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Grand Angle

Diaspo #122 : Amal Bentounsi, un combat chevillé au corps

Cette Franco-Marocaine de 43 ans se bat contre les violences policières, notamment dans les banlieues. En 2012, son jeune frère Amine a été tué par un policier d’une balle dans le dos.

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Amal Bentounsi. / Ph. Nicolas Messy – ASZ/SIPA
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Il y a quelques années, Amal Bentounsi avait une vie «normale». Cette femme née à Sidi Kacem, 43 ans aujourd’hui, «bientôt 44», était commerçante à son compte à l’international, tantôt dans la restauration, tantôt dans l’import-export. Puis les aléas de la vie se sont abattus sur cette mère de famille de quatre enfants.

Le 21 avril 2012, son frère Amine décède d’une balle dans le dos tirée par un policier à Noisy-le-Sec, en Seine-Saint-Denis. «Je n’étais pas du tout destinée au militantisme ; je suis passée de commerçante qui gagnait très bien sa vie à militante qui gagnait bien moins sa vie», nous dit-elle. «Mon frère allait avoir 29 ans. Ça a été un drame. J’ai tout arrêté. Je n’avais plus la force de continuer.»

Plus que d’elle-même, c’est surtout de son combat dont nous parle Amal Bentounsi, qui nous tient en haleine tout au long de l’entretien. «Le courage de tenir», elle le trouve dans le combat qu’elle va très vite initier contre les violences policières. «Contre les crimes policiers», insiste-t-elle.

Quelques mois après le décès de son frère, en novembre 2012, elle fonde le collectif «Urgence, notre police assassine» à la suite d’une rencontre avec plusieurs familles de victimes des violences policières. Plus tard, elle fondera une association, l’Observatoire national des violences policières. «Elle n’aurait jamais été acceptée sous le nom ''Urgence, notre police assassine''.» A l’époque, le nom du collectif suscite en effet la colère des syndicats policiers, jusqu’au ministre de l’Intérieur d’alors, Manuel Valls.

«Des familles se sont retirées du collectif car elles trouvaient que le nom était trop radical et redoutaient d’éventuelles répercussions sur leurs familles. Ce nom, je l’ai choisi pour interpeller l’opinion publique. Aujourd’hui on parle effectivement de violences policières, mais dès le début de mon combat, je suis allée droit au but : je parle de crimes policiers», nous confie-t-elle.

«Les gens se sont reconnus dans le discours que j’avais auprès de militants aguerris qui luttaient déjà depuis de nombreuses années mais qui n’avaient pas réussi à avoir la visibilité qu’on a eue à un moment donné.»

Amal Bentounsi

Vocation

Alors qu’elle vit son drame, Amal Bentounsi participe «de près ou de loin» à l’enquête, notamment en tentant d’apporter des éléments probants à son avocat.

«Mon frère était le client parfait pour cette affaire : c’était un délinquant au passé chaotique… Je ne le nie pas. Les médias écrivaient qu’un braqueur multirécidiviste avait été tué à la suite d’un braquage. Cette approche a laissé sous-entendre que mon frère était en train de braquer au moment où il a été tué, et c’est aussi ce que j’ai cru au début.» Quelques jours plus tard, l’enquête révèlera son frère a été tué d’une balle dans le dos et la légitime défense ne sera pas retenue. «Je me suis constituée partie civile le lundi qui a suivi sa mort.» Amine est décédé dans la nuit du samedi 21 au dimanche 22 avril.

Elle organisera également des marches à Noisy-le-Sec en hommage à son frère, dont la première réunira 3 000 personnes. Très vite, ses appels à témoins portent leurs fruits : d’un seul témoin au début, six se manifestent auprès du juge chargé de l’enquête. Le policier sera condamné à cinq ans de prison avec sursis.

A Bobigny, le 11 janvier 2016 : Abdellatif Bentounsi et Amal Bentounsi (au centre), père et sœur d’Amine Bentounsi, tué par un policier en avril 2012. | Ph. Marc Chaumeil pour LibérationA Bobigny, le 11 janvier 2016 : Abdellatif Bentounsi et Amal Bentounsi (au centre), père et sœur d’Amine Bentounsi, tué par un policier en avril 2012. | Ph. Marc Chaumeil pour Libération

Ce combat, qu’elle a chevillé au corps, Amal Bentounsi le mène aussi dans sa vie professionnelle : elle est actuellement en troisième année de droit dans le but de devenir avocate.

«J’ai toujours suivi le parcours chaotique de mon frère. Mes parents travaillaient à droite à gauche pour avoir un salaire décent, donc c’est moi qui m’occupais de mon frère. Lorsqu’il a été détenu à Fleury-Mérogis à l’âge de 13 ans, devenant le plus jeune prisonnier de France, j’ai écrit au juge en le suppliant de ne pas mettre mon frère en prison. Je n’ai jamais eu de réponse. Ça a forgé quelque chose en moi.»

Amal Bentounsi se souvient encore des chansons qu’écoutait son frère, notamment celles de Renaud, pas commun dans une cité. Il avait appris par cœur les paroles de «L’Hexagone», au point de les faire apprendre à ses camarades de cité. «Il me disait, ''écoute les paroles !''» : «La France est un pays de flics / À tous les coins du rue y’en a cent / Pour faire régner l’ordre public / Ils assassinent impunément.»

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