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Les médecins étrangers, pilier du système de santé en France

Phénomène datant de plusieurs années mais remis en avant avec la pandémie du nouveau coronavirus, les médecins étrangers dans les pays riches sont de plus en plus nombreux. Représentant plus de 25% du personnel médical dans les Etats membres de l’OCDE, ils sont surtout Algériens et Marocains en France.

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Photo d'illustration / Ph. Benoît Tessier - Reuters
Temps de lecture: 3'

En France, nombre de médecins ont été infectés au coronavirus et en sont guéris. Mais le 21 mars dernier, c’est le docteur franco-malgache Jean-Jacques Razafindranazy qui a succombé à la pandémie, devenant le premier praticien hospitalier victime des complications de la covid-19. Dans l’Oise, zone des plus touchées en France, ce médecin à la retraite a en effet continué à travailler par contrat au centre hospitalier de Compiègne, dans un contexte de crise sanitaire où le besoin en professionnels de santé s’est accru, rappelle le journal Le Monde.

Phénomène observé depuis plusieurs années, le maintien du système de santé des pays riches grâce au personnel médical étranger est remis en avant, dans le contexte de la lutte contre le nouveau coronavirus. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), plus de 25% des médecins en activité dans les pays membres sont immigrés. Quant aux infirmiers étrangers, ils représentent 15,2 % de l’ensemble de leurs collègues travaillant dans les pays riches, rappelle l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les médecins marocains, deuxièmes au podium français

Jusqu’à la fin 2018, le Maroc aura ainsi compté au moins 5 300 médecins qui ont migré vers des pays de l’OCDE, principalement en France qui concentre les deux tiers, puis l’Allemagne qui ne pose pas de conditions contraignantes préalables dans le recrutement des praticiens étrangers.

En 2016 déjà, 11,5% de ceux exerçant dans l’Hexagone étaient nés au Maroc, ce qui représente la deuxième nationalité des professionnels de santé issus de l’immigration, devancée par l’Algérie (25%) et classé avant la Tunisie (7,1%), la Roumanie (7%) et le Liban (4,4%). D’autres nationalités suivent, notamment l’Allemagne (4,3%), le Vietnam (3,7%), la Belgique (3,2%), la Syrie (3,1%), l’Italie et Madagascar (2,4% chacun).

En tout, les praticiens étrangers inscrits à l’Ordre des médecins de France représentent 19,6%, dont 75% sont issus de pays hors de l’Union européenne. Ce chiffre équivaut à 54 168 professionnels de la santé sur 276 354, selon des statistiques de l’Ordre établies en 2014 déjà. 44,2% de ces 54 168 sont binationaux, portant la nationalité française en plus de celle de leurs origines.

Ces chiffres impressionnants n'intègrent pas les enfants d'immigrés devenus médecins et qui sont de plus en plus nombreux. Formés en Europe, ils ne constituent pas un appauvrissement des pays en voie de développement. La fuite des cerveaux, notamment dans le domaine médical, contribue aux difficultés du système sanitaire des pays africains.

Les déserts médicaux, défi persistant entre les pays du Nord et du Sud

Pour les pays de l'OCDE, le recours aux professionnels étrangers dans le secteur de la médecine est une aubaine. Il s’explique surtout par les coûts engendrés, moins importants que ceux d’une réforme pour la formation et la réorganisation des systèmes de Santé, dont les effets ne peuvent se mesurer que sur le long terme. Ainsi, la main-d’œuvre étrangère a permis de combler partiellement les besoins au sein des Etats membres, ce qui n’a pas manqué de creuser les écarts entre le Nord et le Sud.

Si pour le cas de la France, la majorité des médecins étrangers sont issus de pays d’Afrique et d’Asie, c’est dans ces régions-là que l’OMS compte les moyennes les plus faibles de la répartition des praticiens sur la population. En 2013, les évaluations de l’institution onusienne ont montré que la moitié des pays à travers le monde ne dispose que de 15 médecins pour 10 000 habitants.

Pays qui a accueilli le plus grand nombre des demandeurs d’asile en 2015, l’Allemagne a compté pour sa part 3 900 médecins syriens à la fin 2018, soit plus du double qu’avant 2015. En Australie, jusqu’à de 54% des médecins sont nés à l’étranger.

Au Royaume-Uni, les ressortissants d’Inde et du Pakistan représentent par ailleurs la majeure partie de médecins nés à l’étranger. En chiffres, 33% des praticiens britanniques sont issus de l’immigration. En Irlande, il représentent 41% des professionnels de la santé. Au Canada, ils sont 38% et aux Etats-Unis, 30%.

Alors que le pays de l’Oncle Sam subit la pandémie du nouveau coronavirus de plein fouet, l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) indique que les autorités de certains Etats fédéraux, notamment le New Jersey, permettraient à des travailleurs médicaux formés à l’étranger d’aider à lutter contre la propagation de la covid-19. Accueillis en tant que réfugiés et reconvertis dans d’autres métiers, ces ressortissants pourront exercer de nouveau dans le secteur de la santé.

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