Menu

Histoire Publié

Pèlerinage juif au Maroc #24 : Abraham Awriwer ou le saint découvert à cause d’un chameau

Dans cette série, Yabiladi revient sur les grands lieux de pèlerinage juif au Maroc, visités annuellement par des milliers de fidèles et de curieux. Dans ce vingt-quatrième épisode, l’histoire de la découverte de la tombe de Rabbi Abraham Awriwer alias Mwalin Dad.

Temps de lecture: 3'
La tombe de Rabbi Abraham Awriwer alias Mwalin Dad. / Ph. DR
La synagogue de Rabbi Abraham Awriwer alias Mwalin Dad. / Ph. DR
Des habitations construites près de la tombe du Rabbi Abraham Awriwer alias Mwalin Dad. / Ph. DR

A dix-sept kilomètres de la ville de Settat, une montagne baptisée Dad accueillait des pierres édifiées, une source, une pierre spéciale ornée d’un un chameau, en plus du sanctuaire de Rabbi Abraham Awriwer, également connu sous le nom de Mwalin Dad. Un nom en honneur de la géographie exceptionnelle sur laquelle il est enterré.

Dans son livre «Saint Veneration Among the Jews in Morocco» (Editions Wayne State University Press, 1998), l’historien Issachar Ben-Ami affirme que ce saint juif est né en Palestine. Il serait venu au Maroc, vers la fin du XVIIe siècle en tant qu'émissaire, sillonnant les différentes villes du royaume, avant de trouver la mort près de Settat. «On pense que ses élèves sont enterrés à ses côtés. Il est surtout connu pour soigner les femmes stériles. Il est également vénéré par les musulmans, qui l'appellent Sidi Brahim», poursuit l’historien. Une version confirmée également dans «Jewish Folklore and Ethnology Review» (Editions Simon Bronner, 1990). Selon la légende, la présence du tombeau de ce rabbi «a protégé les habitants musulmans de cette région d'une terrible épidémie qui avait fait des milliers de morts».  

«Rabbi Abraham Awriwer, lui, est en quelque sorte un saint généraliste. Il guérirait aussi bien la stérilité que la cécité et la paraplégie, contrairement à d’autre saints juifs du Maroc, qui ont des pouvoirs spécifiques contre le vitiligo, le choléra ou les morsures de serpent et de scorpion», affirme Evelyne Oliel-Grauz, une juive française d’origine marocaine, enseignante d’Histoire à la Sorbonne, citée dans un article de la revue Nichane, relayé sur le forum Dafina.

Le média affirmait que Rabbi Abraham a été baptisé Awriwer, le nom de ricin en arabe, en raison de cette plante ayant fleuri sur sa tombe. Il ajoute aussi qu’il «a fallu attendre le début du vingtième siècle pour que la communauté juive s'y intéresse».

Les lieux de pèlerinage. / Ph. DRLes lieux de pèlerinage. / Ph. DR

La pierre tombale découverte à cause d’un chameau

En effet, la tombe du Rabbi ne serait marquée que par une simple pierre. A l’origine, l’histoire, relayée par l’historien Issachar Ben-Ami, raconte qu'un chameau d’un musulman, chargé de sel, passait par cet endroit. Sa patte s'enfonce alors dans le sol et ne pouvait être déplacée. Ses propriétaires s’adressent alors aux juifs du village, leur demandant de les aider à sortir le chameau de cet endroit.  

«Quand ils ont levé la patte, ils ont trouvé [une pierre] avec la date du décès de Rabbi Abraham Awriwer. Ils ont construit alors un marqueur dessus. Mais chaque fois qu'ils voulaient construire un bâtiment, il s'effondrait. En fait, il n’y a qu’une pierre [pour marquer le tombeau].»

Issachar Ben-Ami

Mais les juifs finiront par construire une synagogue, une tombe, et des habitations pour célébrer annuellement la Hiloula de ce rabbi autour duquel plusieurs récits et histoires ont été tissés. D’ailleurs, l’historien partage d’autres histoires autour de la tombe de Rabbi Abraham Awriwer. C’est le cas notamment d’un juif croyant qui raconte comment, lors d’un pèlerinage, quelqu'un est venu le défier de mettre sa main à l'intérieur de la tombe, à l’endroit où les pèlerins allument des bougies. «J'ai répondu : D'accord ! J'ai mis ma main dans les flammes. Je sentais qu’elle brûlait comme si la peau s’y détachait. J’ai posé ensuite ma main sur le visage de cette personne. Son visage a été brûlé alors que ma main est restée intacte», s’exclame-t-il en mettant en avant sa foi.

L'intérieur de la synagogue ayant été construite. / Ph. DRL'intérieur de la synagogue ayant été construite. / DR

Mais Issachar Ben-Ami relaye aussi une autre version selon laquelle Rabbi Abraham Awriwer est à la base l’histoire d’une confrérie. «Il y avait sept frères. Mwalin signifie les propriétaires. Il y a un endroit là-bas avec une source d’eau qui s'appelle Tagia», raconte-t-on. Pour cette version de l’histoire, la Hiloula célébrée pendant la Lag Ba'omer, fête juive d’institution rabbinique, est en réalité une célébration de ces sept frères.

Emission spécial MRE
2m Radio + Yabiladi.com