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Politique Publié

Kati Piri : Parler du Hirak pour «faire entendre les préoccupations» des Néerlando-marocains

Pour l'eurodéputée néerlandaise Kati Piri, aborder la question du Hirak «n'est plus une affaire intérieure qui ne concerne que le Maroc». La responsable politique estime que son intérêt pour la question du Hirak est une manière d'«écouter les préoccupations» de ses concitoyens néerlandais d'origine marocaine.

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L'eurodéputée néerlandaise Kati Piri. / Ph. VocalEurope

Mercredi, l'eurodéputée néerlandaise Kati Piri a assisté à une réunion au Parlement européen, au cours de laquelle un rapport sur les procès du Hirak a été présenté. Contactée par Yabiladi, la responsable politique a révélé les principales conclusions du rapport qui traite des «allégations de torture» exprimées par les détenus de Hirak.

Quelles sont les principales conclusions du rapport présenté mercredi et qui en a été à l’origine ?

Le rapport a été réalisé par des observateurs internationaux qui ont assisté aux procès des détenus de Hirak au Maroc. Avec mes collègues, nous avons invité ces experts qui ont abordé la manière dont les tribunaux marocains ont traité les affaires des détenus du Hirak.

Les principales conclusions mises en évidence dans le rapport de ces observateurs internationaux, originaires du Royaume-Uni, de Tunisie et d'Espagne, sont que les prisonniers du Hirak se sont vu refuser leur droit à un procès équitable. Dans leur rapport, ils ont fait référence à des allégations de torture et au fait qu'ils n'ont pas fait l'objet d'une enquête.

Ils ont également mentionné l'intimidation, soulignant que plusieurs photos et vidéos avaient été relayées pour intimider les membres de leurs familles.

Les observateurs ont également évoqué les peines prononcées à l'encontre des détenus du Hirak et ont fait valoir qu'elles n'étaient pas équitables.

Qui a assisté à la présentation du rapport ?

Plusieurs experts ont assisté à la session. Nous les avons invités à prendre la parole lors d'un événement public au Parlement européen et ils ont présenté les principales conclusions de leur rapport.

Abdesamad Bouchtaoui, ex-avocat de Hirak, était également présent. Nous avons estimé qu’il était intéressant de l'inviter car il avait l'habitude d'assister aux procès. Il fait partie des personnes impliquées dans le procès et il a été bon d’écouter son opinion, notamment sur les difficultés que les avocats de Hirak ont rencontrées pendant le procès.

Quelles sont les principales demandes qui ont suivi la présentation de ce rapport ?

Le Maroc a signé plusieurs conventions en lien avec la torture des prisonniers. Les allégations mentionnées dans le rapport doivent faire l'objet d'une enquête. Nous devons compter sur des médecins légistes pour déterminer si cela s'est produit ou non. Le gouvernement marocain a rejeté à plusieurs reprises l'ingérence de pays étrangers, principalement les Pays-Bas, dans l'affaire du Hirak.

Pourquoi ce dossier intéresse-t-il encore les Néerlandais ? J'ai toujours deux réponses à ce sujet : tout d'abord, je crois que le Hirak était d’abord une affaire interne lorsqu’il a éclaté. Les gens exprimaient leurs revendications à travers des manifestations pacifiques, avec des revendications socio-économiques et liées aux soins de santé et à l'éducation. Ce sont des questions nationales qui n'ont rien à voir avec le droit international. C’était en effet entre le gouvernement et son peuple et il est vrai que nous n'intervenons pas sur ce volet.

Cependant, lorsque des personnes ont été arrêtées et que nous ne voyons pas de motif suffisant pour prouver qu'elles ont commis des crimes, c'est à ce moment-là que le Maroc doit fournir des explications. Comme je l'ai dit précédemment, le Maroc a signé plusieurs traités internationaux, comme celui contre la torture. On ne peut donc plus dire qu'il s'agit d'un problème interne.

De plus, je suis une députée européenne néerlandaise et je représente mes électeurs dont certains sont des citoyens néerlandais d'origine rifaine.

Au Parlement européen, je représente et exprime les préoccupations de mes concitoyens. Il y a une grande diaspora du Rif aux Pays-Bas et ils veulent que nous parlions de la situation des droits de l'Homme dans le Rif, où de nombreux membres de leur famille vivent encore. Je fais ce qu'on attend d'un responsable politique néerlandais.

Le fait que des politiciens néerlandais s'adressent au Hirak a-t-il affecté, selon vous, les relations diplomatiques du Maroc avec les Pays-Bas ?

Oui, en effet. Mais pour être honnête, je suis heureuse que le Parlement néerlandais prenne très au sérieux les préoccupations de ses citoyens. Il y a eu de nombreuses autres demandes en France et en Belgique concernant les mêmes préoccupations, mais ces gouvernements n'ont pris aucune mesure pour régler ces problèmes avec le gouvernement marocain.

Je pense que ce que le gouvernement néerlandais a fait, c'est écouter son parlement lorsque nous exprimons ces préoccupations.

Vous a-t-on déjà refusé une visite au Maroc ?

J'ai visité le Maroc il y a deux ans avec un autre membre du parti. Nous sommes allés à Rabat, où nous avons eu des entretiens, et à Casablanca pour assister aux procès. Nous voulions voyager dans le Rif mais les autorités marocaines ne nous ont pas autorisé à le faire. Depuis lors, je suis en pourparlers avec l'ambassadeur du Maroc à Bruxelles pour me rendre dans le royaume.

Pourtant, récemment, une délégation néerlandaise s'est rendue au Maroc pour rencontrer des familles des détenus du Hirak…

Je ne vais pas réserver de vol et aller visiter le Maroc juste pour provoquer. Je ne pense pas que j'aiderais quiconque en faisant cela. Nous voulons aller à Rabat et avoir des discussions sérieuses avec les autorités, mais nous ne voulons pas le faire sans l'autorisation du gouvernement. Je ne pense pas que cette démarche soit diplomatiquement correcte.

La dernière délégation, qui s'est récemment rendue au Maroc, est issue d'un parti différent du mien. Ils n'avaient pas l'autorisation des autorités marocaines, mais c'est leur choix.

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