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Société Publié

Coronavirus et confinement : La délicate situation des étudiants marocains en France

Le décès d’un jeune étudiant marocain à Marseille remet sur la table la difficile situation des étudiants marocains en France. Confiné dans des cités presque vides, privés de jobs étudiants, loins de leurs familles, ils se sentent abandonnés.

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Une Chambre pour étudiant du CROUS de Toulouse. / Ph. Fred.Scheiber - 20 minutes

Alors que les regards sont rivés sur le sort des ressortissants étrangers bloqués dans plusieurs pays, comme la France, une autre catégorie est oubliée de tous. Le confinement dû à la pandémie du nouveau coronavirus et les mesures annoncées par l’Hexagone ont fortement impacté la vie des étudiants étrangers.

Mardi 7 avril, l’un d’entre eux, de nationalité indienne et âgé de 23 ans, a mis fin à ses jours en se jetant du quatrième étage d'un bâtiment d’un campus dans les Yvelines. «Il souffrait de dépression sur fond d'éloignement familial et de confinement et aussi de pression liée à ses études», a confié une source proche au journal Le Parisien.

Cette situation n’épargne pas non plus les étudiants marocains en France. La semaine dernière, un étudiant marocain à l’Université Aix-Marseille a été retrouvé mort dans son appartement. Selon nos sources, le jeune homme serait mort d’une crise cardiaque.

Une mort révélatrice de l'isolement des étudiants marocains

«Il est décédé le 9 avril à Marseille mais ils ne l’ont découvert que le lendemain. Une autopsie a été pratiquée par la police, après laquelle nous avons été informé», nous confirme ce mardi Younes Dirhoussi, consul général du Maroc à Marseille. «Il n’avait pas d’attache ici et cela a été difficile de localiser sa famille. Mais finalement, nous avons pu retrouver son père à Errachidia», ajoute-t-il.

D’après nos sources, le jeune homme, qui souffrait de «crises d’angoisse» et de solitude, aggravées par le confinement, sera inhumé ce mercredi à Marseille. «Nous avons sollicité le ministère des Affaires étrangères pour une prise en charge des frais d’inhumation et j’ai reçu l’accord hier, lundi. Les frontières étant fermées, nous avons chargé une société de pompes funèbres qui va inhumer son corps», confirme le consul général, en assurant «suivre ce dossier de près».

Ce drame témoigne d’une situation difficile vécue par les étudiants marocains en France et notamment à Marseille. «Notre situation financière devient plus grave vu qu'on ne peut plus exercer nos jobs étudiants», nous déclarent Salim*, et deux de ses collègues, également marocains, et «désormais sans ressources financières». «Nous sommes loin de nos familles et nous ne voulons pas que la situation de cet étudiant se répète», ajoute le premier.

Les trois étudiants marocains assurent aussi «avoir tenté de contacter» le consulat du Maroc à Marseille, en vain. «Il n’y a pas beaucoup de soutien envers les Marocains en général par les consulats» en France, cable un quatrième étudiant marocain résidant à Marseille, qui semble encore sous le choc de la mort de l'étudiant marocain.

Résidence Luminy, Crous Aix-Marseille / Ph. CrousRésidence Luminy, Crous Aix-Marseille / Ph. Crous

Le Crous et les initiatives de la communauté marocaine à Marseille

La situation des étudiants étrangers en France a poussé le Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (Crous) à mettre en place un dispositif spécial. «Ils nous ont tous contactés suite à la situation actuelle. Ils nous ont demandé si nous avons besoin de produits alimentaires, d’aides financières, de médecins psychiatres, et si nous avons des difficultés à payer nos loyers», nous informe Maha* une étudiante marocaine à l’Université d’Aix-en-Provence. Ainsi, «pour ceux dans le besoin, le Crous a traité ou traite actuellement leurs demandes et plusieurs étudiants ont déjà reçu des aides financières», complète-t-elle.

Des aides qui restent «insuffisantes», commente Salim, qui dit n’avoir reçu pour le moment que des «denrées alimentaires». En effet, plusieurs de ces étudiants se retrouvent confinés dans des cités universitaires presque désertes, les restaurants ayant fermé leurs portes, et les étudiants français ayant regagné leurs villes respectives.

A Marseille, la situation des étudiants en particulier et des Marocains en général a poussé toutefois plusieurs autres concitoyens à prendre des initiatives, en proposant de l’aide, un hébergement et des denrées alimentaires. «Nous tentons de réagir personnellement aux cas les plus sévères qui ont été remontés au consulat», nous confie une source au sein du consulat du Maroc à Marseille.

Elle affirme avoir «été saisi par un groupe de quatre étudiants marocains», auxquels elle a remis un «panier de denrées alimentaires pour tenir deux ou trois semaines, en attendant de refaire la même chose la semaine prochaine». «Nous avons même donné de l’argent à deux autres étudiants, dans une situation difficile», ajoute-t-elle, en rappelant que le consulat «n’a pas de ressources propres pour ces opérations».

«Ce sont des Marocains et la situation est délicate avec l'isolement et l'éloignement. On essaye de faire du mieux qu’on peut en les aidant, en attendant de meilleurs jours», conclut notre source.

Sur plus de 40 000 étudiantes et étudiants marocains qu’accueille la France, une grande majorité se retrouvent dans une situation peu ou prou similaire à celle de Aix-Marseille.

* Les prénoms ont été changés

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