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Economie Publié

TIC sur les e-liquides : L’heure est à la mobilisation chez les vapoteurs et les vendeurs

Au Maroc, la guerre entre cigarettes électroniques et Pods est déclarée, suite à une loi voulant imposer une taxe intérieure de consommation (TIC) sur les liquides importés pour les vendeurs de cigarettes électroniques. Ces derniers accusent les lobbys du tabac et dénoncent un texte qui menacerait l’existence des cigarettes électroniques au Maroc.

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Photo d'illustration. / DR

Au Maroc, une taxe intérieure de consommation (TIC) progressive sur les cigarettes électroniques, adoptée par les députés parlementaires, inquiètent vendeurs et consommateurs, qui y voient une menace.

Alors que les conseillers de la Nation sont en train d’examiner ce texte dans le cadre du projet de Loi de finances 2020, l’heure est à la mobilisation chez la communauté des vapoteurs et des vendeurs de cigarettes électroniques au Maroc. Cette mobilisation a commencé par une pétition à l’adresse de Mohamed Benchaaboun sur le site Avaaz. Ses rédacteurs dénoncent une «taxation très lourde» et «étouffante» qui pèserait sur eux mais aussi sur les consommateurs.

Un groupe Facebook a même été créé pour fédérer les utilisateurs et les vendeurs et coordonner les actions. Des actions qui deviennent de plus en plus coordonnées avec une prise de contact avec des conseillers à la Chambre haute du Parlement pour expliquer le point de vue des vendeurs de ces e-liquides. Un membre de la Commission parlant au nom de cette catégorie nous confie que «le texte a été voté à l’unanimité par la majorité, et notamment le RNI et le PJD», ajoute-t-il.

«Le texte de loi a été déposé et voté très rapidement. Au départ, les représentants voulaient seulement taxer les 100 millilitres à 5 dirhams mais le texte énonce dorénavant une taxe pour 1 seul millilitre», précise notre interlocuteur. Un deuxième professionnel, contacté par Yabiladi, explique quant à lui la rapidité du vote de cette loi par d’autres facteurs d’origine organisationnel. «Nous n'avons personne au Parlement. Notre faute est que nous ne disposons pas d’une fédération d’importateurs de cigarettes électroniques et de liquides car il aurait fallu en constituer une et adhérer à la CGEM», explique-t-il.

Les POD et les lobby du tabac sur les bancs des accusés

Mais derrière ce texte qui se veut, selon certains, comme «réglementant et fiscalisant», les vendeurs de cigarettes électroniques dénoncent une manouvre du lobby du tabac. «Quand on pense à la loi et à ceux qui en profiteront, ce sont les compagnies qui investissent dans les systèmes Pods (une nouvelle gamme de cigarettes électroniques, ndlr) qui utilisent des systèmes de distribution non traditionnels, car la TIC sur un Pod est de cinq dirhams seulement», nous déclare ce même membre de la Commission des importateurs d’e-liquide.

«Avec cette TIC, l’Etat favorise une nouvelle cigarette électronique pour laquelle il balise le terrain qui, avec 0,7 millilitre, ne sera pas vraiment impactée par cette TIC», dénonce Mohamed El Wazzani, propriétaire de boutiques de cigarettes électroniques à Casablanca et à Fès.

Il fait lui aussi référence à la gamme de cigarette électronique Pod, considérée par certains comme la «réponse des fabricants de tabac aux enseignes de cigarettes électroniques». «Ils veulent donner aux gens du 25, du 30 et du 50 milligrammes de nicotine pour qu’ils deviennent plus addictifs», accuse-t-il.

«La concentration de liquide en nicotine qu’on vend est 16 fois moins que dans les Pods. Ce sont des systèmes fermés à forte concentration de nicotine et avec cette taxe, l’industrie de la cigarette électronique est mise hors service.»

Membre de la Commission parlant au nom des importateurs d’e-liquide

Une taxe aux «multiples impacts» ?

Pour faire entendre leur voix avant l’approbation, par la Commission des finances et la Chambre des conseillers, de ce texte, les vendeurs ont adressé un mémorandum aux parlementaires pour mettre en garde contre cette TIC. «Nous avons abordé l’explosion du marché noir», nous affirme le membre de la Commission, expliquant que «n’importe qui peut fabriquer l’e-liquide, même dans sa cuisine, ce qui menace la santé publique», lorsque le prix de ce produit augmentera à cause de la TIC.  

Une «baisse nette immédiate des recettes douanières», fait aussi partie des risques. Car, avant tout, les importateurs n’importeront plus. «Personne n’achètera une bouteille à 850 dirhams. Le même liquide vendu au Maroc à 200 dirhams est à 25 dollars aux USA et 22 euros en Europe. Pourquoi le consommateur marocain doit payer 850 dirhams voire plus ?», s’interroge notre premier interlocuteur. «A coup sûr, nous fermerons du jour au lendemain, car même si le prix n’augmente qu’à 500 dirhams, cela reste cher pour le consommateur marocain», complète Mohamed El Wazzani.

L’autre impact reste celui relatif aux personnels d’une trentaine de boutiques au Maroc, en plus des emplois indirects qui seront aussi impactés, nous informent-ils.  «Ce qui est malheureux, c’est que les gens ayant voté pour cette loi n’ont pas compris», regrette notre premier interlocuteur. Quant à Mohamed El Wazzani, il rappelle qu’il «n’y a aucun pays au monde qui applique une taxe pareille». «On risque ainsi de favoriser des liquides non contrôlés et non certifiés et donc la même situation que ce qui s’est passé aux Etats-Unis, avec le marché noir», déplore-t-il.

Et à la question de savoir s’il existe des alternatives, les temps ne semblent pas certains pour ces professionnels, surtout dans un pays ne disposant pas de fabrication locale pour ce genre de produits.

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