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Société Publié

Giveaways : Une drôle de loterie pour influenceurs sur réseaux sociaux

Pendant le confinement sanitaire, les pratiques de Giveaways se sont multipliées sur les réseaux sociaux. En temps de crise, cette option semble en effet un moyen pour plusieurs petits commerçants de gagner en visibilité et en nouveaux followers, mais elle s’avère souvent être une arnaque.

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Photo d'illustration / DR.

Suivre une petite marque, un petit commerce ou un influenceur dans ses débuts peut faire gagner une voiture, un téléphone dernier cri, un collier en diamant ou même une enveloppe d’argent en liquide. C’est le rêve que vendent les Giveaways, cette forme de jeu-concours proposée sur les réseaux sociaux, mais aux pratiques souvent douteuses. En temps de confinement lié à pandémie du nouveau coronavirus, cette opération marketing a été plébiscitée par de nombreux influenceurs et marques.

D’un mini-jeu concours avec des cadeaux sous forme de lots symboliques ne nécessitant pas une intervention juridique pour leur octroi, le Giveway est en effet devenu une nouvelle façon de générer du revenu, tout en contournant le fisc. Spécialiste en marketing d’influence, Mohamed Elghazaoui souligne auprès de Yabiladi que le contexte actuel n’a fait qu’amplifier un phénomène aussi vieux que les réseaux sociaux.

Les fausses promesses des Giveaways

Depuis quelques mois, avec la crise sanitaire, cette pratique a connu un nouvel essor, à l’initiative de quelques influenceurs basés à Dubaï. «Au Maroc, l’exemple a été dupliqué et s’est amplifié davantage à mesure que les revenus publicitaires diminuaient», affirme le spécialiste.

Il décrit dans le détails le mode d’emploi de la pratique : «Si je suis par exemple un petit commerçant, je vais vers un plus grand influenceur, que je paie pour avoir un impact sur mes followers. L’influenceur crée alors un compte 'giveaway' en mentionnant ma structure. Il demande aussi à sa communauté de s’abonner à tous les comptes followés par le compte Giveaway pour gagner en retour un iPhone11, des colliers de diamant, des voitures ou même d’importantes sommes en cash.»

Ainsi, les Giveways interpellent sur plusieurs aspects, mais principalement sur la circulation informelle d’importantes sommes d’argent. «On ne connaît par la provenance de ces cadeaux, mais certains influenceurs qui ont eu recours à ces pratiques ont empoché en moyenne 120 000 à 150 000 DH par semaine, en plein confinement», souligne Mohamed Elghazaoui . Par ailleurs, des lots de cadeaux présentés n’ont reflété que «5 à 10% des entrées des influenceurs à travers une opération giveaway».

Or, «lorsqu’il y a un lot conséquent, les dispositions marocaines régulant le jeu-concours insistent sur l’obligation de la présence d’un notaire ou d’un huissier de justice», indique encore le spécialiste. Dans un autre registre, Mohamed El Ghazouani souligne que cela «enfreint aussi les règles d’utilisation de Facebook et d’Instagram, ce qui explique pourquoi les comptes giveaways sont souvent sélectionnés comme des spams, sanctionnés irrévocablement».

D’ailleurs, la fraude au delà de l'aspect fiscal ou des règles des plateformes, touche également les annonceurs, devenant «des victimes qui ont payé pour avoir des retombées en followers sans retour sur investissement».

Un circuit occulte qui mérite régulation

Pour Mohamed Elghazaoui , cette situation «pose un problème de traçabilité de l’argent et nécessite une intervention des autorités financières marocaines».

«Cette arnaque dure depuis maintenant trois mois : plusieurs personnes ont d’ailleurs gagné des lots mais n’ont jamais rien reçu, en plus d’autres qui ont payés pour participer à ces jeu-concours mais ont été bloqués dès réception de l’argent…»

Mohamed El Ghazouani

«En tant que marketeur, je connais ces pratiques depuis l’émergence des réseaux sociaux, mais ce sont de mauvaises pratiques pour les marques, car cela grossit des followers qui n’existent pas en réalité», souligne-t-il, appelant par la même occasion à «réglementer le marketing d’influence» qui reste encore opaque.

«Il y a des agences qui en sont conscientes, mais d’autres en profitent», déplore le spécialiste. «Avant le confinement, l’Office des changes a envoyé des lettres d’injonction à quelques influenceurs pour régulariser leur situation avec le fisc, mais la balle est dans le camps des marqueteurs eux-mêmes», conclut-il.

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