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Environnement Publié

Maroc : Les animaux utilisés dans le secteur du tourisme entre famine et crise sanitaire

En pleine crise de Covid-19, des centaines d’animaux utilisés comme attraction touristique crient famine. Si une partie de leurs propriétaires perçoit des aides financières, le reste se démène pour les maintenir en vie.

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Une calèche à Marrakech. / DR

Depuis la mi-mars, le Maroc interdit les déplacements, ses aéroports fermés et ses avions cloués au sol. Les professionnels du tourisme font ainsi face à une crise sans précédent notamment les propriétaires d’animaux.

À Marrakech, les propriétaires de calèches ont perdu leur unique source de revenu, depuis, leurs chevaux souffrent de malnutrition. Aziz, cocher résidant dans la ville ocre, est au chômage depuis le 14 mars. En plus de devoir aider financièrement sa famille, il doit aussi s’occuper de ses quatre chevaux. «Depuis l’arrêt de l’industrie du tourisme, j’ai énormément de mal à les nourrir», déclare-t-il à Yabiladi.

Il confie aussi avoir besoin de 300 dirhams par jour pour nourrir un seul cheval. Et compte tenu de la situation actuelle, cette somme reste, pour lui, «colossale». «Tous les cochers sont dans le même bateau», explique-t-il, avant d’ajouter qu’il a dû se résigner à demander de l’aide pour pouvoir garder ses animaux en vie.

Aziz et d’autres professionnels du tourisme ayant des animaux à charge ont bénéficié d’un programme de secours alimentaire mis en place par la Société protectrice des animaux et de la nature au Maroc (Spana), association internationale d’aide aux animaux. Selon cette dernière, le soutien en question a permis à des propriétaires désespérés d'alimenter près de 593 chevaux à Marrakech et Ait Ourir.

«J'ai reçu des sacs de grains pour mes chevaux», déclare Aziz, reconnaissant. Cependant, il n’a pas encore été précisé quand et sous quelles conditions le secteur du tourisme, frappé de plein fouet par la crise sanitaire pourra reprendre dans le pays. De ce fait, même avec l’aide qu’ils ont perçue, «la situation reste critique pour les cochers», fait-il savoir.

Des chevaux à la Spana. / DRDes chevaux à la Spana. / DR

Une crise sanitaire qui impacte le tourisme et les animaux

«Nous n’avons aucune certitude quant à la date de reprise de notre activité et le déconfinement ne résoudra pas notre problème puisque nos revenus proviennent essentiellement de touristes étrangers», ajoute ce Marrakchi.  

Avec trois chevaux à nourrir et une famille à charge, Mohamed exprime les mêmes préoccupations. «J'ai eu recours à l’aide de Spana à deux reprises pour nourrir mes animaux, et quand j’ai les moyens, j’essaye de m'approvisionner en carottes invendues dans les marchés agricoles et en herbe dans les fermes voisines», détaille-t-il.

Tiraillé entre ses dépenses ménagères et l’alimentation de ses chevaux, il affirme que la majorité des animaux «ont souffert de malnutrition» durant la crise liée à la Covid-19. «Nos animaux ont l’habitude d’être considérablement plus nourris. Nous aimerions les nourrir à leur faim, mais pour le moment notre situation ne le permet pas», regrette-t-il.

Alors que Mohamed et Aziz ont décidé de partager le peu qu’ils ont avec leurs animaux, d’autres cochers de Marrakech ont été obligés de les abandonner. «Dans l’incapacité d’en prendre soin, certains cochers ont vendu leurs chevaux. Pour eux, il valait mieux les vendre, même à moitié prix, pourvu qu’on s’occupe d’eux», déplore Mohamed.

Les mules d’Imlil

Non loin de Marrakech, les mules d’Imlil qui portaient sur leurs dos des touristes afin de les aider à escalader le Mont Toubkal, sont elles aussi touchées par cette crise. Depuis l’arrêt total de l'activité touristique en mars dernier, les propriétaires de ces animaux ont aussi du mal à les garder en vie.

«À Imlil, les mules représentent la source de revenus principale pour plusieurs familles», affirme Rachid Ait Ifraden, guide de haute montagne. Rappelant qu’il fait appel aux propriétaires de mules durant ses randonnées avec les touristes, Rachid explique que la situation est complexe pour «les animaux eux-mêmes qui errent dans les montagnes pour pouvoir brouter de l’herbe».

Des mules à Imlil, près de Marrakech. / DRDes mules à Imlil, près de Marrakech. / DR

Pour Hassan, lui aussi propriétaire de mules à Imlil, il est évident que dans de telles conditions, les propriétaires laissent leurs animaux brouter de l’herbe. «Nourrir nos animaux ne requiert pas beaucoup d’argent, mais pour la plupart d’entre nous, il n’est actuellement pas possible de le faire», regrette-t-il.

«Il faut entre 40 et 60 dirhams par jour pour nourrir une mule mais nous n’avons pas le choix pour l’instant. Les autres propriétaires de mules du village n’ont reçu aucune aide visant à nourrir leurs animaux. Le tourisme est tout pour nous donc quand il n’y en a pas, nous ne pouvons plus subvenir aux besoins de nos familles et encore moins nourrir nos pauvres bêtes.»

Rachid Ait Ifraden

Si les Marocains voient la délivrance avec le déconfinement, nos proriétaires d'animaux devront encore patienter avant une éventuelle réouverture des frontières et une lente relance d’un secteur essentiel pour cette région touristique.

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