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Histoire Publié

Grande-Bretagne : Qui sont celles qui ont participé à bâtir l’islam britannique ?

En Grande-Bretagne, l’islam ne fut pas qu’une affaire d’hommes : plusieurs femmes converties contribuèrent à l’édification de l’islam en Grande-Bretagne au cours du XIXe siècle.

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Une femme participe à une prière. Photo issue des archives de la mosquée de Woking. / Ph. Author provided – The Conversation

Elles s’appellent Rosa Warren, Teresa Griffin Viele, Fatima Cates, Lady Evelyn Murray. Toutes sont britanniques, converties à l’islam et ont contribué à l’édification de l’islam en Grande-Bretagne au cours du XIXe siècle.

«Les femmes de ces communautés étaient généralement des converties issues de la classe moyenne, qui ont découvert l’islam lors de voyages, dans des publications dans les mosquées ou à l’occasion de conférences publiques. Elles vivaient dans un environnement qui considéraient les musulmans avec suspicion et ridicule», indique sur le site The Conversation Sariya Cheruvallil-Contractor, sociologue des religions et chargée de recherche au Center for Trust, Peace and Social Relations de l’université de Coventry, en Angleterre. Elle a examiné des documents d’archive sur les deux premières mosquées qui furent construites en Grande-Bretagne pour décrire la vie quotidienne de ces femmes.

Des femmes impliquées dans la vie locale

De ses travaux de recherche, il ressort que les femmes britanniques qui ont épousé l’islam se sont profondément investies dans la vie quotidienne de la communauté, en l’occurrence dans les mosquées de Liverpool et de Woking, organisant des célébrations, notamment celles de l’Aïd, des débats littéraires (dont elles étaient cependant exclues) ; dirigeant un foyer pour les enfants démunis, créé en janvier 1897 à Liverpool. Il faudra attendre mars 1896 pour que Rosa Warren donne une conférence sur le poète Henry Wadsworth Longfellow – une première pour une femme.

Dans ses discours, celle-ci n’abordait que très rarement les questions relatives à l’islam, à la religion en général et à la morale. «Cela pourrait être une expression des attitudes patriarcales victoriennes et édouardiennes qui ont fait taire les femmes de différentes manières», souligne Sariya Cheruvallil-Contractor dans une étude intitulée «Les femmes dans les premières mosquées musulmanes de Grande-Bretagne : cachées de l’histoire, mais non sans influence», publiée en janvier 2020 par le Center for Trust, Peace and Social Relations.

Mais les temps changent. En 1899, trois ans après la première conférence organisée par Rosa Warren (et donc la première organisée par une femme), le président de la Debating society conseilla «à tous [leurs] jeunes hommes et femmes de rejoindre la société de débat». Dans le «Crescent», un bulletin sur la vie quotidienne au Liverpool Muslim Institute, une autre conférence donnée par Rosa Warren en 1899 est décrite comme «la conférence la plus intéressante et certainement la plus amusante de la saison» (The Crescent, 2 mars 1899). Elle ne reçue pourtant aucune couverture supplémentaire dans ce journal malgré une note indiquant qu’elle bénéficierait d’une couverture plus substantielle dans le numéro suivant.

Des actions de prosélytisme

Autre grande figure féminine de l’islam britannique, Fatima Cates, de son vrai prénom Elisabeth, qui se convertit à l’islam en 1887, à l’âge de dix-neuf ans. Première trésorière de l’Institut musulman de Liverpool (LMI), elle épaula particulièrement Abdullah Quilliam, le fondateur de la première mosquée d’Angleterre dans ses activités de missionnaire, lit-on dans l’ouvrage «Whispers Across Continents : In Search of the Robinsons» (Murmures à travers les continents : à la recherche des Robinsons – Ed. Amberley Publishing, 2019) rédigé par le chercheur turc Gareth Winrow.

Fatima Cates fut une fidèle fervente qui mena des actions de prosélytisme. Elle sollicita le missionnaire Moulvi Hassan Ali Sahib pour l’aider, elle et l’Institut musulman de Liverpool, à convertir d’autres personnes. Fatima Cates était également très assidue aux rencontres régulièrement organisées les dimanches soir pour expliquer la foi musulmane. «À toutes ces réunions, sœur Cates (…) s’est rapidement montrer comme une fidèle sérieuse concernant l’islam», lit-on sur le site Masud, reconnue comme l’une des principales ressources de l’islam traditionnel.

Autre fervente fidèle, Teresa Griffin Viele, qui prit le nom musulman de Sadika Hanoum. Elle écrivit pour le journal Crescent et relaya les évènements politiques organisés dans le monde islamique de septembre 1894 à avril 1895. «Elle prévoyait de traduire une des publications de Abdullah Quilliam en français, même si on ne saurait dire si ce projet a été mené à bien», indique encore Sariya Cheruvallil-Contractor dans son étude «Les femmes dans les premières mosquées musulmanes de Grande-Bretagne : cachées de l’histoire, mais non sans influence». En juillet 1893, elle s’adressa aux Auxiliaires du Congrès mondial à Chicago lors d’une conférence sur «Les femmes de Turquie». A la même époque, son nom disparaît des pages du journal Crescent, emportant avec lui d’autres secrets de sa vie.

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