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Environnement : Quels enjeux et quelles responsabilités pour les entreprises marocaines ?

Pour l’économiste Fatiha Khihel, les entreprises marocaines ont tout intérêt à réduire leur impact environnemental afin de réduire les coûts engendrés par les activités polluantes et, ainsi, gagner en compétitivité. Les consommateurs ont eux aussi un rôle crucial.

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Photo d'illustration. / DR

Depuis qu’une conscience environnementale mondiale a émergé sous l’impulsion des COP, des manifestations géantes pour le climat et des vives recommandations formulées par des scientifiques inquiets mais pas désespérés, la question environnementale s’est imposée comme un enjeu de taille auprès des industriels. Parmi les filières les plus polluantes, les industries de transformation, les mines et carrières, le bâtiment et les travaux publics ainsi que l’industrie de l’énergie, de stockage et de distribution des hydrocarbures.

«L’élément humain est de toute évidence le premier responsable des dégâts causés sur l’environnement. L’industrie est doublement responsable car elle consomme beaucoup de ressources naturelles comme le bois, utilisé pour le chauffage, la conception de bâtiments, et l’eau, qui entre dans le processus de production de nombreux produits», nous dit l’économiste Fatiha Khihel, coauteure d’une étude sur les activités de raffinage de la SAMIR, aujourd’hui fermée, et leur impact sur l’environnement.

A titre d’exemple, les processus de tannage se caractérisent par une forte consommation d’eau et de produits chimiques. L’impact des rejets de tannerie sur le milieu marin n’est effectivement pas sans conséquences sur l’environnement : l’analyse des eaux usées au niveau de bassins de collecte, où se déversent les effluents des usines, a démontré «une charge polluante intense, notamment en matières organiques, en matières en suspension et en sels, qui dépasse les valeurs guides fixées par le projet de normes marocaines».

Les consommateurs ont aussi un rôle crucial

Pour Fatiha Khihel, la responsabilité est d’abord celle des responsables d’entreprise, dont elle déplore «la vision à court-terme» de certains. «Or les entreprises qui sont réellement soucieuses de leur performance et de leur rentabilité intègrent au sein de leur entreprise un système de management environnemental et de dépollution. Ces entreprises investissent pour réduire la pollution et les coûts qu’elle engendre, et ainsi gagner en compétitivité», estime l’économiste.

Ce système, plus connu sous son acronyme SME, est utilisé pour développer et mettre en œuvre au sein d’une entreprise une politique de respect de l’environnement et de gestion de ses impacts environnementaux. Dans ce sens, la norme ISO 14001 définit une série d’exigences à laquelle doit répondre le SME d’une entreprise pour que celle-ci puisse être certifiée comme répondant à la norme. Elle est délivrée par l’Institut marocain de normalisation.

«Les enjeux environnementaux sont la source de pressions sociales que les entreprises doivent savoir analyser et anticiper. Le renforcement de ces pressions n’est pas seulement susceptible de compromettre l’image de l’entreprise, mais aussi de réduire considérablement sa marge de manœuvre en raison des contraintes réglementaires, des protestations du public, des campagnes médiatiques ou des opérations de boycott organisés par des écologistes», souligne Fatiha Khihel.

Fatiha Khihel estime que l’une des solutions pourrait être d’«internaliser la pollution, c’est-à-dire de l’introduire dans le cadre du marché ; de trouver un marché qui permette, à défaut de la supprimer totalement, de la réduire. Actuellement, il n’y a pas un marché de la pollution. Il s’agit donc, pour l’heure, d’une externalité : elle n’est pas traitée dans le cadre d’un marché. Les économistes tendent, eux, vers l’internalisation de la pollution».

Les consommateurs ont aussi un rôle crucial, mais en ont-ils conscience ? «La population est-elle sensible aux nouveaux produits respectueux de l’environnement ?», s’interroge l’économiste. Et de conclure : «On constate généralement un manque d’intérêt qui s’expliquerait par la faiblesse du mouvement consumériste marocain et son absence de mobilisation autour des produits respectueux de l’environnement.»

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