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Violences faites aux femmes : Entre la baisse annoncée par le HCP et le constat des associatifs

Pour les deux militantes féministes Saida Idrissi et Bouchra Abdou, ces chiffres ne signifient pas pour autant que la condition des femmes au Maroc s’est améliorée. Elles déplorent le manque de sensibilisation et de communication sur la loi 103.13 entrée en vigueur l’année dernière.

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Une manifestation contre les violences faites aux femmes, le 23 2017 à Casablanca. / Ph. AFP Photo - Stringer
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C’est un constat surprenant, mais encourageant : la tendance générale de la violence à l’encontre des femmes au Maroc s’oriente à la baisse principalement en milieu urbain, selon une enquête du Haut-Commissariat au Plan (HCP) relayée par l’agence MAP.

«Les premiers résultats de l’enquête, réalisée entre février et juillet 2019, montrent que parmi 13,4 millions de femmes âgées de 15 à 74 ans, plus de 7,6 millions ont subi au moins un acte de violence, tous contextes et toutes formes confondus durant les douze mois précédant l'enquête, soit 57% de la population féminine», indique le HCP dans un communiqué à l’occasion de la campagne nationale et internationale de mobilisation pour l’élimination de la violence à l’encontre des femmes.

Dans le détail, la prévalence de la violence faite aux femmes est de 58% en milieu urbain (5,1 millions de femmes) et de 55% en milieu rural (2,5 millions de femmes rurales). Malgré son caractère structurel, la violence a entamé globalement une tendance à la baisse sur la décennie 2009-2019, indique la même source. La part des femmes ayant subi au moins un acte de violence a régressé de 6 points de pourcentage, passant de 63% à 57% si l’on considère uniquement la population cible de 2009 des femmes âgées de 18 à 64 ans, fait remarquer le HCP, notant que cette baisse est de 10 points en milieu urbain et de près d’un point en milieu rural.

Des lois sur lesquelles l’Etat ne communique pas assez

Contactée par notre rédaction, Bouchra Abdou, directrice générale de l’Association Tahadi pour l’égalité et la citoyenneté (ATEC), se dit «surprise» par ces résultats. «Nous constatons chaque année un taux énorme de violences faites aux femmes. Nous recevons chaque jour des femmes victimes de violences qui viennent pour entamer des procédures juridiques», déclare-t-elle, ajoutant que le taux de violence numérique exercée contre les femmes est lui aussi très important. «Il faut que les instances de l’Etat fassent plus d’efforts pour protéger les femmes, notamment par la création de structures d’hébergement et de sensibilisation auprès des plus jeunes, car les associations ne peuvent à elles seules pallier le travail de l’Etat», ajoute-t-elle.

Bouchra Abdou déplore par ailleurs le manque de communication sur la loi 103.13, relative à la lutte contre la violence faite aux femmes, entrée en vigueur en septembre 2018. «A-t-elle été suffisamment médiatisée ? Je ne le crois pas», regrette cette militante, qui attend des instances étatiques qu’elles «jouent aussi leur rôle» en termes de communication.

Pour la militante féministe Saida Idrissi, les résultats de l’enquête du HCP «ne traduisent pas pour autant une amélioration de la condition des femmes au Maroc», déplorant que «les femmes continuent de s’abstenir de dénoncer ces violences par crainte du regard de la société, de la stigmatisation et de la pression familiale». Les victimes de violences sexuelles sont elles aussi confinées au silence, fait remarquer Saida Idrissi : «On ne parle jamais du taux de suicide chez ces femmes, ni du nombre de féminicides, qui ne sont tout simplement pas recensés.»

Pour rappel, le Maroc dispose de maigres données officielles sur le suicide, et une stratégie nationale de prévention se fait toujours attendre.

Article modifié le 2019/12/10 à 20h41

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