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Société Publié

Education : Les mauvais résultats du Maroc dans le PISA 2018, la faute à une pédagogie sclérosée ?

Le Maroc obtient des résultats médiocres en lecture, en mathématiques et en sciences, selon l’enquête relative au PISA publiée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Toute une pédagogie à revoir, estime l’enseignante Naima Chikhaoui.

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Photo d'illustration. / DR

Les réformes de l’enseignement et de l’éducation nationale n’y changent rien : le système scolaire marocain, fortement marqué par les inégalités, est toujours aussi défaillant. Dans l’enquête relative au Programme international pour le suivi des acquis (PISA), rendue publique ce mardi 3 décembre par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le Maroc talonne le bas du classement.

L’édition 2018 du PISA est le septième cycle de cette évaluation internationale depuis le lancement du programme en 2000. Elle a été réalisée auprès de 600 000 élèves de 15 ans dans 79 pays. Chaque test PISA évalue les connaissances et les performances des élèves en lecture, en mathématiques et en sciences.

Au total, 6 814 élèves marocains de 179 institutions du secondaire ont participé à ces tests, qui se sont déroulés en avril 2018. Le Maroc est le seul pays africain à se trouver dans le classement, mais figure aux côtés de cinq pays arabes : le Liban, le Qatar, l’Arabie saoudite, la Jordanie et les Emirats arabes unis.

De scores médiocres et loin de la moyenne fixée par l’OCDE

Les résultats du Maroc sont mauvais : le pays se classe en effet à la 75ème place sur les 79 pays qui ont participé à cette édition. Il se situe devant le Liban, le Kosovo, la République dominicaine et les Philippines, mais derrière des pays comme l’Indonésie, le Panama, la Géorgie ou le Kazakhstan. Sur le front de la lecture, le royaume ne récolte que 359 points, loin derrière la moyenne internationale fixée par l’OCDE à 487 points.

En mathématiques, le Maroc se voit attribuer une moyenne de 368 points, là encore très loin de la moyenne internationale qui est fixée à 489 points. A titre de comparaison, la Chine, en haut du classement, recueille 591 points. Le royaume ne se rattrape pas dans les sciences, troisième et dernière matière à faire l’objet d’une évaluation : il n’obtient que 377 points, quand la moyenne internationale plafonne à 489 points.  

Idem pour les mathématiques, matière où la moyenne nationale marocaine n’atteint que 368 points, loin derrière la moyenne internationale (489 points). Un mauvais score réédité en sciences, la moyenne nationale étant de 377 points, toujours loin derrière la moyenne internationale (489 points).

Un apprentissage «sclérosé»

«Ce n’est pas la première fois que l’on constate un défaut de qualité dans l’éducation», approfondit Naima Chikhaoui, professeure de l’enseignement supérieur et psychologue clinicienne de formation. «Pendant longtemps, la qualité de l’enseignement n’a pas été considérée comme un élément suffisamment important, ce qui renvoyait à un modèle pédagogique qui nécessitait d’être revisité dans le sens d’une amélioration qualitative : une pédagogie basée sur l’apprenant (l’élève) qui suppose de le considérer comme un acteur central de la chose scolaire et de l’apprentissage», analyse Naima Chikhaoui. «Or cela n’a pas été fait et nous avons par conséquent raté le rendez-vous avec une éducation qualitative qui permette à l’élève de développer un esprit critique, d’émerveillement et de curiosité, même, vis-à-vis de l’apprentissage», ajoute-t-elle encore.

«Au contraire, on est restés liés à une pédagogie sclérosée, basée sur l’apprentissage par cœur. Quand on ne comprend pas et qu’on ne fait que reproduire, recracher, on ne peut qu’être dans une position de faiblesse vis-à-vis des acquis.»

Naima Chikhaoui 

Quant à l’apprentissage de la lecture, Naima Chikhaoui estime qu’il s’inscrit dans «un modèle d’apprentissage global, donc s’il y a défaut, c’est intrinsèque au modèle, au mode d’apprentissage». Et de conclure : «C’est une défaillance qui doit être prise en considération par les spécialistes de la pédagogie pour mettre en place des modalités d’apprentissage de la lecture à même d’être efficaces. Il n’y a qu’en amenant les élèves à la compréhension que l’on s’inscrit dans une dynamique d’apprentissage qui donne des garanties de résultat.»

Le classement PISA est dominé par la Chine – du moins les quatre provinces qui ont participé à l’étude (Pékin, Shanghai, Jiangsu et Zhejiang) – suivie par Singapour, l’Estonie, le Canada, la Finlande, l’Irlande et la Corée du sud.

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