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Interview

«Migrations au Maroc : l’impasse ?» : Un ouvrage, «une démarche citoyenne»

Le livre collectif «Migrations au Maroc : l’impasse ?» interroge les limites de la politique de régularisation au Maroc et aborde l’arrivée des migrants au Maroc, leur installation malgré le racisme ordinaire, les aspects sociaux, politiques et religieux.

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De nombreux migrants installés au Maroc espèrent la régularisation de leur situation. / Ph. Fadel Senna – AFP
Temps de lecture: 3'

«Migrations au Maroc : l’impasse ?», dirigé par Hicham Houdaïfa et Kenza Sefrioui, regroupe neuf enquêtes et portraits consacrés aux migrants et aux dynamiques de migrations au Maroc. Ils sont signés par neuf auteurs, six journalistes professionnels et trois bénéficiaires du programme de formation Openchabab, porté par les éditions En Toutes Lettres. L’ouvrage est soutenu par la Fondation Heinrich Böll. Il sortira demain en librairies. Hicham Houdaïfa nous en présente les grandes lignes.

De quoi parle votre ouvrage ? Qu’avez-vous souhaité montrer, expliquer ?

Il parle des sujets qui concernent les migrants dans ce pays. Il y a un texte en particulier qui sort du lot, sur le retour des migrants marocains (harig) : on associe la migration aux seuls Subsahariens alors qu’il y a aussi des Marocains qui meurent en essayant de traverser la Méditerranée pour rejoindre l’Europe. A part ce texte, tous ont trait aux problématiques liées au fait que la politique migratoire du Maroc ne va pas jusqu’au bout. On a travaillé sur les migrants mineurs non accompagnés ; les réfugiés ; les médecins subsahariens qui officient dans les hôpitaux ; la situation des migrants dans certains quartiers de Casablanca et Rabat ; les femmes qui travaillent en tant que domestiques ; le retour, le «revival» des églises suite à l’installation des populations migrantes chrétiennes et les spécificités de ces églises, qui ne sont pas analogues aux églises «blanches». C’est un patchwork pour, d’une part, décrire la vie et les réalités de ces Subsahariens au Maroc ; d’autre part pour montrer, par le biais des reportages et des enquêtes, les limites de cette politique migratoire et ce que cela induit dans la vie de ces gens.

Pourquoi dites-vous que la politique migratoire du Maroc ne va pas jusqu’au bout ?

Les Marocains qui essaient de migrer à l’étranger, migrent pour retrouver leur dignité, mais également pour pouvoir accéder à une école et une santé publique de qualité. Nous sommes face à deux problématiques qui vont dans le même sens : des dizaines de milliers de migrants que le Maroc, par le biais de ce qu’il annonce, se doit de leur donner un minimum de dignité, l’accès aux services idoines ; et en même temps nous sommes face à un Etat qui échoue vis-à-vis de ses propres citoyens, qui choisissent d’immigrer. Ce sont deux choses qui vont dans le même sens, et pas une qui contredit l’autre.    

Quelle a été votre démarche ?

Le livre est un recueil de textes longs – on est vraiment dans du journalisme long. On essaie d’expliquer les réalités de ce pays en utilisant l’outil journalistique – de l’enquête et du reportage. Il s’agit aussi de transmettre un savoir-faire cumulé : avec l’apport des autres journalistes professionnels, nous voulons permettre cette transmission qui est si importante aujourd’hui et permet de faire en sorte que la nouvelle génération puisse aussi avoir accès, hors du circuit des formations classiques, à du savoir-faire et de l’expertise. Tout ça dans le but de former, de transmettre, car on a encore des articles journalistiques qui sortent et qui sont honteux, qui ne respectent pas la déontologie journalistique. En somme, c’est une démarche très citoyenne.

Où ont eu lieu les enquêtes des terrains ?

Dans différentes régions : Casablanca-Rabat, Tanger, Nador, Oujda, porte d’entrée de l’Algérie. Ce sont surtout des enquêtes urbaines, mais également de manière transversale dans le Nord, les forêts autour de Ceuta et Melilla.

Pourquoi parlez-vous d’«impasse» dans votre titre ? Pourquoi avoir choisi ce prisme pour aborder la thématique des migrations au Maroc ?

Le point d’interrogation dans le titre vient du fait qu’il faut certes reconnaître que le Maroc est le seul pays de la rive sud de la Méditerranée à avoir initié une opération de régulation pour les migrants subsahariens et syriens, entre autres. Mais quand on voit les limites de cette politique, quand on voit que les migrants, même s’ils disposent d’une carte de séjour, n’ont pas accès au travail ; quand on voit toutes les limites de cette politique migratoire, on ne peut qu’être tenté de dire que cela deviendra une impasse si on ne fait pas ce qu’il faut pour en sortir.

C’est une impasse interrogative, parce qu’on pense que c’est possible ; on a une base dont on peut être fiers. C’est une excellente chose que d’avoir initié une politique migratoire vis-à-vis de ces personnes qui, au départ, venaient au Maroc pour pouvoir passer en Europe et qui se retrouvent finalement à vivre dans ce pays. Le plan B est donc devenu le plan A... Mais voilà, il y a un hic par rapport à ça : on ne va pas jusqu’au bout de cette politique migratoire. A-t-elle été faite pour faire plaisir à l’Afrique et à l’Union africaine ? Le constat est nuancé, mais quand on voit toutes les rafles qui sont faites, parfois même extrajudiciaires, eh bien la part négative commence à prendre le dessus…

«Migrations au Maroc : l’impasse ?», Ed. En Toutes Lettres, novembre 2019.

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