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Politique Publié

Quand la grâce royale du 7 janvier 2004 avait initié une ouverture politique

Le 29 décembre 2019 à la Chambre des représentants, le député Omar Balafrej a plaidé une «ouverture» pour tourner la page des nombreuses arrestations et condamnations visant journalistes et activistes. Un contexte qui n’est pas sans rappeler celui qui prévalait avant la grâce royale du 7 janvier 2004.

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Le roi Mohammed VI avec l’Instance Equité et Réconciliation / DR

Le 7 janvier 2004, alors que des acteurs de la société civile et les médias indépendants s’inquiétaient d’un retour aux années de Plomb, le roi Mohammed VI accordait une grâce au profit de 33 détenus. Une décision qui a surpris l’ensemble de la classe politique, de part son timing. Elle avait été annoncée en dehors du calendrier traditionnel des fêtes religieuses et nationales.

Sur la liste des graciés figuraient notamment les journalistes Ali Lmrabet et feu Mustapha El Alaoui. Deux membres de l’organisation de la Chabiba islamiya interdite, Hassan Ighiri et Abdelouahed Najem, accusés d’avoir assassiné Omar Benjelloun de l’USFP, avaient également bénéficié de la mesure au même titre que Omar Cheblal, de nationalité algérienne, et Saïd Hammaz condamnés pour leur implication dans les attentats de Marrakech d’août 1994.

De 2004 à 2020, les conditions n’ont pas réellement changé

Seize ans après cette décision royale, le Maroc vit presque les mêmes conditions. Des journalistes sont emprisonnés, tel Taoufik Bouachrine et Hamid Mahdaoui, alors que d’autres sont dans l’antichambre. Des dizaines de manifestants des mouvements sociaux de contestations au Rif, Jerada et autres régions du royaume sont aussi derrière les barreaux pour de longues années. A cela s’ajoute une nouvelle catégorie de détenus accusés d’ «atteinte aux symboles de la nation» sur les réseaux sociaux.

Parmi ces jeunes (parfois même des mineurs) on compte le rappeur Hamza de Laayoune et Ayoub de Meknès. Ils ne sont pas sans rappeler la condamnation en octobre 2008 de Yassine Belassal, alors élève dans une école du village Aït Aourir à Marrakech, à 18 mois de prison pour avoir écrit sut le tableau la devise du Maroc «Dieu, la Patrie, le Roi», en substituant le dernier item par «Barça».

Outre la grâce royale, le 7 janvier 2004 a connu également l’annonce de la création de l’Instance Equité et Réconciliation, présidée par feu Driss Benzekri. Trois mois plus tard, l’ancien détenu politique condamné sous le règne de Hassan II à 30 ans de prison pour «atteinte à la sureté de l’Etat» présentait au roi Mohammed VI la liste des membres de l’IER.

La semaine dernière, à la Chambre des représentants, le député Omar Balafrej a plaidé pour «une ouverture» et par la même occasion a invité le gouvernement El Othmani et les deux Chambres du Parlement à décréter une amnistie générale au profit des détenus, conformément à l’article 71 de la constitution du 1er juillet 2011. Une manière de remettre les compteurs à zéro et éviter de continuer dans cette spirale 

Pour rappel, au lendemain de la grâce exceptionnelle de 2004, le quotidien Le Monde s’était félicité qu’«il n'y a plus de journaliste dans les prisons au Maroc».

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