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Culture   Publié

Diaspo #126 : Mohamed Ziani, une étoile du Rif en Espagne

Plus de 300 concerts entre l’Europe et le Maroc, plus d’une dizaine de collaborations artistiques à travers le monde et un registre où la fusion de différentes musiques retrouve toute son harmonie. Tel est l’univers musical que le compositeur, auteur et producteur Mohamed Ziani a façonné, au cours de ses 21 ans de vie en Espagne.

Temps de lecture: 3'
Mohamed Ziani, producteur, compositeur et musicien / DR.

Parti en Espagne pour poursuivre ses études universitaires, il est aujourd’hui un musicien de talent. Né à Al-Hoceïma en 1981, Mohamed Ziani a en effet baigné dans la musique dès le plus jeune âge. Enfant parmi six sœurs et un frère, ses deux parents enseignants au primaire lui ont transmis tout leur amour de la musique. «J’ai appris à jouer les premières mélodies sur le piano a l’âge de quatre ans, en autodidacte sur un petit piano pour enfants que ma mère m’a offert», nous raconte celui qui vit actuellement à Madrid.

Féru de la musique soul américaine de Donny Hathaway, Mohamed Ziani n’aura pas été le seul mélomane de la fratrie. Il nous raconte que sa grande sœur, Amal, a été guitariste pendant les années 1980, où elle a partagé la scène locale avec nombre de musiciens.

«Mon père, Mekki Ziani, jouait du luth et a composé plusieurs chansons pour le Festival de la chanson connu à l’époque.»

Mohamed Ziani

Une famille musicale

Imprégné de la fibre artistique de ses aînés, le musicien en herbe commence à jouer de la guitare à l’âge de 12 ans, puis il fait partie d’un premier groupe de pop-rock amazigh, appelé Sorif. C'est avec cette formation musicale qu’il sort, dès 1998, un premier album (Awaren), enregistré au studio Master à Casablanca.

Parallèlement au succès qu’il connaît sur la scène musicale amazighe au Maroc, Mohamed Ziani ne lâche pas ses études. C’est même la raison principale de son départ du Maroc, puisqu’une fois bachelier, il suit des cours en philologie hispanique à l’Université Mohammed V de Rabat, puis migre rapidement vers le pays de Cervantes où il continue cette spécialité à l’Université de Grenade.

Il ne perd pas de vue la création artistique et collabore avec le groupe de jazz fusion Bybus, avec des musiciens marocains, espagnols, syriens, chiliens et britanniques, qui aboutira à la sortie de l’album Couscous clan en 2006. Sa passion pour la musique le poussera à bifurquer vers des études en ingénierie du son.

Une musique universelle pour promouvoir les cultures amazighes

«J’écris sur des expériences vécues par moi-même ou par des proches, surtout sur des thématiques sociales qui concernent les Marocains du monde et la diaspora en général, mais aussi contre le racisme et pour l’interculturalité», précise Mohamed Ziani.

Par ailleurs, l’artiste collabore au sein d’un troisième groupe, Jammindose, qui allie influences funk, soul, reggae, rock et patrimoine amazigh. Chemin faisant, il constitue une autre formation : «Med Ziani & Amazigh Groove».

Il sort des albums en groupe et en solo en 2009, 2011 et 2014. C’est d’ailleurs ce dernier «Road to Rifland», qui a désormais le privilège d’être le premier album en rifain à intégrer le catalogue de la Bibliothèque nationale d’Espagne.

L’originalité de l’univers artistique qu’il a réussi à créer bénéficie d’un succès notable auprès du public espagnol et européen, comme en témoignent les distinctions telle que l’Espaciu Live en 2009, en plus d’une quarantaine de récompenses et de mentions spéciales.

Tout au long de ces années, la musique de Mohamed Ziani est diffusée dans les plus grandes radios espagnoles et en 2012, le compositeur et producteur remporte le deuxième prix de la seconde édition des Spain Tweet Awards dans la catégorie «meilleur groupe musical».

Briser le «plafond de béton»

Trois ans plus tard, il participe même à The Voice Spain. Dans son palmarès, Mohamed Ziani a également participé au show «El Plan B», diffusé en prime time sur la quatrième chaîne espagnole, avec le producteur Carlos Jean et d’autres artistes. «Avec notre musique en groupe, nous avons été plusieurs fois numéro un dans les plateformes ethnocloud.com et soundlift pour musiques du monde et fusion», nous confie fièrement l’artiste.

Tout au long de son riche parcours, Mohamed Ziani a également travaillé avec nombre d’artistes et de groupes, notamment Vandan Srinivasan (Inde), Emma Shah (Koweït), Solea Morente, Chambao, Kepa Junkera et Zahara (Espagne), Hjörtur Blondal (Islande) ou encore le Marocain Mustapha Slameur. Par ailleurs, il s’est distingué lors de la première partie du concert de Maher Zain en Allemagne, ou encore lors de tournées l’ayant mené en Suède et au Maroc, où il ne s’est produit cependant que quatre fois.

«Je fais de la musique amazighe car je suis fiers de mes origines et pour faire découvrir notre culture à tout le monde, partout, sans limites ni préjugés.»

Mohamed Ziani

Toujours est-il que les créations espagnoles des artistes issus de l’immigration n’ont pas toujours la visibilité qu’elles méritent sur la scène ibérique. Même si Mohamed Ziani a réussi à tracer son chemin, il évoque «pas seulement un plafond de verre mais en béton». «Comparée aux autres scènes en France, en Belgique ou aux Pays-Bas, l’Espagne a encore du chemin pour accepter les artistes issus de l’immigration», nous explique le producteur. 

Mais Mohamed Ziani continue de marquer sa présence sur la scène espagnole mais aussi européenne et espagnole. Il travaille actuellement sur son prochain album autour de chansons racontant «des histoires personnelles et basées sur des thématiques sociales».

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