Menu

Société   Publié

Marrakech : Les habitants de la Résidence Babylone otages d’un réseau de prostitution

La chambre criminelle près la Cour d’appel de Marrakech examinera une nouvelle fois le dossier d’un copropriétaire de la Résidence Babylone, située dans la ville ocre. En effet, les habitants se plaignent des menaces violentes et répétées d’un prénommé Youssef E.H., suite à leurs révélations sur un réseau de prostitution entretenu par l’homme.

Temps de lecture: 4'
La Résidence Babylone à Marrakech / Source : gites.fr

Le rêve d’un couple de Français désireux de vivre sa retraite sous le soleil de Marrakech aura rapidement viré au cauchemar, après que l’un des copropriétaires de la Résidence Babylone où les septuagénaires se sont installés depuis des années a mis en place un large réseau de prostitution pour ses clients, issus de pays du Golfe. Depuis que des copropriétaires ont témoigné des agissements du concerné, un certain Youssef E.H., auprès de la télévision française en 2016, l’homme a multiplié les menaces directes alors que les deux Français n’ont jamais témoigné. Cependant, les représailles à leur encontre ont commencé et leur gravité est montée crescendo.

Ses activités tombées en berne à cause d’un reportage diffusé par TF1, alertée par d’autres copropriétaires, en plus de la procédure judiciaire qui s’en est suivie, il a en effet «tenté de se venger» des deux ressortissant par plusieurs moyens. Parmi ses ripostes désormais, il fait inonder leur appartement, situé au-dessous de l’un des siens. Ainsi, le couple nous assure passer «trois à quatre heures par jour à nettoyer le lieu, inondé à l’eau parfois mélangée avec de l’acide».

«La pression devient de plus en plus invivable : j’ai été hospitalisé le mois dernier, mon épouse est tombée malade et nous n’arrivons plus à dormis sans antidépresseurs», témoigne-t-il. «Ces quatre dernières années, ma voiture a été vandalisée à plusieurs reprises, nous avons de la magie noire à la porte de notre appartement, des animaux morts déposés, des excréments…», décrit-il.

Une mainmise sur la résidence par rachat forcé

«Nous faisons partie des rares copropriétaires en résidence permanente et ne pouvons presque plus vivre dans notre appartement», regrette l’homme qui dit être «sous surveillance 24h/24 par la bande de Youssef E.H.». Confirmant le contenu d’un document obtenu par Yabiladi au sujet des procédures judiciaires demandées par le retraité, celui-ci ajoute :

«Nous avons exhorté le Président du tribunal de première instance à Marrakech d’ordonner une coupure d’eau dans l’étage au-dessus, pour mettre fin aux inondations. Il suffit que la Régie d’eau et d’électricité de la ville (RADEEMA) fasse le nécessaire, mais le magistrat a refusé.»

«La situation est telle que les murs et les plafonds commencent à prendre l’eau jusqu’au premier étage. A ce rythme, l’immeuble finira un jour par menacer ruine», s’inquiète le plaignant auprès de Yabiladi. «Cet homme fait même partir le voisinage en obligeant les copropriétaires à revendre leur bien ; il a mis la main sur l’immeuble où nous habitons en récupérant un quart des appartements de la résidence de cette façon», témoigne-t-il.

«Comme le complexe résidentiel a fini par avoir mauvaise réputation, les appartements sont revendus à très bas prix et c’est Youssef E.H. qui les rachète, dissuadant au passage tout autre acheteur en lui affirmant qu’‘il ne faut pas s’installer ici parce que c’est un bordel’», souligne à Yabiladi une copropriétaire ayant requis l’anonymat.

«Après les inondations de l’appartement et les dégradations de la voiture du couple, le mari a appris que Youssef pourrait le faire accuser de pédophilie sur son enfant, ce après quoi le consulat de France à Marrakech a été alerté des menaces», nous déclare-t-elle.

Un copropriétaire au bras long

Jusque-là, tous les recours en justice du couple de retraités en plus d’autres copropriétaires, notamment à propos des affaires de prostitution, ont été vains. Selon des témoignages et des documents obtenus par Yabiladi, Youssef E.H. a été condamné en première instance, et sa peine a été alourdie en appel. Cependant, il a fini par faire annuler ces décisions en cassation et obtenir un acquittement.

«Des personnes influentes dans la justice le couvrent car il a de l’argent», estime la copropriétaire, qui affirme que «cet homme est connu dans tout Marrakech, d’autant plus que son nom a été cité dans l’affaire Hamza Monbb où il a payé d’importantes cautions pour obtenir la sortie de prison des mis en cause».

Par ailleurs, «Youssef E.H. a placé un de ses bras droits comme syndic, qui fait payer des frais injustifiés aux copropriétaires, sachant qu’il n’y a pas d’abonnement à la RADEEMA dans les parties communes, en plus de l’absence d’entretien, le tout pour faire partir les derniers résidents», nous explique une troisième copropriétaire.

Celle-ci nous confie avoir subi des menaces à son tour, cette fois-ci «de la part des hommes de main de Youssef E.H.», affirme-t-elle. «Ils me disent de vendre l’appartement si je veux partir et approchent mon mari, en lui répétant que le lieu est dangereux pour moi et que nous ne devrions pas rester ici», nous confirme la femme. «Or, nous avons mis beaucoup de nos économies dans cet appartement. Finalement, on ne peut ni le vendre – ce sera lui qui le rachètera –, ni le louer, ni y habiter», regrette-t-elle, rejoignant ainsi le couple de retraités dans son inquiétude.

Un nouvel examen en justice

Intervenue auprès de ses parents, la fille des résidents français qui vit dans l’Hexagone affirme avoir saisi l’ambassade du Maroc à Paris, le consulat de France à Marrakech puis l’ambassade française à Rabat, puisque «l’affaire commence à prendre des dimensions inquiétantes» et que le couple «encourt un danger physique réel».

«Après plusieurs correspondances via les ministères des Affaires étrangères en France et au Maroc, une lettre d’urgence a été envoyée au procureur général de première instance à Marrakech. Sa rencontre avec mon père, le lendemain, a été tendue et le dossier a été renvoyé à la police, illustrant comment ces affaires sont étouffées», déplore la femme qui a notamment saisi le président de la République.

«L’affaire passera devant la chambre pénale près la Cour d’appel de Marrakech, le 6 décembre prochain», espère-t-elle.

Emission spécial MRE
2m Radio + Yabiladi.com