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Maroc : Les médecins du privé ont-ils fermé leurs cabinets en plein coronavirus ?

Sur les soixante médecins, généralistes et spécialistes, que Yabiladi a contactés de manière aléatoire dans six grandes villes marocaines, dix-neuf seulement nous ont répondu. Les autres, au nombre de 41, sont restés injoignables.

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Photo d'illustration. / DR

En ces temps de coronavirus, les médecins du secteur hospitalier sont sur le front. Qu’en est-il en revanche des médecins de ville ? Pour le savoir, nous avons contacté, au hasard dans l’annuaire, cinq médecins généralistes et cinq médecins spécialistes par ville : Casablanca, Rabat, Marrakech, Agadir, Tanger et Fès. Les spécialités concernent la gynécologie, la cardiologie, la neurologie, l’ophtalmologie et la dermatologie.

Sans surprise, c’est à Casablanca que les médecins ont été plus nombreux à décrocher. Sur les dix médecins que nous avons appelés (généralistes et spécialistes), six ont répondu : deux généralistes (sur cinq) et quatre spécialistes (sur cinq également). Les deux généralistes ont indiqué poursuivre leurs horaires habituels.

Du côté des spécialistes, le cabinet de Nadia Zinoun, gynécologue, nous a indiqué avoir réduit ses horaires et recevoir seulement les femmes venant pour des urgences. «Dans le cadre des mesures de précaution contre le coronavirus, nous recevons les femmes dans des salles de consultation différentes : par exemple, une première patiente dans une salle et une seconde dans une autre», nous explique-t-on.

Le cabinet de Naima Baaddy, cardiologue, indique de son côté ne recevoir que les patients pour des urgences cardiovasculaires : «Nous assurons une astreinte. En revanche, les consultations froides sont reportées.» Le cabinet est par ailleurs «désinfecté quotidiennement» et le médecin travaille «avec des gants et des bavettes chirurgicales».

Pour sa part, Naila Midafi, neurologue, a restreint ses horaires (10h-13h) et ne reçoit, à l’instar de ses consœurs, que les cas urgents. Enfin, le dernier spécialiste qui nous a répondu à Casablanca, un dermatologue, a indiqué travailler «en horaire continu».

A Tanger et Fès, les médecins généralistes se font plus rares

A Rabat, cinq médecins au total nous ont répondu : deux généralistes et trois spécialistes (un gynécologue, un ophtalmologue et un cardiologue). Tous ne reçoivent que les cas urgents et optent pour les téléconsultations. «Nous travaillons jusqu’à 18 heures et privilégions les consultations par téléphone. Nous ne recevons que les cas urgents et, en cas de symptômes du coronavirus, nous appelons le 141», explique Anas Lakhdar, médecin généraliste.

Hicham Bensouda, ophtalmologue et Hassan Elboury, cardiologue, disent également ne traiter que les urgences. «Je travaille beaucoup par téléphone», confie le premier, tandis que le second souligne que «les consultations froides sont reportées pour éviter les déplacements».

A Marrakech, seule une médecin généraliste nous a répondu, et aucun spécialiste. «J’essaie de voir tous les patients et pas seulement les cas urgents. En revanche, je les reçois au compte-gouttes pour que la salle d’attente ne soit pas encombrée», nous explique Laila Essabiri, ajoutant qu’elle «porte un masque chirurgical durant les consultations».

A Agadir, trois médecins généralistes nous ont répondu. Tous disent avoir conservé les horaires habituels et essayer de recevoir les patients dont l’état de santé nécessite une consultation. En revanche, aucun spécialiste, que ce soit en cardiologie, en neurologie, en gynécologie, en pneumologie ou en dermatologie, ne nous a répondu.

A Tanger, seul un médecin généraliste nous a répondu, précisant simplement recevoir ses patients habituels. Comme à Agadir, aucun spécialiste n’a décroché le téléphone.

Enfin, à Fès, aucun des cinq médecins généralistes que nous avons contactés n’a répondu, contrairement à un seul médecin spécialiste. Mohamed Boughaleb, cardiologue, reçoit les cas urgents tout en veillant à ce que le cabinet ne soit pas rempli.

«Nous recevons patient par patient», nous dit-il. «C’est un manquement grave à la déontologie de fermer son cabinet. Il n’y a pas que le coronavirus ; d’autres patients risquent de mourir d’autres pathologies s’ils ne sont pas pris en charge», soutient Mohamed Boughaleb, qui dit avoir imposé «des mesures d’hygiène drastiques à coup d’eau de Javel, y compris sur les poignées de portes». 

Si nos appels téléphoniques insistants restés sans réponse ne sont pas la preuve formelle de la fermeture des cabinets, il n'en demeure pas moins inquiétant pour les malades de ne pouvoir obtenir une réponse à leurs appels. Il est là aussi question de santé publique. 

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