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Culture Publié

Ces rois amazighs de la Maurétanie qui influencèrent l’empire romain

Baga, Bocchus Ier ou encore ses petits-fils Bogud et Bocchus II étaient des rois amazighs contrôlant des territoires de la Maurétanie (actuel Maghreb) à un moment où la République romaine se transformait en empire. Fils du roi Juba 1er ayant combattu les Romains, Juba II était quant à lui un prince amazigh nommé à la tête du même territoire par le premier empereur romain.

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Illustration d'un conseil à Rome, capitale de l'empire romain. / DR

Avant que la Maurétanie, ancien nom du Maghreb à l’époque de l’empire romain, ne soit annexé à celui-ci, plusieurs rois d’origine amazighs ont régné sur ce territoire. Si certains ont soutenu Jules César ou ont été reconnus comme souverains par le puissant empire, d’autres se sont révoltés pour demander plus d’indépendance, se séparer de l’empire ou rompre définitivement le cordon ombilical avec Rome.

Baga, roi «éminent» des Maures

Au cours de l'ère avant Jésus, les rois maurétaniens jouèrent un rôle géopolitique crucial en interaction avec les royaumes et les territoires voisins. Selon les historiens, Baga aurait été le premier roi historique des Maures et de la Mauritanie. Dans les livres d'histoire, le nom de celui ayant pris Ciga (actuelle Ceuta) comme capitale, est lié à la Deuxième guerre punique (218-201 av. J.-C.), qui a duré 17 ans dans toute la région méditerranéenne occidentale.

«À l'époque de la guerre de 218 à 201 av. J.-C., un règne puissant existait chez les Maures», ont écrit JD Fage, John Desmond Clark et Roland Anthony Oliver dans «The Cambridge History of Africa» (Cambridge University Press, 1975), faisant référence au royaume de Baga.

Ce roi amazigh est surtout connu pour le rôle qu'il a joué pendant cette guerre. Décrit comme un «roi riche et puissant», Baga fut «appelé à l'aide» par le premier roi de Numidie Masinissa dans sa «tentative de s'emparer du trône des Massylies (Numidie orientale) en 206 av. J.-C.», a rappelé la même source.

Bien que Baga ait refusé de s’impliquer dans la guerre opposant l’ancienne Carthage à la République romaine, il accepta d’aider Masinissa. Selon «L’histoire de l’Afrique de Cambridge», Baga a confié à «Masinissa une escorte de 4 000 soldats pour l’escorter en toute sécurité aux frontières du royaume de son père (Numidia)».

Le même livre indique qu'il s'agissait de la seule et dernière mention du roi amazigh dans les livres d'histoire romains. «Après l’apparition fugace de Baga dans l’histoire enregistrée, son royaume des Maures est perdu dans une obscurité presque totale pendant près d’un siècle», indique-t-on. En dépit de sa brève apparition, Baga reste un dirigeant amazigh «éminent», comme le souligne Duane W Roller dans «The World of Juba II and Kleopatra Selene : Royal Scholarship on Rome's African Frontier» (Editions Routledge, 2004).

Une représentation de Massinissa, qui a été soutenu par le roi amazigh Baga.  / DRUne représentation de Massinissa, qui a été soutenu par le roi amazigh Baga. / DR

Bocchus I, le roi de Volubilis ayant trahi Jugurtha

L’autre roi amazigh ayant intéressé les Romains est Bocchus 1er. Roi de Maurétanie, il régna à partir de 110 jusqu’à entre 91 à 81 avant J.C. sur la région. Il s’était fait connaître au cours de la guerre de Juillet (112-106 av. J.-C.) entre Rome et Jugurtha, le roi de la Numidie (l'actuelle Algérie).

Après avoir tenté sans succès de signer un traité avec Rome, Bocchus 1er se joint à Jugurtha dans sa guerre contre les Romains. «En 107-106 av. J.-C, ils combattirent avec succès contre Gains Marius», un général romain, indique la plateforme Britannica. L’alliance du roi amazigh avec le souverain numédien visait principalement à «recevoir le prix de la Numidie occidentale», a souligné le dictionnaire Oxford.

Mais l’alliance de Bocchus 1er avec Jugurtha a été marquée par la trahison. Selon les livres d'histoire, le roi amazigh aurait été «persuadé» par le général et homme d'État romain Lucius Cornelius Sulla Felix, plus communément appelé Sulla, de «trahir Jugurtha et de le livrer» aux Romains.

L’accord conclu entre Bocchus et Sulla était en effet fructueux, car il lui permettait de «garder la Numidie occidentale jusqu’à la rivière Moulouya (près de Oujda), que Jugurtha lui avait cédée, et devenir un allié de Rome».

Selon les historiens, Bocchus Ier a gouverné la Maurétanie via sa capitale Volubilis. Duane W. Roller rappelle dans son livre qu’il est prouvé que la ville antique abritait la cour royale de Bocchus. «[Cela] peut être démontré depuis le premier événement connu de sa carrière, sa rencontre avec Eudoxos de Kyzikos, le grand explorateur qui a ouvert la voie entre la Méditerranée et l'Inde», a déclaré Roller.

