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Politique Publié

Maroc : Un an de prison ferme pour le rappeur Gnawi

Ce lundi soir, le tribunal de première instance à Salé a retenu les plus lourdes peines requises par le Parquet à l’encontre du rappeur Gnawi, condamné ainsi à un an de prison ferme pour «insulte contre un corps constitué». Officiellement, les poursuites se sont basées sur une vidéo datée d’octobre dernier, sauf qu’une nouvelle pièce a été ajoutée au dossier.

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Le rappeur Simo Gnawi / DR.

En comparution depuis le début de ce mois de novembre, le rappeur Gnawi a été condamné, ce lundi soir, à un an de prison ferme pour «insulte envers un corps constitué», à l’issue de quelques heures de délibérations au tribunal de première instance de Salé. L’artiste a ainsi écopé de la plus lourde peine requise par le Parquet, après que la Direction générale de la sûreté nationale se soit portée partie civile.

En octobre dernier, Gnawi était apparu dans une vidéo en état d’hystérie, clamant avoir été agressé par deux agents de police qui l’auraient également dépourvu d’une somme d’argent qu’il avait sur lui. Quelques jours après la mise en ligne de la chanson «3acha cha3b», interprétée en trio avec Lz3er et Weld L’Griya, le rappeur a été interpellé à son domicile à Salé, pour une enquête sur sa précédente vidéo, posée deux semaines plus tôt.

Si des sources policières ont précédemment annoncé que Gnawi n’était pas poursuivi à cause de la chanson mais plutôt pour les insultes lui étant reprochées dans la vidéo où il accuse la police de l’avoir agressé, le procès a pris un autre tournant. En effet, la dernière séance d’audience tenue ce lundi après-midi, a été marquée par une intervention de la procureure, qui a préconisé d’intégrer une nouvelle pièce au dossier du chanteur.

Selon ses avocats contactés par Yabiladi, il s’agit d’un CD contenant un morceau de Gnawi, daté de 2014 et où il s’en prend à la police, ce qui corrobore leur lecture sur les motivations de ces poursuites, visant les messages véhiculés à travers ses chansons plus que la vidéo qui a acééléré les poursuites.

Une nouvelle inclusion au dossier avant délibérations

L’initiative de la procureure a provoqué l’ire de la défense, qui s’est trouvée prise au dépourvu, puisque le dossier était censé être complet après la phase d’instruction. «Si ça peut être retenu comme l’élément d’une preuve, ce sera celle qui montre que le dossier était fin prêt et préparé dès le début, avant même l’ouverture des audiences dans le cadre d’un procès vide», fustige auprès de Yabiladi Mohamed Sadkou, avocat du chanteur.

«Depuis son arrestation et sa garde-à-vue, dont le prolongement a été décidé par la procureure elle-même, tous les documents retenus contre Gnawi étaient entre les mains des concernés, qui nous ont ainsi pris de court en ajoutant ce qui en reste juste avant de passer aux délibérations ; c’est d’ailleurs un flagrant vice de forme et de procédure», ajoute-t-il.

En effet, Me Sadkou souligne que «la constitution d’éléments de preuves par le Parquet pour enclencher une procédure est censée être parachevée lorsque le prévenu est entre les mains de la police judiciaire puis du juge d’instruction, mais pas après». «C’est sans ajouter que ce CD et son contenu n’ont absolument aucun rapport avec l’objet du procès qui se base sur une vidéo du mois dernier», conclut-il.

Par ailleurs, les allégations de Gnawi à l’encontre des deux policiers par qui il dit avoir été molesté restent sans suite. Dans ce sens, «aucune mesure n’a été prise pour que la police mène une enquête parallèle, et prenne les mesures nécessaires à l’égard de ses agents», nous explique Mahjouba Karim, de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) à Salé qui a défendu le dossier du chanteur.

A l’étranger, Amnesty international a estimé que l’arrestation et le procès à l’encontre de Gnawi était une «atteinte flagrante au droit à la liberté d’expression».

Article modifié le 2019.11.25 à 23h06

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