Menu

Santé Publié

Médecins privés et cliniques recadrent le CNOM : «Nous n’avons pas demandé l’aide financière de l’Etat»

Au lendemain d’une sortie incongrue du Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) demandant à l’Etat une exonération fiscale pour les cabinets et cliniques privées, dans le contexte de pandémie de coronavirus, la représentation des praticiens du Maroc se fait démentir par les principaux concernés. Malaise.

Temps de lecture: 3'
Photo d'illustration / Soirce : chu-fes.ma

Les cliniques privées et les cabinets de médecins risquent-ils de couler en pleine pandémie ? C’est ce que suggère noir sur blanc le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM), dans un courrier adressé au Chef du gouvernement réclamant «une exonération fiscale». Seul bémol, le ton alarmé de cette lettre ne fait pas l’unanimité chez les cliniciens privés eux-mêmes, dont certains nient avoir été consultés par le CNOM avant l’envoi de cette correspondance.

Quatre représentations des médecins privés disent n’avoir «jamais» saisi le CNOM au sujet d’une aide financière particulière, dans le contexte du coronavirus. Dans un communiqué parvenu cet après-midi à Yabiladi, l’Association nationale des cliniques privées, le Syndicat marocain des médecins du secteur libéral, le Syndicat national de médecine générale et le Collège syndical national des médecins spécialistes privés, précisent aussi n’avoir été sollicités «à aucun moment» par le CNOM.

«Notre secteur a, depuis le déclenchement de la pandémie, toujours annoncé, renouvelé et exprimé sa mobilisation totale et volontaire face à la pandémie, et nous avons annoncé à plusieurs occasions la mise à la disposition de l’Etat marocain et du ministère de la Santé de tous les cabinets médicaux et toutes les cliniques privées du Maroc, pour renforcer le front national contre la propagation du virus et pour la prise en charge des malades», indiquent les quatre représentations.

Fuite en avant du CNOM, les cliniciens le rattrapent

Vivement critiqué sur les réseau sociaux depuis la publication de cette lettre, le CNOM s’attire désormais les foudres des cliniciens privés signataires, qui disent n’avoir «à aucun moment» fait allusion au «côté social, économique ou fiscal du dossier, malgré son importance». Par ailleurs, ils disent n’avoir «jamais chargé quiconque de le faire à [leur] place», préconisant plutôt «une manière consciente et responsable de focaliser leurs efforts sur l’essentiel, sur le primordial, sur l’urgence de la situation qui n’est autre que prêter main forte» aux efforts publics de lutte contre la pandémie.

Cependant, les professionnels de la médecine privée formulent une «seule» sollicitation aux pouvoirs publics : celle de l’«urgence» des équipements de protection médicale pour les praticiens, à cause des ruptures sur le marché et «pour préserver la vie des médecins, de leurs familles, du personnel assistant et des patients». Et de souligner que «depuis le début de la crise», les cliniciens et les cabinets des représentations signataires se sont fournis en matériel par leurs propres moyens.

Dimanche dernier, ces quatre structures ont souligné également mettre à la disposition des établissements publics leurs propres moyens humains et logistiques, afin que médecins des deux secteurs convergent leurs efforts face à l’urgence sanitaire. Cependant, elles ne sont pas les seules à revenir à la charge contre le CNOM.

Dans un communiqué, la Coordination syndicale des médecins généraliste privés a, pour sa part, estimé que «celui qui a appelé à vider le secteur public de son potentiel, par le passé, n’a pas la légitimité pour donner des leçons et, pire encore, de menacer des médecins qui sacrifient leur sécurité et celle des leurs, en l’absence de moyens de protection». Ainsi, cette structure appelle le président du CNOM «à la raison avant la publication de communiqués qui risquent d’impacter négativement le moral des médecins marocains, dans cette période difficile».

L’ambiance délétère au sein du corps médical privé ne date pas du déclenchement de la crise sanitaire. Plusieurs médecins nous ont confié leur désaccord sur la communication du président du CNOM et notamment vis-à-vis des menaces de sanction pour les cabinets médicaux fermés, formulés sur notre site. Il faut toutefois noter que plusieurs médecins s’étaient exprimés pour l’octroi d’une aide financière de l’Etat. Dès lors, il est difficile de déterminer s’il s’agit d’une initiative personnelle du CNOM ou d’un rétropédalage des médecins du privé, face à la polémique générée par la missive.

Emission spécial MRE
2m Radio + Yabiladi.com
MahkamaGate