Menu

Société Publié

Maroc : La précarité des travailleurs face au coronavirus

Plusieurs Marocains continuent de travailler malgré l’état d’urgence sanitaire imposé par les autorités pour lutter contre la propagation du nouveau coronavirus. La précarité est souvent déterminante dans leur décision.

Temps de lecture: 3'
Un client emporte de la nourriture remise par un livreur. / Ph. Xinhua

Médecins, infirmiers, policiers, agents des autorités… La vie et les déplacements à l’extérieur et au quotidien se poursuivent pour plusieurs Marocains qui continuent de veiller à ce que tout se passe au mieux pour plusieurs millions de concitoyens confinés chez eux.

Ce sont aussi des ouvriers, des femmes de ménages, des éboueurs, des caissières et même des livreurs qui tentent encore tant bien que mal d’accomplir leurs missions. Pour cette catégorie de Marocains, faire du télétravail n’est même pas une option. Ils assurent ainsi leurs shitfs et se protègent comme ils peuvent contre une pandémie ayant touché l'ensemble des pays du globe, et qui menace de s'etendre davantage au Maroc. 

Travailler en se protégeant et en protégeant ses clients

Mohammed est électricien et a un atelier au quartier Maarif. Il nous confie cette semaine avoir «eu une autorisation pour pouvoir travailler contrairement à ceux qui travaillent [avec lui]». «Je continue à faire des bricoles de temps en temps depuis que cela a commencé. J’utilise un masque médical et des gants pour me protéger», confie-t-il.

«D’un côté, je ne peux pas laisser tomber mes clients et les entreprises que j’assiste en cas de pannes. De l’autre, si je m’enferme à la maison, je n’aurai pas d’argent pour nourrir mes enfants.»

Mohammed

Sur ces deux points, Brahim, concierge d’un immeuble au quartier Bourgogne, est lui aussi d’accord. «Je suis confronté à des difficultés actuellement à la lumière de cette crise, mais je suis obligé à travailler, compte tenu de ma situation sociale», déclare-t-il. «Personnellement, je fais de mon mieux pour faire mon travail normalement», ajoute ce concierge, père de trois enfants.

«Les habitants de l'immeuble ont besoin de quelqu'un pour leur apporter des courses, donc je m’en occupe, tout en prenant les précautions nécessaires pour les protéger et protéger ma famille.»

Brahim

C’est le cas aussi de Mouad, qui travaille au sein d’une société livrant des bonbonnes de gaz aux domiciles des Casablancais. Le secteur rencontre déjà des pénuries à cause d'une forte demande. Cesser l'activité devient ainsi inconcevable. «De nos jours, nous recevons de nombreuses demandes bien que le nombre autorisé pour chaque famille soit une seule bouteille de gaz», rappelle-t-il.

Précarité et dangers

Il raconte que lorsqu’il se rend pour changer les bonbonnes de gaz dans les maisons, il «maintient une distance de sécurité» entre lui et ses clients. «Nous ne touchons à rien à la maison et travaillons uniquement avec nos propres outils», insiste-t-il, en précisant qu’une fois chez lui, il veille à «bien [se] laver les mains et [se] doucher».

«Nous voulons tous rester à la maison mais c’est plus fort que nous. Je n’ai pas le choix car je n’ai aucun autre revenu, donc je dois continuer à travailler pour pouvoir subvenir aux besoins de ma famille.»

Mouad

De son côté, Karim, qui travaille au sein d’une société de livraison et de course, est aussi dans cette même situation. «Nous livrons depuis des supermarchés, avec l'engagement de prendre les précautions nécessaires. Ainsi, nous devons respecter la file d'attente, le fait que cinq d'entre nous sont autorisés à entrer dans ces lieux», détaille-t-il. Mais ce jeune homme affirme que les «demandes sont devenues peu nombreuses, pas plus de cinq par jour». De ce fait, son «revenu quotidien est très faible», malgré le risque qu’il prend à sillonner les rues de la capitale économique et rencontrer plusieurs clients.

«La société dans laquelle nous travaillons nous a distribué les outils de protection, tels que des gants et des masques, en plus des instructions que nous devons suivre comme le nettoyage des mains et de l'argent que nous obtenons des clients», ajoute-t-il.

«Craignant pour la sécurité de ma famille, je les ai envoyés au domicile familial dans une autre ville, afin de ne pas les mettre en danger. Mais pour être honnête, j'ai aussi peur pour ma sécurité, c'est pourquoi je pense à vendre ma moto, afin de soutenir ma famille dans cette épreuve et la rejoindre.»

Karim

Il n’est d’ailleurs pas le seul à sérieusement considérer de mettre provisoirement fin à son travail en attendant que l’état d’urgence sanitaire soit levé. Mais il se retrouvera dans la même situation que plusieurs autres travailleurs précaires, qui se sont ainsi retrouvés en chômage forcé et sans revenu... en attendant une éventuelle aide de l’Etat.

Article modifié le 2020.03.25 à 19h58

Soyez le premier à donner votre avis...
Emission spécial MRE
2m Radio + Yabiladi.com
MahkamaGate