avant.»

Chakib Guessous

Quant au respect des mesures barrières, Chakib Guessous souligne «bien que les gens n’ont pas encore assimilé certaines choses, la crainte du virus restera longtemps même quand il sera éradiqué». De ce fait, «les Marocains préfèreront se laver les mains pour éviter d’attraper un microbe ou un virus, les gens apprendront à se dire bonjour de très loin».

A chaque catégorie son comportement post-confinement

Pour sa part, le psycho-sociologue Mohssine Benzakour considère qu’il ne faut pas généraliser. Pour lui, «il y a des classes et niveaux et des approches différentes et le comportement ne sera pas le même».

Ainsi, il évoque une première catégorie de Marocains, «conscients et qui vont s’impliquer». «Ceux-ci savent ce que signifie la distanciation, les règles d’hygiène, son utilité et savent comment faire pour vivre socialement avec le coronavirus. Ils sont conscients de la possibilité d’avoir une deuxième vague et que la science n’a pas encore développé les remèdes ou les vaccins», analyse-t-il. Et d’ajouter que «c’est la catégorie sociale qui va s’ouvrir sur Wiqayatna», l’application lancée ce lundi par le ministère de la Santé pour le traçage de la Covid-19.

Mais il met en garde contre une deuxième catégorie. «Il y a d’abord une partie de la classe moyenne, qui prétend que tout cela n’est que du cinéma, que nous dramatisons les choses et qu’il faut laisser ces dernières entre les mains de Dieu. Ce sont des gens qui sont ignorants et peuvent être la source d’une nouvelle vague», ajoute-t-il.

La deuxième partie est celle des adolescents, «les premiers touchés par le confinement, qui sont pleins d’énergie». «Je ne les responsabilise pas mais je pense que les autorités, notamment ceux de la Jeunesse et des sports, doivent impérativement penser à eux», ajoute-t-il.

Quant aux comportements, Mohssine Benzakour considère que la bataille n'est pas encore gagnée.

«Les Marocains ont appris des habitudes, ce qui est extraordinaire : penser à l’autre, ne pas être dans l’individualisme, avoir cet esprit de citoyenneté que nous avons perdu quelque part il y a quelque décennies. Même si tous ne suivent pas, il y aura un esprit de responsabilité.»

Mohssine Benzakour

Tout en appelant à des mesures concrètes pour les différentes catégories citées, le psycho-sociologue déplore l’absence de «communication sur comment nous comptons préparer le retour à la vie sociale après le déconfinement».

Article modifié le 2020.06.01 à 20h36

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