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Société Publié

Melilla : Une centaine de Marocains bloqués entre la police espagnole et marocaine

Depuis le 13 mars, des ressortissants marocains se sont trouvés bloqués à Melilla, après l’annonce de la fermeture des frontières du Maroc, par précaution contre la pandémie du coronavirus. Les conditions de ce séjour forcé représentent une menace sanitaire pour nombre de ces voyageurs.

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Des Marocains bloqués à Melilla pendant l'urgence sanitaire / DR.

Ils sont une centaine à être bloqués à Melilla, depuis les 13 et 14 mars. En séjour temporaire, ils sont fonctionnaires, salariés, médecins, juges, avocats et parents d’enfants. Malgré les sit-in observés sur place pour exiger leur rapatriement, l’urgence sanitaire les contraint à rester dans l’enclave, quitte à s’exposer à certains risques d’infection au nouveau coronavirus. C’est d’ailleurs la plus grande crainte d’une partie de ces ressortissants, hébergés sous une tente de fortune avec peu de couvertures, de vêtements de rechange et parfois de nourriture.

«A l’intérieur et dans l’enceinte de cette grande tente où il est difficile de renforcer les mesures sanitaires, on se sent comme des détenus sur lesquels la garde civile garde l’œil pour qu’ils ne s’évadent pas, et à qui elle dit que ce sont les autorités marocaines qui ne veulent pas que nous soyons rapatriés», confie à Yabiladi ce mardi Rachid, un habitant d’Oujda qui était de passage à Melilla, mais bloqué lors de sa tentative de retour. Ce touriste a en effet logé sous la tente, où il décrit «des conditions de vie inhumaine, aucun accès aux services médicaux et de longues files d’attente pour le peu de salles de douches et sanitaires à proximité».

Un logement de fortune sous surveillance

Rachid fait partie des chanceux ayant pu quitter cette tente, après avoir trouvé un hébergement. Mais ce scénario n’est plus possible pour les autres. D’une part, «la police espagnole ne laisse personne partir» selon lui et d’autre part, «même les hôtels qui étaient plus ou moins accueillants au début refusent désormais toute réservation».

«Il y avait des gens souffrants avec nous et personne ne pouvait savoir ce qu’ils avaient. J’ai eu très peur. Alors malgré mes faibles moyens, j’ai fui dès que j’ai pu. La priorité étant de préserver ma santé pour revoir mes enfants restés à Oujda.»

Rachid

Fonctionnaire d’Etat, Brahim fait lui aussi partie des nationaux pris de court par la fermeture des frontières pour raison sanitaire. «J’étais en Espagne avec mon collègue pour notre congé. A la fin de notre séjour, nous avons pensé prendre le bateau pour Melilla et de là, rejoindre Nador en une vingtaine de minutes», se souvient-il. Mais les choses se sont passées autrement.

«Nous avons écrit tout de suite à notre hiérarchie, qui a été compréhensive, mais c’est préoccupant pour nous de laisser nos postes vacants, et laisser nos enfants en bas âge sans l’un de leurs parents», s’inquiète-t-il. «Tout le monde s’est trouvé dans cette situation, même le président de la municipalité de Nador, qui a été parmi nous pendant plus d’une dizaine de jours», nous explique encore Brahim. «Il se peut qu’il ait obtenu une autorisation exceptionnelle pour revenir à Nador, vu son rôle dans la gestion locale de la crise sanitaire. Depuis que nous ne le voyons plus, les aides ici se sont significativement amoindries», déplore le fonctionnaire.

«Des Marocains vivant à Melilla acheminaient des aides, notamment des repas chauds et du pain, à ceux logés dans la tente, mais la police espagnole a fini par interdire en leur mettant des procès-verbaux», dénonce Brahim. «Je n’ai pas logé dans la tente mais chez un ami qui habite dans la ville, mais je passe devant quotidiennement. Les autorités marocaines doivent nous laisser rentrer», supplie le fonctionnaire.

En effet, les voix s’élèvent de plus en plus pour appeler le gouvernement marocain à intervenir, quitte à imposer une quarantaine. «Craindre la pandémie et nous sommer de nous confiner pendant 14 jours avant de regagner nos domiciles, je l’entends bien et même si les autorités marocaines ne nous l’auraient pas demandé, je m’y serais tenu», souligne pour sa part Lakhdar, un autre touriste bloqué. «En revanche, c’est injuste d'abandonner tous ces compatriotes tels des laissés pour compte, au motif de la crise sanitaire», conclut-il.

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