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Média Publié

Maroc : Quel impact économique de la crise sanitaire sur la presse ?

Depuis que l’urgence sanitaire a été décrétée à cause de la pandémie mondiale du coronavirus, l’économie marocaine tourne au ralenti. Le secteur de la presse, lui, est quasiment à l’arrêt.

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Photo d'illustration / DR.

Jamais la presse n’aura été autant précieuse qu’en période de crise. Informer, décrypter, analyser et lutter contre les infox sont devenus essentiels en période de doute et parfois d’angoisse liée au nouveau coronavirus. Les statstiques d’audience des principaux sites d’information ayant continué à jouer ce rôle sont des plus éloquentes. Pourtant, cette mobilisation en pleine urgence sanitaire s’accompagne d’un coup de frein du côté des annonceurs. Ressource la plus importante pour financer le fonctionnement de nombre d’entreprises médiatiques, les recettes publicitaires ont en effet baissé de manière drastique.

La presse est considérablement impactée, avec une chute de 62% de ces entrées au premier trimestre 2020, selon Imperium. La radio accuse une baisse de 38%, alors que la télévision tire plus ou moins son épingle du jeu, avec une légère hausse de 6%, puis +4% pour le digital. Dans ce registre, Imperium note une baisse de 4% du nombre d’annonceurs sur le premier trimestre 2020 vs 2019. Depuis le début de la crise sanitaire, et comparativement à la même période en 2019, ce chiffre chute à -28%.

Un secteur en chute libre

Cette évolution fait vaciller la pérennité de certaines publications, surtout papier, mais également digitales, selon la présidente de la Fédération marocaine des éditeurs de journaux (FMEJ), Bahia Amrani. Contactée par Yabiladi, celle-ci estime toutefois qu’«on ne peut pas se plaindre à nous seuls en tant que journalistes, puisque tous les secteurs économiques sont touchés par la crise» liée aux impacts du covid-19. Elle souligne en revanche que les temps sont difficiles pour beaucoup de supports écrits et de sites aux ressources limitées.

«Les recettes des annonceurs permettaient de couvrir une importante partie des dépenses de plusieurs rédactions. Des rédactions qui doivent travailler plus que d’habitude pour accompagner l’évolution de la situation sanitaire et s’acquitter du devoir d’informer dans ces circonstances, avec le même effectif ou parfois des équipes réduites.»

Bahia Amrani, présidente de la FMEJ

Selon Bahia Amrani, cette situation a par ailleurs forcé certains supports écrits à investir davantage dans leurs sites, ce qui a permis aux titres ayant une interface digitale dynamique de couvrir un tant soit peu les conséquences de la crise. Toujours est-il que cette option reste un palliatif qui risque de perdre en efficacité, si la crise sanitaire dure dans le temps. «Le gâteau se rétrécit et ceux qui ont besoin d’une part sont de plus en plus nombreux», résume la présidente de la FMEJ.

En effet, la journaliste et directrice de publication estime que certains monopoles dans la presse papier et digitale privent quelque part les publications plus petites de recettes qui auraient pu les aider à mieux tenir en cette crise inédite. Mise dans son contexte international, cette situation n’est pas sans rappeler qu’en France, entre autres pays, des annonceurs ont décidé de maintenir leur budget consacré aux médias, à titre de solidarité en l’indiquant dans les messages publicitaires. Forme de label RSE, cette pratique a moins de visibilité dans le champ médiatique marocain, encore moins dans le digital et la presse écrite.

Bahia Amrani, présidente de la FMEJ / DRBahia Amrani, présidente de la FMEJ / DR

Une année (presque) sans publicité événementielle

Ainsi, les rédactions dépendant notamment des insertions ou des publications spéciales, comme celles relatives aux grands événements annuels, festivals, salons et rencontres d’envergure, devront faire désormais sans cette manne. Pour Bahia Amrani, ce sera un coup dur, difficile à encaisser par certaines publications. Cela dit, quelques institutions financières se distinguent en décidant de garder leurs insertions publicitaires dans la presse par solidarité, nous confirme-t-elle.

«Bien entendu, certaines entreprises de produits de consommation qui ne sont pas de première nécessité ont jugé que ce serait même déplacé de faire des publicités incitant les gens à acheter ces consommables [voitures, immobiliers, etc., ndlr] en temps de pandémie mondiale. En retour, certains annonceurs ont proposé des insertions sous forme de messages adaptés aux circonstances de la crise sanitaire», souligne Bahia Amrani. «D’autres encore indiquent aux supports écrits que les insertions initialement prévues pour le format papier seront maintenues, si ces titres ont la possibilité de mettre en ligne une version digitalisée de leurs numéros», annonce-t-elle.

Cependant, d’autres rédactions, écrites ou numériques accusent des retards de paiements de leurs annonceurs ou agences de communication, plaçant les trésoreries dans le rouge. «D’ailleurs, plusieurs sont en train de réduire leurs effectifs pour alléger les dépenses. Certaines ne l’ont pas fait dans les règles et nous en avons eu écho, regrette-t-elle, mais d’autres l’ont fait dans le respect des lois et elle n’ont pas été pointées du doigt», ajoute Bahia Amrani à ce propos.

Ce contexte impacte ainsi le fonctionnement de nombreux médias, au temps où l’information fiable et vérifiée est redevenue essentielle. Après cette tempête inédite, combien d’entreprises de presse seront encore debout ?

Article modifié le 2020/04/30 à 00h26

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