Une statue du roi amazigh Bocchus 1er. / DRUne statue du roi amazigh Bocchus 1er. / DR

Bogud, roi de Tanger à Moulouya détrôné par sa cupidité

Nom porté par deux princes maures, Bogud se réfère plus au roi de Maurétanie occidentale, de Tanger à la rivière de Moulouya, à l’époque de Jules César et du roi Bocchus II le Jeune, qui régnait sur la Maurétanie orientale. «Le roi Bogud régnait en 49 av. J.-C. sur les Maures occidentaux, alors que Bocchus le Jeune dominait la Maurétanie orientale», écrit l’Encyclopédie berbère.

Bien que personne ne sache «quand commencèrent leurs règnes simultanés», il est sûr que ces deux rois succédèrent à Sosus-Mastanesosus dont ils se partagèrent le royaume. Bocchus et Bogud seraient frères et tous deux fils d’un même roi.

Mais il alors qu’il régnait paisiblement sur la partie occidentale de la Mauritanie, la mort de Jules César va pousser Bogud à faire un mauvais choix. Soutenant le célèbre Marcus Antonius (Marc-Antoine) pendant la Guerre de Pérouse (en 41-40 av. J.-C), le roi amazigh passe en Espagne au nom de ce dernier et assiège Cadix, laissant son trône vide. Cela lui faudrait une révolte de ses sujets de Tingi (actuelle Tanger) en 38 av. J.-C.. Bocchus II s’empare alors de cette partie de la Maurétanie, constituant un grand territoire en Afrique du Nord alors que son frère présumé sera réduit en un simple «chef de guerre». Bogud trouve la mort en 31 av. J.-C. en Grèce, par un corps de cavalerie, poursuit l’Encyclopédie berbère.

Bocchus II, son frère ayant réussi à rétablir un royaume maure plus grand encore que ne l’avaient connu Bocchus 1er et Sosus (respectivement grand-père et père de Bocchus II), meurt toutefois sans laisser d’héritier. Mais il fera «don de son royaume» à Auguste qui, après une période d’administration directe, l’offre à Juba II, fils de Juba 1er le roi amazigh et célèbre adversaire de Jules César.

Une monnaie de la Maurétanie sous le roi Bogud. / DRUne monnaie de la Maurétanie sous le roi Bogud. / DR

Juba II ou la fabuleuse aventure d’un Rex Mauretaniae

Au premier siècle av. J.-C., Rome parvient à occuper la Numidie et la Maurétanie aux termes d’une longue guerre et une lutte acharnée des Nord-africains et à leurs têtes le roi amazigh Juba 1er.

Ainsi, en 25 av. J.-C., le premier empereur romain Caesar Divi Filius Augustus dit Auguste décide de réorganiser l’Afrique du Nord. S’il réduit la Numidie (partie orientale de l’Afrique du Nord) en province soumise à Rome, il confie un «grand morceau de cet immense territoire à un prince d’origine indigène, dépendant de Rome pour la politique extérieure, mais presque libre en ce qui concerne la politique intérieure», raconte Christa Landwehr dans «Les portraits de Juba II, roi de Maurétanie, et de Ptolémée, son fils et successeur» (Revue archéologique, n°43, 2007).

C’est ainsi que le jeune Juba II est intronisé avec le titre de Rex Mauretaniae. Il était fils de Juba 1er, qui avait pourtant combattu avec la Numidie Jules César avant de perdre face à l’empire romain et se suicider avant que les Romains ne parviennent à le capturer.

A l’issue de cette défaite, le jeune Juba a été emmené à Rome comme otage. Mais le jeune prince reçoit «une excellente éducation à la cour d’Auguste», qui le marie à Cléopâtre Séléné, fille de la grande Cléopâtre VII et de Marc Antoine, elle aussi emmenée comme otage à Rome.

«L’amitié qui liait et subordonnait à Rome les souverains maurétaniens, se fondait bien évidemment sur l'engagement politique de ces derniers, mais se justifiait aussi, de manière bien plus informelle, par l'estime réciproque de deux hommes, Auguste et Juba II», raconte de son côté Michèle Coltelloni-Trannoy dans «Le royaume de Maurétanie sous Juba II et Ptolémée (25 av. J.- C. - 40 ap. J.-C.)» (Revue Études d'Antiquités africaines, 1997).

Mais avant de lui octroyer la Maurétanie, le jeune Juba aurait dû passer par un «baptême des armes», en accompagnant l’empereur romain dans plusieurs campagnes, juste avant d'être intronisé roi.

Au moment de son accession au trône, en 25 av. J.-C., Juba II n’avait que 25 ans. Il choisit une capitale au centre de son royaume, soit à Caesarea (actuelle Cherchell en Algérie). Il était «homme d'affaires qui sut exploiter les ressources de son pays, un général en chef, un géographe au service d'Agrippa (général romain, ndlr) et d'Auguste», estime-t-on.

Il donnera plus tard naissance à Ptolémée (également Ptolemaios ou Ptolemaeus) et une fille nommée Drusilla. Il rège conjointement avec son fils règne, dès 21 apr. J.-C., mais décède deux ans plus tard, laissant le trône à son fils. Ce dernier sera tué en 40 apr. J.-C. par l’empereur Caligula qui réduit la Maurétanie, à son tour, en une simple province romaine.

Le buste de Juba II exposé au Metropolitan Museum de New York. / DRLe buste de Juba II exposé au Metropolitan Museum de New York. / DR

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